jeudi 16 mai 2019

exhumer l'horreur

Le rapport de Brodeck
Auteur : Philippe Claudel
Couverture : Roger Toulouse, Le Jeune Homme de l'Hospice
Édition: Stock - 2007 - 375 p.
original: titre XXX , 2000
Drame, littérature française






Mon avis
Oui, une fois n'est pas coutume, j'entame l'avis sans avoir fait une présentation en une phrase, choisi un + et un -. Un peu parce que j'ai l'impression d'avoir eu des lectures dernièrement pour lesquelles j'étais en mode fatiguée à fond, et donc que je lisais sans retenir, même si c'était fluide. Cependant, cela ne m'empêche pas de tenter de vous en parler un peu.
En voulant rafraîchir ma mémoire, la première critique non-presse sur laquelle je tombe, l'internaute mentionne que Brodeck fait preuve de pragmatisme, et même si je n'en étais qu'au tout début de la critique, cela m'a fait dire que c'est peut-être ce côté trop pragmatique qui faisait que je ne retenais quasiment rien, cela n'étant pas aidé par la fatigue. Bref, il semblerait que j'ai tendance à lire cet auteur à des moments inopportuns afin de pouvoir l'apprécier pleinement.
Cependant, cette fatigue ne m'a pas empêché de repérer des passages qui portent à réflexion, ce qui me semble être le but de ce titre, de venir nous parler d'histoire de façon détournée afin qu'on n'oublie pas la mémoire de certains événements, et qu'on réfléchisse dessus.
À travers ses questionnements sur la disparition de l'Anderer (l'autre), on trouvera justement cette relation à l'autre. On croise aussi des mots sans doute allemands, et certaines réflexions sur la guerre.
La guerre... Peut-être les peuples ont-ils besoin de ces cauchemars. Ils saccagent ce qu'ils ont mis des siècles à construire. On détruit ce qu'hier on louait. On autorise ce que l'on interdisait. On favorise ce que jadis on condamnait. La guerre, c'est une grande main qui balaie le monde. C'est le lieu où triomphe le médiocre, le criminel reçoit l'auréole du saint, on se prosterne devant lui, on l'acclame, on l'adule. Faut-il donc que la vie paraisse aux hommes d'une si lugubre monotonie pour qu'ils désirent ainsi le massacre et la ruine? 
Et pour ma part, vu toute les haines que renferment les guerres, je ne peux que vous dire que j'ai trouvé le passage suivant très marquant. On sentait plus de vie, d'émotion de la part de Brodeck, ce qui venait lui donner plus de caractère que son côté très pragmatique.
Qui a donc décidé de venir fouiller mon obscure existence, de déterrer ma maigre tranquillité, mon anonymat gris, pour me lancer comme une boule folle et minuscule dans un immense jeu de quilles? Dieu? Mais alors, s'Il existe, s'Il existe vraiment, qu'Il se cache. Qu'Il pose Ses deux mains sur Sa tête, et qu'Il la courbe. Peut-être, comme nous l'apprenait jadis Peiper, que beaucoup d'hommes ne sont pas dignes de Lui, mais aujourd'hui je sais aussi qu'Il n'est pas digne de la plupart d'entre nous, et que si la créature a pu engendrer l'horreur c'est uniquement parce que son Créateur lui en a soufflé la recette.
Aussi, j'ai l'impression que le pragmatisme faisait en sorte que le fait que Brodeck nous relate les événements enlevait un peu de l'horreur qui était exhumée, car c'est bien de cela qu'il m'a paru s'agirt ici de déterrer les travers de l'humain... À moins que ce ne soit l'habitude et que celle-ci se répande encore plus vite qu'on le pense :(
Il ne faut pas, même sans le faire exprès, même sans jamais le vouloir, exhumer l'horreur, sinon elle reprend vie et se répand. Elle vrille les têtes, elle grandit, elle accouche à nouveau d'elle-même.
Bref, vous comprenez que j'ai eu de la difficulté à chroniquer ce titre puisque je n'étais pas à mon top niveau forme. Cependant, si vous voulez vous le procurer, je crois que vous pourrez y prendre plaisir, mais je vous conseille de le lire lorsque vous n'êtes pas trop fatigués.


Quelques citations
«L'homme est un animal qui toujours recommence». Mais que recommence-t-il sans cesse ? Ses erreurs, ou la construction de ses fragiles échafaudages qui parviennent parfois à le hisser à deux doigts du ciel ?
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mardi 2 avril 2019

Pause de frénésie

Voilà, cela fait un moment que je veux rédiger cet article. Et c'est là que je m'y lance, et comme, malgré le temps qui a passé, je n'ai pas fait de plan, ça risque d'être décousu. Tant pis, je me lance.
De quoi vais-je vous parler, vous dites-vous. Mystère, mais pas pour longtemps. L'idée m'est venue après la lecture, entre autres, de L'acceptation radicale et des 7 tremplins du succès qui m'ont semblé refléter la même idée. Je n'ai pas les livres avec moi pour voir d'où viennent les idées, et si j'utilise les bonnes expressions. Vous devinez sans doute par les titres qu'il s'agit de livres de développement personnel, et j'avoue que souvent, j'ai de la difficulté avec ces types de livres. Je croyais que c'était parce que depuis longtemps, je m'intéressais à la psychologie, mais je ne trouvais pas que cela convenait comme raison.

Et c'est en réalisant qu'avec des phrases qu'on prend le temps de répéter telles que Excuse-moi, pardon, je t'aime et le fait de s'arrêter pour accepter, plutôt relativiser, ce qui se passe que j'ai commencé à voir un lien. De plus, faisant plusieurs challenges, il m'arrive souvent d'avoir l'impression que plusieurs ne prennent pas le temps de lire les règles(attention, je ne suis pas toujours parfaite à ce niveau), emportés par la frénésie de leur vie, ce rythme effréné qui nous est imposé. Tout ça combiner avec une recrudescence de la méditation, du yoga. Mais est-ce vraiment une recrudescence?

Car oui, vous avez vu les mots temps, arrêt, bref, le fait de prendre une pause. C'est probablement pour cela que j'ai un peu de difficulté avec toute cette nouvelle mode, car j'ai toujours aimé m'arrêter, et ai toujours considéré qu'on ne courait pas le marathon en sprintant. Le sprint, oui, ça peut être bien dans les situations d'urgence, mais sur le long terme, c'est brûlant.

C'est là que je me dis que le minimalisme est peut-être le retour d'ascenseur d'enfin prendre une pause de tous ces sprints, d'arrêter de s'imposer des choses qui au final ne nous apportent pas grand chose, et crée plutôt plus de stress. Bien sûr, c'est plus facile à dire qu'à faire. Et c'est là que je me dis que la médiation, le yoga, sont justement des formes de pause qui, à l'instar de nos ancêtres qui faisaient leurs prières, permettaient de s'arrêter.

Ce besoin de pause, de souffler m'a semblé revenir souvenir dans les développement personnel lus à présent. Et c'est peut-être cela plus que la psychologie qui fait que je n'adhère jamais à 100%, car à mon avis ce n'est que le gros bon sens. Peut-être étais-je trop mouton noir puisque, même quand j'étais jeune, je considérais qu'il ne servait à rien de s'acharner à étudier trop longuement (d'ailleurs, mouton noir et étude vont peut-être être de futurs sujets de cette nouvelle zone de réflexion), et j'aimais toujours faire des pauses, que ce soit en allant prendre une marche, en me posant avec un bon livre sans objectif, ou simplement en m'allongeant pour écouter de la musique. Et peut-être que mon côté mouton noir faisait que je n'avais pas peur de refuser certaines choses quand je sentais le besoin d'une pause.

Bien sûr, je n'ai pas été toujours parfaite là-dessus, mais je considère encore qu'il faut savoir s'arrêter et que ces pauses sont d'autant plus nécessaires dans un monde où on s'impose un rythme effréné. D'ailleurs, prenez un instant pour souffler et contempler ce qui s'offre à vous.

crédit: isallysun 
Et je suis curieuse de savoir quelles sont vos réflexions sur ces pauses, ce que vous voyez comme lien avec la société qui vous entoure. Quels sont les moyens que vous prenez pour parvenir à vous arrêter? Au plaisir de vous lire.

survivre aux brutalités que la vie nous inflige

Toutes les fois où je ne suis pas morte 
Auteure : Geneviève Lefebvre
Couverture : Alex Pérez de Leon
Édition: Libre Expression - 2017 - 319 p.
Littérature contemporaine, littérature québécoise

Présentation: Catherine part à Bruxelles peu après les attentats de Paris rejoindre son amant, et ses désillusions lui font nous plonger dans son histoire, tout en rencontrant d'autres personnages.
+ : style
- : liens
Thèmes: amour, abandon, souvenir



Pourquoi ce livre
Parce que le résumé avait capté mon attention en librairie, et je l'ai sorti puisque je devais encore lire un titre avec le champ lexical de la mort.
Mon avis
J'avoue qu'après avoir tourné la dernière page, je ne savais pas quoi mettre comme présentation pour le récit, car j'avoue que je ne savais pas trop comment le résumer. Et c'est aussi ainsi pour mon avis, car bien que lu aisément, il m'a semblé manqué un morceau.
Tout d'abord, je trouve que ce livre parle de la vie, de ce qui se passe quand tout s'écroule autour.
On croit que la vie nous est acquise. Qu'on peut la maltraiter, l'ignorer, la négliger, la laisser sur le bord du chemin comme une chienne qu'on abandonne, comme une femme à qui on ne fait plus de compliment. On sort d'un oiseau de métal qui pèse des tonnes, qui a réussi à prendre le ciel, à traverser l'Atlantique, à se poser sans se fracasser, et qu'on ne dit pas merci, Non, on grogne, maussade, parce que la dame sardine devant nous a du mal à sortir du piège de samba.
On est cons.
Sans lui, je serais morte. Au fond, c'est le seul homme à m'avoir sauvé la vie. Pour le remercier, j'avais tué ma fille.
Pardon.  
Entremêlé avec de l'amour, les souvenirs qui y sont reliés et les désirs.
Quand tout tombe, les mondes et les bombes, quel refuge reste-t-il à part l'amour?
Rien.
Aimer, être aimé, c'est le seul refuge, l'unique mesure de sécurité, le seul endroit qui vaille la peine de braver tous les niveaux d'alerte. 
Oui, dur d'expliquer, car on suit Catherine, on voit ses émotions aussi, ses réflexions tout le long du récit. On se demande comment cela évoluera, mais je vous l'ai dit, j'ai l'impression qu'il manquait un gros morceau, car bien qu'on ait vu comment Malik était indirectement relié à Catherine au final, je ne sais pas trop où l'auteure voulait nous mener au final. Peut-être n'ai-je pas bien compris la fin, mais je ressors avec une sensation qu'il me manque un lien pour avoir pleinement apprécié ma lecture.

Au moment d'écrire ma chronique, j'ai à nouveau regardé la 4e de couverture, et il y est indiqué style incisif et provocateur, et je dois dire que c'est surtout ce côté qui m'a plu dans le récit, ce style incisif qui nous plonge dans nos retranchements. J'ai aussi apprécié la façon dont la romancière avait d'intégrer certaines expressions vues et revues, en y appliquant son style.
Je n'en pouvais plus de tous ces oeufs sur lesquels il me fallait marcher sans fendre les coquilles.
Le nid des djihadistes, avait décrété un expert international en terrorisme, le sourcil sentencieux, le verbe catégorique, et le nez poudré pour la télé. Il avait prononcé tous les mots attendus, utilisé le bon vocabulaire. C'était la faute au chômage, au désoeuvrement, au racisme. L'Europe ne savait pas y faire avec ses nouveaux arrivants, elle n'arrivait pas à surmonter son attitude coloniale, avait-il ajouté, lui-même impérial. Devant lui, l'animatrice éblouie de tant de précieuses leçons de morale avait hoché la tête avec émotion. Oui, c'était la faute au racisme, voyez comme c'est vilain, le racisme, un bubon plein de pus, si commode pour la speakerine conscientisée et l'expert avisé.
Ce qui ne les avait pas empêchés de qualifier Molenbeek de « nid » toutes les trois secondes, comme s'il s'agissait d'une infestation de vermine qu'il fallait passer aux lance-flammes.
Bref, même si j'ai bien apprécié suivre Catherine, ses pensées, sa vie, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose pour la lier véritablement à certains personnages. Vous pouvez voir si vous aurez un avis différent.

Quelques citations
Ta mort a été la fin de nous, de ton père et moi. Tu as emporté notre amour avec ta vie, tu t'es sauvée avec notre plus précieux butin, nous laissant exsangues et dévastés, orphelins de toi. Et cette fois là non plus, à mon grand désespoir, si grand que j'en étais incapable de pleurer, incapable de parler, je n'en suis pas morte.
J'aurais voulu en mourir pourtant. J'aurais dû en mourir.
Et puis, tu es moins beau que lui, tout le monde s'en fout des beaux gosses, ce qu'ils aiment, les gens, c'est des histoires avec des hommes pleins des cicatrices. Ce n'est pas le mal qui les intéresse, c'est la guérison. Ils veulent savoir comment font les autres pour survivre aux brutalités que la vie nous inflige. 

Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #


samedi 30 mars 2019

promesses d'éternité

Au bout de l'exil, tome 2: Les méandres du destin 
Auteur : Micheline Duff
Couverture : Polygone studio
Édition: Québec Amérique - 2010 - 302 p.
historique,  romance, littérature québécoise

Présentation: Marguerite, à Lowell, aime un homme, même si les convenances le lui interdisent.
+ : passion
- : début
Thèmes: religion, mère-enfant



Pourquoi ce livre?
Parce que je n'arrête pas de le repousser, il était bien temps que je découvre ce second tome. Surtout que je me souvenais d'avoir apprécié le premier. (lu, après vérification en 2012...)
Mon avis
Et je dois avouer que, une fois n'étant pas coutume, j'ai eu de la difficulté à embarquer ici. Était-ce le fait que cela faisait trop longtemps que j'avais lu le précédent (malgré le résumé succint au début du tome) ou à autre chose, je ne saurais pas dire. Mais aimant ce que j'avais lu de Micheline Duff jusqu'à présent, son style, ses histoires, j'ai poursuivi. Pour mon bonheur. Car oui, j'ai eu de la difficulté à embarquer, mais lorsqu'on est embarquée, on vit l'histoire avec Marguerite.
Bien sûr, on voit aussi la vie de ses sœurs, mais l'histoire est bien centrée sur Marguerite, sur ses sentiments, ses passions, ses pensées face aux convenances de l'époque, ses déchirements.
De plus, on voit comment les Québécois vivent en Nouvelle-Angleterre, s'installent, veulent ne pas perdre leurs traditions. Tout cela au coeur d'un catholicisme menacé par le protestantisme de plus en plus présent dans cette région. Et même le prêtre Antoine, apprécié de sa communauté, se questionne sur les valeurs de son sacerdoce.
- Nous ne sommes pas du bétail, que je sache! Et pas plus les femmes que les hommes! Pour se reproduire chaque année, les animaux délaissent en général leur progéniture au bout de quelques mois. Pas après quinze ou vingt ans comme les humains! Avez-vous une idée de ce qu'élever des enfants représente? Les bêtes ne songent qu'à deux choses: survivre et perpétuer leur race. Mais la race humaine est différente. Vous criez sur tous les toits que les humains ont une âme. Eh bien, prenez-la en considération, cette âme, et que l'Église arrête donc de considérer les femmes comme des machines à mettre bas! 
Également, fin 19e, le clergé est bien important et ainsi les relations hors mariage, on est loin de notre époque. Et on croise entre autres une jeune fille à l'hôpital de la Sainte-Miséricorde qui, pour ma part, m'en a appris sur la réalité des mère-enfants à cette époque: comment cela se passait pour qu'elles remboursent les soeurs.
Bref, j'ai donc apprécié être transporté à une autre époque avec ce titre, et encore une fois, j'ai apprécié le style d'écriture.

Quelques citations
Le monarque comprit-il ces paroles? Il s'envola soudain en dessinant de maladroites arabesques et alla se réfugier sur l'une des fleurs qui ornaient le portail. Marguerite comprit le message et soupira: «Allons, ma vieille, il ne faut pas se laisser abattre. Même mal foutue, même avec une aile brisée, la vie continue. Pour lui comme pour moi.»
Marguerite fit mine de ne pas comprendre l'allusion pourtant évidente. Cher Hugo! Toujours attentif et délicat. Plein d'égards. Capable de saisir ses sentiments sans même qu'elle ait à lui faire de confidences. Il devinait tout, comprenait tout. Plus elle le connaissait, plus elle découvrait sa grandeur d'âme. À ses yeux, il représentait un compagnon protecteur, un être généreux et bon, rempli d'idéal. Une force à laquelle s'accrocher. Le meilleur des amis...
Elle eut une pensée pour Antoine. Le beau ténébreux, lui, se contentait de l'aimer à distance, lui ouvrant son coeur à de trop rares occasions et ne partageant avec elle aucun rêve d'avenir sinon de romantiques promesses d'éternité. Comment pouvait-elle le préférer au journaliste?  
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #77





vendredi 29 mars 2019

Séraphin

Un homme et son péché: Les belles histoires des pays d'en haut
Auteur : Claude-Henri Grignon
Couverture: conception de Daniel Bertrand avec une image de Jean-P. Ladouceur
Édition: Stanké - 1998 - 207 p.
original: Éditions du Totem , 1933
Littérature du terroir, classique, littérature québécoise


Présentation: Séraphin aime son or.
+ : entraînant
- : focalisé
Thèmes: avarice, conditions paysannes



Pourquoi ce livre?

Ayant vu des épisodes ici et là d'une vieille adaptation, un des films, la présente série, et ayant toujours voulu découvrir ce titre culte, il était plus que temps que je le découvre.

Mon avis

J'ai trouvé que le style coulait aisément. Peut-être m'attendais-je à quelque chose de plus soutenu, vu l'époque de rédaction, mais ce n'était pas le cas. J'ai donc été surprise, car même si les descriptions sont là, je trouvais le rythme entraînant, et j'aimais bien.
De plus, je ne pouvais m'empêcher de faire des parallèles avec les différentes adaptations et je voyais très bien le comédien faire les gestes décrits par Grignon.
Séraphin baissa la tête, comme cloué dans une méditation profonde, tandis qu'il caressait d'une main lente son menton maigre, long, pointu, toujours frais rasé. Certainement, tout à coup, s'arrêta juste au-dessous de l'œil droit. C'est alors que le cerveau de séraphin travaillait, calculait, glissait, telle une couleuvre, parmi des méandres sans fin, pour aboutir, en pleine lumière, à cette question : – Sans doute que vous avez des vaches, monsieur Lemont ?
Bien sûr, au niveau de l'intrigue, je n'ai pas eu de surprises, même si je me doutais que les adaptations avaient pris quelques libertés.
Et ici, on voit bien l'avarice de Séraphin qui n'est accro qu'à l'argent, au point de ne pas vouloir soigner Donalda et de se demander ce qu'il lui en coûte de la faire vivre. Il préfère se priver tel que le montre ses soupes sans goût qu'il mange abondamment en petite quantité. Le récit est donc réellement focalisé sur l'avarice de Séraphin, et les personnages secondaires sont relégués loin en arrière ici, au point que je ne suis même pas certaine de les considérer comme des personnages tertiaires. Cela fait que j'avais l'impression qu'ils avaient moins de saveurs, et c'est ce qui m'a déplu dans le récit, leur quasi-absence.
Somme toute, j'ai apprécié découvrir cette lecture qui met en scène cet anti-héros, et enfin découvrir d'où il provenait. Procurez-vous le si vous le désirez. J'ai terminé ma lecture dans le temps où la 4e saison s'achevait. Bien hâte de voir ce qu'il en sera de l'ultime. 

Quelques citations
Un moment, Donalda, d'un geste doux, passa deux fois sa main sur son visage, de haut en bas, comme si des fils d'araignée la fatiguaient beaucoup. Elle tenait ses pieds froids hors du lit, tandis que d'une main énergique elle tira sur elle les draps humides. Un soupir sembla la soulager étrangement. 
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: #34
 Multi-défis : #68

mardi 12 mars 2019

je me réconcilie avec la vie

Mon fol amour
Auteure : Dominique Demers
Couverture : Photomontage par Anouk Noël à partir d'une photo de Andres Rodriguez
Édition: Québec Amérique - 2017 - 379 p.
Contemporaine, littérature québécoise

Présentation: Dominique s'achète un chalet, et va au gré des rénovations!
+ : distrayant
- : ? il ne m'en vient pas à l'instant
Thèmes: rénovation, chalet, amitié/amour



Pourquoi ce livre
Bon, je l'avoue, le fait que c'était centré sur la relation d'amour de l'auteure envers sa maison m'a rebutée, mais pour Elrond dans le challenge de Terre du Milieu, je l'ai pris, sans le lire. N'empêche que mars a débuté et que pour une quelconque raison, le titre m'a attiré. Et je m'y suis donc lancée. Après tout, c'est Dominique Demers!

Mon avis
Et au début, je remarque qu'il est mentionné sur le dos qu'il s'agit d'une fiction inspirée de sa vie. Heureusement donc que je ne l'avais pas pris pour Elrond ;) Me voilà donc lancé dans ma lecture, avec moins d'a-priori probablement que lorsque ce livre m'avait été présenté. Et dès le départ, on se retrouve dans l'univers avec la plume propre à Dominique Demers. Bien que j'ai trouvé les descriptions moins nostalgiques, il n'en demeure pas moins qu'elles sont encore fluides, empreintes de beauté, et que certaines nous estomaquent.
Même si le spectacle n'est guère attrayant, ce que je découvre sous ma petite maison de rêve ressemble à ce qui se cachait sous le chalet de ma tante Jacqueline établie sur les rives de l'Outaouais. Terre battue, réservoir d'eau chaude posée sur de vieilles planches, fils électriques qui pendouillent, enchevêtrement de tuyau d'eau, poutres et poteaux de toutes sortes, certains d'apparence douteuse, d'autres un brin moins, et toiles d'araignée en quantité industrielle. Il fait noir et mon père aurait dit que ça sent le diable.
Pendant la nuit, il a neigé encore, puis les cristaux ont fondu, juste avant qu'un grand froid givre tout. Plus féerique, tu meurs ! Une délicate membrane de glace aux reflets d'argent recouvre chaque minuscule portion du paysage. Depuis les hautes herbes et les fines feuilles des buissons au bord du lac jusqu'aux branches nues des arbres géants, sans négliger 1 cm du tapis blanc. Tant de beauté mes laisse le coeur tremblant et la gorge nouée.
De plus, à travers tous les événements concernant le chalet qui nous font nous demander jusqu'où ça ira, on voit la vie suivre son cours avec les sorties suivant les rencontres Internet, ainsi que son désir d'écrire dans cet endroit. J'ai d'ailleurs bien apprécié les passages avec les amoureux potentiels, qu'ils aient été en direct ou racontés aux amis, passages qui m'ont souvent bien fait rire.
Le ton d'alarme me fait imaginer une attaque d'Iroquois ou un débarquement de Martiens.
– Une grosse araignée d'eau ! s'exclame-t-il. Sur le lac… Là !
J'éclate de rire.
– C'est OK. Je les ai adoptées. On est dans leur territoire. Une araignée, c'est pas pire qu'un papillon. C'est juste laid…
– Ça pique!
– Elles me m'ont jamais rien fait…
Dans une position d'homme des cavernes, Louis élève son aviron au-dessus de la pauvre araignée d'eau, une bibitte plutôt répugnante effectivement.
– Noooon !
Trop tard. L'aviron s'abat sur la bête avec suffisamment de force pour éclater, brisé en deux morceaux. Ma première pensée est pour la victime. Je soulève le bout plat de l'aviron ayant servi d'armes. Zéro pâté d'araignée dessous. Fou ! Le brave animal a fui à temps.
De plus, j'ai aimé voir à travers les rénovations, certaines réflexions sur l'écriture, et au moment de choisir mon titre de message, je réalise également que les rénovations de ce chalet, bien qu'avec de nombreux balbutiements, peuvent sans doute contribuer à réconcilier avec la vie, avec tout cet amour qui y est mis. De plus, toutes ces rénovations font qu'on voit le chalet évoluer, tout comme l'auteure au gré de ses rendez-vous, de ses rencontres. D'ailleurs, j'ai bien apprécié ce passage qui reflète bien ma pensée et que je vous invite à méditer quand vous êtes prompts à juger des autres (moi aussi d'ailleurs qui l'oublie encore parfois!):
Cet échange a révolutionné mon existence. J'étais persuadée que tout le monde pensait comme moi : entre une base et un sommet, on ne pouvait opter pour autre chose que le sommet. Ce que je croyais universel ne l'était tout simplement pas. J'ai compris le caractère intime dans notre perception des lieux et de notre relation au territoire. Et quelque part dans ma petite tête, j'en ai profité pour mieux apprécier combien les humains sont aussi étonnants que profondément différents.
D'ailleurs, je me demande, si la maison des petits cochons avait été en brique, combien de fois Dominique se serait senti comme si une brique lui était tombé sur la tête! Et ici, je me demande, vu tous les désastres, à quel point la réalité dépasse la fiction. Bref, j'ai donc apprécié la plume et l'histoire ici, avec toutes les piques d'humour qu'elle recèle. Donc, n'hésitez pas à vous le procurer ou un autre de l'auteure!

D'autres citations
Un paysage moins glorieux n'aurait pas suscité ce sentiment. C'est dans la perception du moment, éblouie par la somptuosité des environs, que j'ai saisi combien les êtres humains colorent et révèlent les lieux. Tout comme les grands bonheurs et les pires peines réclament une présence intime, la grâce d'un instant requiert parfois, pour être pleinement appréciée, la proximité d'une personne aimée. Cette révélation a transformé ma vie. Il m'arrive parfois d'oublier, mais au moment des grandes décisions, au cœur des désastres, des joies, des déchirements, des contradictions, des dilemmes, des occasions uniques, je me souviens que, quelles que soient l'issue, les gens feront la différence.
Je me dis seule, pourtant, ma petite maison me semble plus que jamais habitée. Comme si des créatures d'un autre monde, elfes, gnomes ou lutin, veillaient clandestinement sur moi en partageant mon chagrin.
C'est presque toujours grâce aux mots que je me réconcilie avec la vie. Les mots lus et les mots écrits.  [...]
Un matin, j'ai ouvert mon ordi, j'ai créé un nouveau document et j'ai laissé mes dois courir sur les touches. J'aime répéter que le plus important dans un projet d'écriture, c'est l'avant. Les longues rêveries, les recherches, les essais, les fiches de personnages, les notes comme si on partait en voyage… cette fois, je n'ai rien fait. J'ai sauté, sans parachute, sans filet, en ne me souciant pas de ce qui pouvait arriver dans l'urgence de dire m'étreignait.
Dire le chagrin. L'expulser. Avec une histoire.
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: # 69
Challenge personnel : # 22
 Multi-défis : # 5

lundi 11 mars 2019

Un mensonge à préserver

Le doux venin des abeilles
Auteure : Lisa O'Donnell
Couverture : Studio Piaule
Édition: Michel Lafon - 2018 - 391 p.
Traduction par Philippe Mothe
original: The Death Bees,  première publication par William Heinemann, 2012
Drame, littérature contemporaine, littérature écossaise


Présentation: Deux adolescentes enterrent leurs parents dans la cour et font croire que ceux-ci sont partis en voyage
+ : tension
- : "sans surprise"
Thèmes: pauvreté, maltraitance, drogue, adolescence


Pourquoi ce livre
Pendant mes achats pour un swap, ce livre, par son titre et sa couverture, m'a intriguée. Je lis donc le résumé, et hop dans la wish. Et c'est donc martineke qui me l'a offert dans le cadre d'un autre swap, que je remercie à nouveau. Et je l'ai donc sorti de la PAL récemment puisqu'il me faisait de l'oeil.

Mon avis
Et j'ai bien fait de l'en sortir, car j'ai bien apprécié cette lecture.

Dès le départ, on est plongé dans l'histoire, dans le fait que les parents sont enterrés dans le jardin, et on se questionne donc, qui a bien pu commettre le crime pour mener à cet enterrement? Même si, dans mon cas, je sentais poindre la vérité.

On suit donc la vie de Marnie et Nelly, adolescentes, après cet enterrement, et on en apprend aussi sur leur passé qui n'était pas tout rose, cet argent que doivent leurs parents au milieu du crime.
Peut-être que le café m'était un peu monté à la tête, mais quand je pense à ces gens qui ont livré leurs enfants à elles-mêmes, qui les ont laissées se débrouiller dans un monde froid et cruel, sans même un mot pour dire où ils allaient ni une miette à se mettre sous la dent, leur sort m'indiffère. Elles méritent mieux, ces filles. Elles se tiennent propres, travaillent bien en classe et, avec les deux plaies qu'elles ont pour parents, c'est vraiment un miracle qu'elles soient encore en vie. 
On suit donc ces deux orphelines, et on se demande, comme Marnie, comment elles pourront s'en sortir. Auront-elles assez d'argent? Combien de temps pourront-elles garder le secret par le biais du mensonge qu'elles inventent. Quand Marnie s'inquiète pour Nelly, on voit l'attachement, mais on voit aussi le fait par d'autres événements qu'elle l'envoie paître. On remarque aussi ces sentiments chez Nelly, et vu ce qu'on apprend de leur vie au fil du récit, on ne peut que les apprécier, et espérer qu'elles s'en sortent.

De plus, arrive un moment où leur voisin se rend compte qu'elles sont laissées à elles-mêmes, et les prend en quelque sorte sous son aile, voisin qui a lui aussi certains secrets, comme nous permet de l'apprendre ce roman choral. Et les fillettes utilisent leur voisin en le faisant passer pour leur oncle afin de s'éviter des troubles avec "l'aide sociale", sachant qu'elles ont besoin de l'argent puisque leurs parents ne reviendront pas. J'ai aussi bien aimé le rôle attribué au chien du voisin, puisque les adolescentes ont bien peur que celui-ci déterre les ossements et révèlent ainsi où sont cachés leurs parents.

J'ai aussi apprécié le roman choral qui, ici, bien que chaque narrateur ait un court passage, voire minuscule, donne suffisamment d'informations pour qu'on s'attache dans chaque passage vis-à-vis chaque narrateur. De plus, face à cette maltraitance, le traitement est tel que ce n'est pas de la pitié qu'on éprouve pour les fillettes, mais plutôt de la compassion, et un espoir face à leur avenir. Pour savoir si l'espoir est vain ou non, vous devrez vous le procurer.

Aussi, au moment d'écrire cette chronique peu de jours après avoir terminé ma lecture, je voyais déjà que mon souvenir s'estompait beaucoup alors que j'avais adoré ma lecture, et je m'en suis demandée la raison. C'est là que j'ai réalisé que c'est probablement parce qu'il n'y a pas de revirements à nous faire demander ce qu'on avait zappé, pas de réelles grosses surprises, même si certaines situations peuvent nous paraître un peu moins convenues. C'est ce que je vois qui expliquerait ce sentiment dans mon cas. N'empêche que, vous l'avez sans doute compris, j'ai adoré cette lecture, et cette plume que j'ai trouvé juste, émouvante. Alors, n'hésitez pas s'il vous tente!


Quelques citations
Les oiseaux chantent encore, la musique est là, toujours. Ma vie continue tandis qu'une autre se retire.
La mort, nous l'avons déjà vue, Marnie et moi, ce monceau de glace qui fond au fil des jours, ces gouttes d'eau qui gèlent sur notre âme pour, à chaque instant, nous remémorer ce qui a disparu, mais le désespoir qui nous assaille aujourd'hui est une peine qui imprègne de ténèbres la moindre de nos fibres.
Elle ne viendra pas, l'heure de lui dire adieu. Il ne viendra pas, le point final. Le voilà qui glisse vers l'apaisement, il nous quitte et j'ai beau chercher du courage en le voyant partir, je suis terrassée de larmes, mais je me dois de les cacher car il nous lègue un mensonge à préserver, un mensonge inventé pour nous sauver.
Peut-être que le café m'était un peu monté à la tête, mais quand je pense à ces gens qui ont livré leurs enfants à elles-mêmes, qui les ont laissées se débrouiller dans un monde froid et cruel, sans même un mot pour dire où ils allaient ni une miette à se mettre sous la dent, leur sort m'indiffère. Elles méritent mieux, ces filles. Elles se tiennent propres, travaillent bien en classe et, avec les deux plaies qu'elles ont pour parents, c'est vraiment un miracle qu'elles soient encore en vie. Les enfants méritent d'être aimés et, quand on ne sait pas aimer, on ne devrait pas en avoir. En entendant cela, Marnie est devenue toute pâle et j'ai alors compris que je l'avais blessée. À bien y réfléchir, il ne m'était évidemment jamais venu à l'esprit qu'on puisse aimer des êtres aussi calamiteux, que Marnie les aimait, que Nelly pouvait les aimer et se faire aimer en retour.
Pauvre petite, elle est déboussolée mais, si on cherche à l'aider, on sait qu'elle va se verrouiller à double tour, alors qu'il faudrait qu'elle s'ouvre pour qu'on puisse la réconforter quand elle sature, quand elle est trop fatiguée pour faire encore semblant. Elle est manifestement à la recherche d'une figure paternelle, d'amour aussi, peut-être; mais elle ne frappe pas aux bonnes portes, presque volontairement d'ailleurs. C'est sûrement pour ça qu'elle est d'abord allée vers lui, pour chercher de la douleur, nourrir le dégoût qui est en elle. J'ai peur pour elle, comme s'il y avait dans cette jeune pousse une pourriture qui lui dévorait l'âme, qui grignotait tout ce qui est en germe à l'intérieur; heureusement pour elle, je suis un peu horticulteur et je sais que cette pourriture-là, elle se traite. À condition de tomber entre de bonnes mains, bien sûr.
J'ai peur de la mort, j'ai toujours eu peur de la mort. Elle arrive comme un grand vent, et toujours par effraction. J'allais de nouveau la croiser aujourd'hui. 

Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #28
Challenge personnel : #14
 Multi-défis : #28
 


samedi 9 mars 2019

comment peut-on vouloir oublier la moitié du monde

Reine de Mémoire, tome 1: La Maison d'Oubli 
Auteure : Élisabeth Vonarburg
Illustration de couverture: Jacques Lamontagne
Édition: Alire - 2005 - 688 p.
Fantasy, littérature québécoise

Présentation: Dans un univers où Jésus a eu une soeur jumelle, des enfants orphelins veulent percer le mystère de la fenêtre de trop, de l'univers de grand-mère.
+ : idées
- : saccades
Thèmes: gémellité, conformité, magie



Pourquoi ce livre?
Acheté parce que j'avais entendu parler en bien de Vonarburg, et sorti de la PAL puisque Mario me l'a choisi pour le challenge Pige m'en 3.

Mon avis
Oh, comment bien vous le faire ressentir, car il y a du très bon, et du très mauvais. 
Tout d'abord, quand j'ai commencé ma lecture, j'ai eu de la difficulté avec le style. Mais j'avais poursuivi, et après quelques pages, ça passait. Mais je dois vous dire que ça été le cas tout le long avec des passages qui me rappelaient ma crainte dans les premières pages. Il est arrivé un moment où, écrivant aussi dans mes temps libres, je me suis demandée ce qui clochait, et outre le fait que je trouvais cela bien répétitif avec des phrases qui répétaient magie/magique/mages à tour de bras, je me suis rendu compte que je trouvais cela enfantin (j'ai vraiment eu l'impression qu'elle s'adressait à un enfant de 4 ans), trop descriptif, trop explicatif par moments. Alors que d'autres, je trouvais cela entraînant, captivant.
C'est comme s'il cessait de respirer, que sa poitrine se gonflait d'un souffle si long, si vaste que ça n'est plus un souffle, c'est l'univers tout entier qui l’empli, qui le retourne comme un gant et il est l’univers et un point en même temps, une extension vertigineuse et en même temps une concentration si dense, si chaude, qu’elle explose en une extase de joie lumineuse, elle danse, elle tourbillonne, elle se concentre à nouveau, et lui danse et jaillit avec elle, et encore, et encore.
Des présences, autour de lui. Les ailes duveteuses des âmes ? Mais non, c'est plutôt une sphère vitreuse et fourmillante et troubles qui l'entoure, comme ce qu'il se rappelle avoir perçu parfois autour de son talent inaccessible. Mais elle n’enferme point la flamme désirée. Elle vacille, elle tremble.
Il sort peu à Aurepas; il mène une vie publique industrieuse et respectable : il s’occupe de son magasin, il va à l’Office le dimanche et aux offrandes en semaine. On mange bien, mais simplement, à la maison comme au pavillon. Les réceptions sont rares et la pluspart du temps intimes ; quand il y a 10 personnes, c'est si exceptionnel que monsieur Faubrisson en est toute énervée. 
Dur de vous faire ressentir cela avec des petits passages puisque c'est surtout sur la longueur qu'on voit ce ressenti, surtout pour les passages qui nous donnent le sentiment d'un ton enfantin. Ce fut donc en dents de scie pendant tout la lecture sur ce point.

Cependant, ce qui me faisait poursuivre la lecture, ce sont les idées, car j'aimais cette aura de mystère avec ce là-bas, cette fenêtre de trop, le mystère de la vie de l'ancêtre qu'on découvre peu à peu avec une alternance. J'ai aimé aussi qu'on puisse déduire l'inspiration des Atlandie, Ehmory avec l'émorique, hiérarques, christien, islamite, géminites, pour citer qui me viennent à l'instant. Et non, ce ne sont pas des fautes de frappe, et vous pouvez sans doute déduire l'inspiration. Tout cela mêlé à de la magie, dans un univers parallèle au nôtre.
«une fois revenus chez eux en Europe, les messagers ont présenté leur rapport à la Royauté espagnole parce que c'était elle qui avait financé les expéditions, mais surtout à ses hiérophantes. Et eux, ils ont envoyé des lettres aux autres hiérophantes dans les autres pays.» Il fait une pause solennelle. «Car ce n'était pas vraiment la première fois que des mageis se rendaient mutuellement impuissantes.»
De plus, j'ai aussi aimé voir des réflexions sur ces points d'inspiration qui nous font réfléchir à l'Histoire. Je crois d'ailleurs que ceci est le point le plus fort de mêler ces réflexions à la magie.
Il retournait aussi en Atlandie astral, avec un fort contingent de soeurs et de frères caristes, qui allaient se consacrer presque entièrement désormais aux indigènes. Cela n'irait pas sans trouble : certaines tribus ne voulaient rien savoir des étrangers ni de leur foi, et considéraient les derniers sacrament comme une abominable sorcellerie. 
 «alors oui, c'est la position française qui a fait échouer le Concile. Surtout parce qu'elle a été plus honnête que d'autres, lesquels désirent la même chose mais n’osent le dire ouvertement. On veut l'élection d'un hiérarque suprême par le Conseil des Hiérarques, lequel dirigerait une commission de mages chargés de veiller à la pureté de la doctrine.
– Comme le pape christien et son Inquisition ?» souffle Gilles, horrifiée.
– eh bien, pas vraiment le pape christien, car ce hiérarque suprême répondrait encore de ses actes devant le Conseil. Mais pour l'Inquisition oui, cela y ressemblerait quelque peu. Les tortures et les bûchers en moins.»
Bien sûr, tout cela crée un univers complexe et il est aussi parfois difficile de s'y retrouver, comme avec les explications des cartes du tarot de grand-mère dont je n'ai pas bien compris les subtilités et l'impact dans le récit. On doit donc essayer de se rappeler ce à quoi correspondent les éléments et totalement oublier leur rôle dans notre réalité, ce qui explique qu'ici aussi ce fut en dents de scie puisque parfois j'étais complètement immergée dans l'histoire, alors que d'autres fois, le style n'aidant pas, je ne l'étais aucunement et me demandait où ça s'en allait.
Bref, vous comprenez que j'en ressors déçue. Heureusement pour l'auteure de ce titre, j'organise le challenge Deuxième chance ;)


Quelques citations
Pierrino contemple la carte de grand-père, et toutes ses terres presque magiquement apparues là où il avait jusqu'à présent toujours imaginé, avec Senso, un océan grand comme la moitié du monde. Les gens sont bien étrange. Comment peut-on se faire oublier, comment peut-on vouloir oublier la moitié du monde?
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #8
Challenge personnel : #2
 Multi-défis : #91


Le prix littéraire SFFF obtenu est : Grand prix de la science-fiction et du fantastique québécois

mardi 5 mars 2019

Quel poison silencieux

Rien ne s'oppose à la nuit 
Auteure : Delphine de Vigan
Couverture : Frédéric Pierret
Édition: Le livre de Poche - 2016 - 403 p.
original: Jean-Claude Lattès , 2011
Biographie, essai, littérature française


Présentation: Delphine de Vigan interroge le passé de sa mère, pour mieux la comprendre, ainsi que ce qu'ils appellent la malédiction familiale.
+ : style
- : aura de mystère
Thèmes: bipolarité, suicide, famille



Mon avis
Je ne sais plus pourquoi ce livre est atterri dans ma wish puisque je sais que je lis peu de biographies. Peut-être qu'à l'époque, c'est le côté bipolarité et suicide qui m'avait attiré sans que je sache qu'il s'agissait d'une biographie. Et heureusement que je ne savais pas ce côté, car je n'aurais probablement jamais découvert ce titre émouvant si je l'avais su.
Delphine de Vigan tente de comprendre la famille de sa mère. Et dès les premières pages, on est conquis par la plume de DeVigan, et on s'attache à la famille, et on se questionne sur quels sont les événements.
Ainsi, Delphine interroge-t-elle oncles et tantes, et autres personnages de l'entourage de sa mère, à la recherche d'explication, d'origine de la douleur, de la compréhension de la souffrance. 
Mais je sais aussi qu'à travers l'écriture je cherche l'origine de sa souffrance, comme s'il existait un moment précis où le noyau de sa personne eut été entamé d'une manière définitive et irréparable, et je ne peux ignorer combien cette quête, non contente d'être difficile, est vaine. C'est a travers ce prisme que j'ai interrogé ses frères et sœurs, dont la douleur, pour certains, fut au moins aussi visible que celle de ma mère, que je les ai questionné avec la même détermination, avide de détails, à l'affût en quelque sorte d'une cause objective qui m'échappe à mesure que je crois l'approcher.
Aussi, à travers cette recherche, il n'empêche pas que l'auteure a des doutes, se questionne.
Pourtant, toute tentative d'explication est vouée à l'échec. Ainsi devrai-je me contenter d'en écrire des bribes, des fragments, des hypothèses.
L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire.
Au lieu de quoi je ne peux toucher à rien. Au lieu de quoi il me semble que je reste des heures les mains en l'air, les manches remontées jusqu'au coude, ficelé dans un horrible tablier de bouchère, terrorisée à l'idée de trahir l'histoire, de me tromper dans les dates, les lieux, les âges, au lieu de quoi je crains d'échouer dans la construction ce récit tel que je l'avais envisagée.
C'est donc la quête de l'auteure de trouver la vérité qu'on suit pendant qu'elle nous raconte le passé de Lucile. Et lorsque de Vigan rassemble les éléments pour établir sa vérité, celle qui lui semble le plus plausible, elle mentionne d'autres théories, qui parfois nous semblent irréelles. Je pense entre autres aux différents souvenirs qu'elle récoltait face à un événement menant à un désastre.

dimanche 3 mars 2019

La fièvre des nuages

La petite fille aux nuages noirs
Auteure : Kitty Sewell
Couverture : photo de Jennifer Boggs
Édition: France Loisirs, 2010, 538 pages
original: Cloud fever, Kitty Sewell , 2010
Aventure, suspense, littérature suédo-anglo-canado-espagnole

Présentation: La fille d'un pilote d'hélicoptère a des prémonitions qu'il voyagera et vivra des drames, cela couplé au fait que Daniel reçoit un appel l'invitant à se rendre au chevet de son père, mort avant sa naissance.
+ : fluidité
- : traduction du titre
Thèmes: Tibet, pilote, famille



Pourquoi ce livre
Je ne me rappelle plus pourquoi ce livre est arrivé dans ma wish, pour arriver dans ma PAL. Mais j'en l'ai sorti puisque, pour coupler le challenge Objectif du mois avec Douze thèmes, je cherchais un livre qui se passait en montagne et qui n'était pas trop notre genre. Comme il était marqué romance et voyages sur la fiche en tant que genres, ainsi que j'avais repéré le mot Tibet en regardant ce qui pouvait se passer à la montagne, ce fut ce livre que j'avais sélectionné.

Mon avis
Le mois passant, j'ai lu plusieurs autres lectures, et lorsque je l'ai entamé, je n'avais pas de souvenirs de ce dont ça allait parler exactement, me rappelant que du Tibet et de la romance. Or, je me suis rapidement rendue compte que ce titre ne semblait pas être de la romance puisque ça m'a paru plus comme une aventure énigmatique sur les origines de Daniel: l'appel reçu était-il la vérité et quels rôles avaient les prémonitions de sa fille. Bien sûr, il y a une histoire d'amour à travers le récit, mais on est loin de la romance en tant que genre. Et j'ignore pourquoi ce genre s'est retrouvé sur la fiche puisque sur mon 4e de couverture que je lis au moment d'écrire la chronique, il est indiqué:
Un homme en quête de son identité part pour une aventure fascinante et mystérieuse: une cascade d'énigmes et de rebondissements.
Et je dois dire que c'est un peu ainsi que j'ai perçu le roman: une aventure énigmatique.

samedi 2 février 2019

La vie continue... mais pas la tienne.

[V]ivre 
Auteur : Sophie Laroche
Couverture: Noa Younse
Édition: Éditions De Montagne, 2012, 176 pages
Jeunesse, littérature contemporaine, littérature française

Présentation: On suit les pensées de Félix qui parle à Nathan, son meilleur ami mort dans un accident dans lequel il a été impliqué
+ : émotions
- : autres
Thèmes: alcool au volant, deuil



Mon avis
Et oui, encore un autre Tabou où on pleure! Cette fois, je m'y attendais... Je me revois encore vers la fin du secondaire, et j'ai même revu l'absence que ça créait de regarder un banc. J'étais dans une cohorte après lui, même je peux bien m'imaginer que le passage suivant aurait pu se dérouler pour mes amis qui se trouvaient dans le même groupe.
[...] et, soudain, mon regard qui se pose sur ta chaise vide, au premier rang. Ta saloperie de chaise vide ! La bouffée de chagrin horrifié qui me brûle le visage doit se voir. Sur un simple signe de tête de Madame Forestier, Tom se lève, attrape la table. Étienne prend la chaise et le suit. Ils déposent les meubles au fond de la classe, hésitent un instant et sortent finalement, leur lourd fardeau à bout de bras. 
Bien sûr, le récit est totalement différent des événements qui ont parsemé ma vie. Ici, Félix a été impliqué dans l'accident et c'est son meilleur ami, Nathan, qui est mort parmi les 4 personnes à bord, et un autre ami se trouve dans le coma. Il parle donc à Nathan, essaie de lui en donner du sens, et comme la vie continue, de se relever, même s'il considère que parler à un mort pourrait l'amener à l'hôpital psychiatrique. En lui "parlant", il fait de l'humour noir, se rend compte des différentes expressions qui parsèment son univers et qui lui sont inappropriées dans ce contexte, et relie ça avec les euphémismes qu'il apprenait dans son cours de français.
J'arrête mon humour noir. Il faut que j'arrête! Si je continue sur cette voie, je vais devenir fou. Il faut que je respire de nouveau. J'essaie, mais je n'y arrive pas.
Ce livre nous montre donc que, à l'adolescence, il arrive qu'on veuille repousser les limites pour s'intégrer, faire «bien» et que Quelquefois, faire « bien » fait très mal. On voit aussi comment Félix en vient à s'impliquer dans Educ-Alcool, tout comme on voit Noah, la famille, et la petite amie vivent leur deuil de différentes façons, ainsi que les préjugés qui sont portés par l'entourage parfois. Aussi, même si je ne l'ai pas remarqué pendant ma lecture, lorsque je cherchais un défaut pour mon moins, j'ai trouvé que les autres étaient plutôt évacués, car j'ai trouvé cela centré sur Félix, mais je comprends très bien ce choix de narrateur au je dans l'histoire. 
Bref, une lecture que j'ai appréciée et qui est remplie d'émotions. Donc, n'hésitez pas à lire un extrait pour le découvrir. 

Quelques citations
Elle me sourit. Et la vie m'apprend alors que les sourires peuvent être bien plus tristes que les larmes. 
Des gestes qui n'ont l'air de rien, mais qui tuent. 
Les mots sont les mêmes, mais la voix est devenue plus coupante qu'une lame de sabre patiemment aiguisée. 
La vie continue... mais pas la tienne. Je peux te parler à longueur de journée, ça n'y changera rien.
Ma mère s'inquiète pour moi. Quand je pleurais sans arrêt, les premiers jours, elle voulait que j'aille voir notre médecin de famille. Le docteur Lemasson n'a pas de pilule miracle qui assèchent les yeux par magie! je lui ai répliqué. Maintenant que je ne pleure plus, elle trouve que je refoule trop mes émotions, que je ne parle pas assez… faudrait savoir ce qu'elle veut ! Il n'y a qu'à toi que j'ai envie de parler, mais je ne peux pas lui dire que je discute avec un mort, sinon ce n'est pas chez le docteur Lemasson qu'elle m'embarquera, mais à l'hôpital psychiatrique.
Depuis que tu es mort (mort mort mort  excuse-moi, il faut encore que je le répète pour que ça rentre, que ça ait du sens), c'est comme si moi aussi, j'étais éteint. Que la vie était partie, et pas seulement chez moi, chez Noah aussi, chez Zach bien entendu, dans ta famille, pour Lili-Rose. Nous ne vivons pas, nous ne survivons pas non plus. Nous sommes là, mais plus entièrement.
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #89
Challenge personnel : #13
Multi-défis : #



samedi 26 janvier 2019

se reconstruire quelque part

Ce que le jour doit à la nuit 
Auteur : Yasmina Khadra
Couverture : John Foxx
Édition: Pocket, 2009, 438 pages
original: Julliard , 2008
Contemporaine, littérature algérienne

Présentation: La vie de Younes dans une Algérie des fractures ouvertes
+ : style
- : plagiat?
Thèmes: Algérie, colonialisme, famille, guerre d'Algérie



Mon avis
Voilà, comment parler de ce livre? Aucune idée puisque au tiers environ de ma lecture, je voulais vérifier quelque chose, et je suis tombée sur un article parlant de plagiat. Article que j'ai lu en diagonale pour ne pas me divulgâcher  puisque j'appréciais encore le style de Khadra. Article où pour le peu que j'ai capté, j'avais l'impression que le plagiat concernait des faits généraux de la vie de l'époque, ce qui entraîne bien entendu des similitudes, mais de là à crier au plagiat, j'en doute, surtout que je me dis que déformer une fille nommée Amélie en Émilie, ce serait un peu trop évident pour quelqu'un qui veut plagier. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas lu le titre de Youcef Dris, et ne peut donc juger si Khadra l'a plagié ou non, et c'est donc avec ce questionnement en tête que j'ai lu la majorité du livre que j'ai apprécié.
J'ai aimé être plongé au cœur de ce
pays qui s'appelait l'Algérie; pas celui que l'on enseignât à l'école ni celui des quartiers huppés, mais d'un autre pays spolié, assujetti, muselé et qui ruminait sa colère comme un aliment avarié — l’Algérie des Jenane Jato, des fractures ouvertes et des terres brûlées, des souffre-douleur et des portefaix… un pays qu'il restait à redéfinir et où tous les paradoxes du monde semblaient avoir choisi de vivre en rentiers. 
Un pays où on suivra Youcef qui suite à différents événements aura a déménagé avec sa famille afin d'aller se reconstruire, comme le dit son père Issa qui croit dur comme fer que le destin lui sourira et qu'il pourra retrouver sa bonne fortune, même s'il ne veut aucunement accepter l'aide qui lui est proposée.
Il disait qu'on pouvait perdre sa fortune, ses terres et ses amis, ses chances et ses repères, il demeurait toujours une possibilité, aussi infime soit-elle, de se reconstruire quelque part; en revanche, si on venait à perdre la face, il ne serait plus nécessaire de chercher à sauver le reste.
J'ai peur de t'offenser alors que j'essaye seulement être ton frère. Mais il est temps d'apprendre à écouter, Issa. Il n'y a pas de mal à écouter. La vie est un apprentissage permanent ; plus on croit savoir, moins on sait, tant les choses changent, et avec elles les mentalités.
On voit ainsi une dualité entre ceux qui croient ramener le destin à la raison, lui forcer la main, provoquer le miracle et ceux qui pensent que Rien n'est écrit et que nous sommes les responsables de ce qu'il advient, réalités différentes quand on ne trouve pas de sens à sa douleur

Cela nous invite donc à se questionner sur les déchéances, les malheurs qui frappent Younès, la façon dont il évolue, les trahisons qui peuplent son histoire, les sentiments qu'il éprouve face à certains camarades, les réactions des personnages. Bref, on le voit confronter à son existence, au fait que diverses personnes ont à se reconstruire, à se rétablir dans la société. 

Bref, j'ai apprécié ma lecture, mais n'empêche que le questionnement du plagiat laisse un doute sur mon enthousiasme, car ça me refroidit, et ça sème le doute également sur les autres titres.

Procurez-vous le ici.

Quelques citations
Plus tard, beaucoup plus tard j'arriverais à cette vérité : Rien n'est écrit. Autrement, les procès n'auraient pas lieu d’être; la morale ne serait qu'une vieille chipie, et aucune honte n'aurait à rougir devant le mérite. Bien entendu, il est des choses qui nous dépassent, mais dans la plupart des cas, nous demeurons les principaux artisans de nos malheurs. Nos torts nous les fabriquons de nos mains, et personne ne peut se vanter d'être moins à plaindre que son voisin. Quant à ce que nous appelons fatalité, ce n'est que notre entêtement à ne pas assumer les conséquences de nos petites et grandes faiblesses.

Ils espéraient, en gardant le moral, en sauvant les apparences, ramener le destin à la raison, lui forcer la main, provoquer le miracle. Et oubliais que le compte à rebours avait commencé et qu'il n'y avait plus rien à rattraper, car il fallait être aveugle pour continuer d'avancer dans la nuit de toutes les utopies, de guetter une aube qui s'était déjà relevé sur une autre ère et qu'ils s’obstinaient à attendre là où elle ne figurait plus.
Le malheur qui nous frappe ne prémédite pas son coup. Comme la foudre il nous tombe dessus, comme la foudre il se retire, sans s'attarder sur les drames qu'il nous inflige et sans les soupçonner. Si tu veux pleurer, pleure ; si tu veux espérer, prie, mais, de grâce, ne cherche pas de coupable là où tu ne trouves pas de sens à ta douleur.
il y avait, dans cette bataille pathétique qu'il livrait à lui-même, ce que la détresse avait de plus vaillant et de plus grotesque à la fois.
J'avais honte de disposer de tant de pouvoir au point d'être en mesure de damner un être que j'avais aimé sans à aucun moment associer la noblesse de sa générosité à un ignoble péché de chair.
C'est une toxine corrosive, la haine: elle vous bouffe les tripes, vous squatte la tête, vous possède comme un djinn.  
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
(Défi-lecture: #74)
Multi-défis : #72


Guides inspirants

Une irrésistible envie de fleurir
Auteure : Christine Michaud
Couverture : Ann-Sophie Caouette
Édition: Édito, 2018, 310 pages
Contemporaine, développement personnel, littérature québécoise

Présentation: Juliette perd tout et suite à un courriel, va être confronté au flourishing
+ : simplicité
- : facilité
Thèmes: développement personnel, destin, amitié



Mon avis
Voilà, pris parce que je cherchais une couverture dans des teintes de turquoise, le titre m'a également interpelé et je ne savais pas à quoi m'attendre, surtout que si j'avais lu le résumé, je ne l'aurais probablement pas pris puisque le côté développement personnel m'aurait freiné. Et dès le début, j'ai aimé le style d'écriture que je trouvais entraînant. Et j'ai donc apprécié ma lecture, surtout que j'ai trouvé que l'auteure semblait être réaliste sur cette synchronicité, ce brin de magie[...]des plus bénéfiques, ce destin, tout en se posant des questions sur ceux-ci:
Me voilà rassurée. Je me méfie de ces gens un peu trop illuminés à mon goût. J'ai toujours cru que les grands sages était rarement les êtres les plus exubérants. Ils préfèrent souvent la discrétion et l'humilité à l'ostentation. S'il faut prêcher le bien-être dans toute sa simplicité, autant le faire par l’exemple, pas vrai? […] Pourquoi deux destins se croisent-ils à un moment en particulier?
De plus, j'ai pu m'identifier aux pensées de l'héroïne qui, même si confrontée à des épreuves différentes, ressemble, selon moi, à ce que nous pensons tous:
Je réalise à quel point je me prive de trop de moments précieux par peur de déranger, ou de ne pas faire l'affaire ou, pire encore, de ne pas être à la hauteur.
J'ai également aimé comment Juliette est amenée à être confrontée à toute cette psychologie positive, à cette petite magicienne, par une suite d'événements puisque de manoir, point: se dresse plutôt devant [elle] un bâtiment délabré. Et j'ai bien aimé comment cette petite magicienne confronte Juliette à ce destin, et l'ai trouvée attachante. Également en plus, de celle-ci, des personnages plus âgés qui se retrouvent sur sa route, et j'ai aimé que ceux-ci la guident, l'amènent sur la voie de la psychologie positive avec sagesse, sans être trop moralisateur. 

Bien sûr, toute cette synchronicité donne une sensation de facilité dans l'histoire, mais cela ne nous empêche pas d'apprécier la lecture qui forme un tout cohérent, car après tout, qu'est-ce qui est vraiment planifié? 

Vous comprenez donc que la synchronicité a fait son œuvre puisque ce livre fait partie des romans de développement personnel que j'ai apprécié lire. Bref, que vous vous le procuriez ou non, n'oubliez pas de contempler ce qui [vous] entoure et de [vous] émerveiller.

Petite anecdote de synchronicité
Lorsque j'ai ajouté le titre sur livraddict, j'ai vu que l'auteur y était déjà, et j'ai donc regardé ce qu'elle avait écrit, et comme je sais que tout livre québécois n'y est pas forcément entré, j'ai regardé sur le site des libraires pour voir ce qu'il en était, et j'ai pu voir qu'elle avait écrit la préface de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une, livre qui est justement mentionné (je ne me rappelle plus s'il est choisi ou offert dans la librairie du livre) dans une page que j'avais marquée.
Quelques citations
Pour la jeune magicienne, il y a des histoires dans lesquels il faut entrer et d'autres dont il valait mieux s'extirper. Et parfois, pour se sortir de l’une, il faut en investir une autre. Voilà sûrement pourquoi les livres nous sont si bénéfiques: ils favorisent les transitions. Dans les intrigues qu'ils proposent, chacun peut à la fois se reconnaître et s’oublier. Ils nous offrent ainsi l'occasion tant de guérir la pensée que de rêver le futur.
C'est exactement ce que semble faire avec moi mes guides inspirants. Les expériences qu'il me propose de faire me procurent la certitude de cheminer comme jamais je ne l’ai fait auparavant.
Je commence à nourrir de sérieux soupçons sur ma légendaire intuition quand j'aperçois, accrocher à l'arbre providentiel, une pancarte indiquant l'adresse que Gabriel m'a donnée: je suis arrivée à bon port malgré mon GPS. Sauf que de manoir, point: se dresse plutôt devant moi un bâtiment délabré. Je trouve à sourire à l'idée que nos états intérieurs influent souvent sur les circonstances extérieures.
Ma petite voix me dit que rien n'arrive par hasard. Pourquoi me suis-je retrouvée dans le manoir délabre de l'une des plus grandes médiums française? […] Cette brève incursion dans un lieu aux pouvoirs surnaturels me convainc qu’un peu de mystère et même un brin de magie me seraient des plus bénéfique. 
Certaines personnes font référence a des «vortex», c'est-à-dire des endroits hautement vibratoires où le ciel et la terre semblent s’unir. On dit de ces emplacements qu'ils favorisent les échanges entre l'humain et le divin.
Parce que je participe à quelques challenges

Le temps à l'envers: 2018
Terre du milieu
Défi-lecture: #45
Challenge personnel : #8, #12 et #25
Multi-défis : #81


Susciter le soupçon

Nicolas LeFloch, tome 1: L'énigme des blancs-manteaux 
Auteur : Jean-François Parot
Couverture: Rosalba Giovanna Carriera, Portrait of a man
Édition: 10/18, 2001, 371 pages
original: JC Lattès , 2000
Policier historique, littérature française
Présentation: Nicolas LeFloch va apprendre le métier de policier et son enquête sur la disparition du commissaire le fera progresser.
+ :
- :
Thèmes: meurtres, corruptions, 18e siècle



Mon avis
Je voyais souvent passer cet auteur concernant cette saga historique policière et je me suis donc procurée le premier tome l'an dernier. Et dans le cadre du challenge de Licorne, je l'ai donc sorti en lecture commune avec chris 311830, et ai donc échangé au fil de ma lecture. J'ai l'impression, selon nos échanges, que chris l'a plus apprécié que moi puisque j'en ressors avec un avis mitigé. Et je crois que ce titre est tombé dans ceux bien écrits mais dans lequel il manque la petite étincelle qui fait la connection entre le lecteur et l'histoire.
Tout d'abord, j'ai trouvé, tout comme chris, que le style était recherché. C'est fluide et les descriptions sont précises afin que nous puissions nous imaginer la scène. Peut-être ai-je aussi eu l'impression parfois que ça ne laissait justement pas assez de place à l'imagination puisque plein de détails nous étaient donnés.
Partout, dans les angles, les recoins et les culs-de-sac de cet immense labyrinthe, d'étranges mousses humides recouvraient comme une lèpre le corps de la prison. Des volutes de champignons, flottant pareil à de lourdes toiles d'araignée, absorber le peu d’air. de cette atmosphère confinée. D’étranges concrétions minérales, d’un gris tirant sur le vert, dont les points brillaient à la lueur de la lanterne, dénonçaient le salpêtre et le resurgissement des sels qu’exsudait, sous le travail incessant de l'humidité, le calcaire des murs.
Bref, oui, j'aimais être plongée dans l'époque et pouvoir me représenter la scène, le décor, même si des fois, je crois que j'aurais aimé que certaines soient moins détaillées.  
De plus, j'ai aimé que l'auteur nous fasse naviguer dans les pensées de Nicolas qui, sans les réponses, ne peut qu'encore plus se demander comment tout cela s'enchevêtre, essayer de démêler les soupçons qui pèsent sur les différents protagonistes.
Également, même s'il peut nous apparaître uniquement soucieux d'apprendre et de bien faire durant les mois de son apprentissage, LeFloch nous est dévoilé également à travers les événements.
De plus, j'ai aimé voir la progression de l'enquête, les indices et les façons prises à l'époque pour les trouver et les déduire.  
Bref, même si j'en ressors avec un avis mitigé, si le fond vous intéresse, vous pouvez vous le procurer. Chacun a son propre ressenti face à une lecture, et comme je l'ai dit, j'ai l'impression qu'il m'a manqué la petite étincelle de connexion dans ce titre. Comme chris que je remercie pour les échanges pendant cette lecture commune, j'en lirai d'autres puisque j'ai bien aimé le style recherché de ce premier roman, et que j'aime bien lire des policiers historiques à l'occasion. Et j'essaierai aussi de voir si je peux trouver les adaptations de ce côté-ci. 

Quelques citations
On lui aurait donné son billet de confession sans hésiter quand bien même mille questions sans réponse pouvaient susciter le soupçon. 
Aussi bien que ne pourrons-nous le frapper qu’à coup sûr. Il ne faut jamais rater un serpent, on ne retrouve pas l'occasion de le détruire. 
Il n'y avait été ni heureux ni malheureux, uniquement soucieux d'apprendre et de bien faire durant les mois de son apprentissage. Elle prendrait place dans son souvenir et dans son regret comme toutes les choses et tous les êtres abandonnés au bord du chemin, parce que la vie, la mort ou une petite lumière mystérieuse en décident sans appel. 
Décidément, l'inspecteur pensait à tout et, sous son air placide, dissimulait des trésors d'expérience et de pratique policière. 
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
(Défi-lecture: #93)
Challenge personnel : #5, et #19
Multi-défis : #75




samedi 19 janvier 2019

je suis allé au bout de la Terre

Du bon usage des étoiles 
Auteure: Dominique Fortier
Couverture: Pascale Bonenfant
Édition: Alto, 2016, 341 pages
original: Alto, 2008
Aventure, littérature québécoise

Présentation: L'Erebus et le Terror, en voulant trouver un passage dans le Nord de l'Amérique à l'époque victorienne, se retrouvent pris entre les glaces.
+ : plume
- : lenteur
Thèmes: Nord-Ouest, marins



Mon avis
L'été dernier, sans que je sache pourquoi, la couverture de ce titre m'attirait comme un aimant. Et même si ce n'est pas dans mes habitudes, je l'ai pris, ne sachant rien du livre. Et lors de Québec en novembre, plusieurs ont parlé de cette auteure, mais j'avais ciblé d'autres lectures, et n'avait pas eu le temps de me rendre à ce titre.
Et c'est donc en ce mois de janvier que je lis ce livre. Je dois avouer qu'au départ, j'ai eu de la difficulté à me situer dans le récit, bien que la fluidité des phrases nous y entraînaient. J'ai donc eu peur que le récit ne parvienne pas à m'atteindre. Mais, grâce aux commentaires généraux sur l'auteure que j'avais vu en novembre, et surtout parce que je voulais enfin avancer dans Snake & Ladders, j'ai poursuivi et me suis laissée emporter par ce récit.
Tout d'abord, je trouvais que le style recherché ne donnait pas une impression de rigueur, mais un rythme soutenu avec de la poésie au travers. Et cette sensation s'est accrue au fil de ma lecture et même si on ne s'habitue pas à un tel paysage, à un tel froid (il fait -31 pendant que je rédige!), on s'habitue à ce style qui lui rend hommage avec des descriptions qui semblent nous plonger dans quelque féerie, telles que la description de l'aurore boréale par exemple. Bref, c'est vraiment cela qui fait la force du récit pour moi.
Aussi, je crois qu'au début, je ne m'attachais pas au personnage, mais plus on avance dans le texte, plus on se prend d'attachement pour les capitaines qui eux prennent de plus en plus conscience de leur équipage. J'ai donc aimé découvrir certains membres au fil de la lecture, et voir comment ceux-ci occupaient leur temps et ça nous amène à découvrir certaines notions de l'époque.
Également, il y a des passages de femmes qui sont restées en Angleterre, et même si parfois, j'en trouvais égocentrique, j'aimais voir les rêveries, pensées de certaines. Et après réflexion, je trouve que ces passages permettaient de rythmer le récit, car après tout, les marins sont figés dans la glace, ce qui crée une lenteur dans le récit. Donc, je crois que ces passages permettent de former un tout cohérent, et en plus, cela m'a permis de voir un peu des mœurs de l'époque victorienne.
Bref, même si je considère que ce n'est pas l'histoire qui m'aura le plus touchée, j'ai passé un agréable moment, et relirai l'auteure. Pour un premier roman, le pari était réussi. Donc, si vous le souhaitez, rendez-vous ici pour en lire un extrait et vous le procurer. 

Quelques citations
Quant à moi, je suis allé au bout de la Terre, j’ai basculé dans ce vide où il n’y a ni monstres marins ni poulpes géantes ni sirènes ni même Dieu; je n’ai trouvé que la nuit dans cet abîme, et c’est sans doute, de toutes les découvertes, la plus terrible.
Nous avons aperçu avant-hier nos premiers icebergs et en sommes aujourd’hui entourés de toutes parts comme dans quelque féerie. On ne s’habitue pas à un tel paysage. Les montagnes de glace aux reflets d’un bleu, vert, turquoise minéral, s’élèvent vers le ciel comme des cathédrales de neige. Ces masses auprès desquelles nos navires semblent lilliputiens ont au soleil un éclat presque surnaturel; on les dirait sorties d,une peinture représentant la surface d’une planète inconnue, ou du rêve d’un fou. Elles sont cependant aussi dangereuses que magnifiques car, comme les hommes, elles ont pour particularité de cacher dans les profondeurs invisibles la plus grande part d’elles-mêmes, aussi faut-il naviguer autour de ces géantes de neige lentement et avec une grande prudence. La brume, qui ne se lève pas depuis deux jours, rend la navigation plus difficile encore en enveloppant ces titans silencieux d’une chape blanche et fantomatique.
La nature polaire, morte pendant plus de six mois, noyée dans les ténèbres, connaît à l’été une renaissance aussi brève que spectaculaire.
Il est donc ridicule de songer à dépêcher une expédition de secours. On ne va pas au secours des héros.
Sans doute l'homme qui n'a plus rien à perdre et qui le sait est-il infiniment plus libre que celui qui craint à tout moment de voir son bonheur, sa richesse, sa vie lui échapper.
Soudain, dans le ciel immense, apparaît une lueur d’un vert laiteux, une vague mouvante qui danse au-dessus de l’horizon où elle déploie un chatoyant rideau presque phosphorescent.
Il va de soi que le progrès scientifique est chose merveilleuse et qu’il permet d’étendre chaque jour davantage notre domination sur le monde qui nous entoure, mais à voir Fitzjames penché, les yeux plissés, au-dessus de ses bassins fumants de mercure et d’hyposulfite de soude, j’ai l’impression d’avoir pénétré par erreur dans le laboratoire de quelque alchimiste des temps passés, absorbé dans l’exécution de l’œuvre au noir.
S’y trouvaient, côte à côte, une rose des sables dont les délicates arêtes à l’harmonie irrégulière éveillaient invariablement l’admiration de ces dames, à qui Lady Jane préférait toutefois ne pas révéler la source de cette singulière beauté; un poignard à la lame sculptée dans sa gaine de cuir repoussé, qu’elle avait âprement négocié à l’un de ces hommes vêtus de bleu qui sentaient aussi fort que les chameaux dont ils partageaient l’existence; un grigri fait de corne, de plumes et de billes d’onyx qui avait toujours suscité chez elle une très légère inquiétude; le fossile parfaitement conservé d’une fleur dont on distinguait les pétales nervurées et jusqu’aux petits poils hérissés recouvrant les feuilles d’un duvet rêche; un moustique prisonnier d’une grosse goutte d’ambre couleur de miel, suspendu pour l’éternité dans l’or translucide; une sculpture représentant, avec une crudité presque obscène, une silhouette féminine aux seins et aux formes rebondies (que ces dames faisaient le plus souvent semblant de n’avoir pas vue, pour qu’on ne puisse pas se laisser aller à songer que ces mêmes formes se cachaient sous les jupons, guimpes et crinolines dont elles étaient caparaçonnées); d’arachnéennes figurines de verre soufflé vivement coloré, achetées sur l’île de Murano, concession consentie par l’aventurière à la mode de l’époque parce que ces petites figures, bien que mièvres et somme toute assez communes, étaient tout de même l’œuvre d’authentiques artisans.
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
(Défi-lecture: #19)
Challenge personnel : #17, et #10
Multi-défis : #24


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