mardi 21 novembre 2017

La déconfiture de l'humanité: «Où était Dieu dans la réponse du monde?»


Roméo Dallaire
J'ai serré la main du diable : La faillite de l'humanité au Rwanda
Historique, témoignage, littérature québécoise
Libre-Expression, 647 pages, 2003
Couverture de: France Lafond

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Thèmes: génocide, Rwanda, ONU

Présentation:Quand le général Roméo Dallaire a été appelé à assurer le commandement de la Force internationale de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda, il croyait être dépêché en Afrique pour aider deux belligérants à trouver un terrain d'entente. Une fois au Rwanda, il découvrit une tout autre réalité. Pris entre une guerre civile sanglante et un génocide impitoyable, le général et ses hommes -- une petite troupe –- furent bientôt abandonnés, sans aucune ressource, par leurs patries respectives. Pour lutter contre la vague de tueries qui ravageaient ce pays, ils ne purent compter que sur leur propre générosité et sur leur courage personnel. En moins de cent jours, la guerre au Rwanda allait faire plus de 800 000 morts et au-delà de 3 millions de blessés et de réfugiés. C'est avec le poids de cette tragédie que le général Dallaire est rentré chez lui, au Canada, en septembre 1994, brisé et désillusionné. Il lui faudra sept ans avant de pouvoir commencer à écrire sur ce sujet. Dans J'ai serré la main du diable, il raconte l'enfer qu'il a vécu au Rwanda et il n’hésite pas à reconstituer les terribles événements auxquels la communauté internationale a tourné le dos. Son témoignage est un compte rendu sans concession de la faillite de l'humanité à mettre un terme à un génocide pourtant maintes fois dénoncé.
Comment survivre ? se demandent tous ces personnages, aux prises avec les situations inextricables des âges de la vie, le cycle des illusions perdues et des rêves oubliés.

Cela fait un moment que ce titre se trouvait dans ma wish et j'ai donc profité de Québec en novembre pour sortir ce témoignage d'un lieutenant-général d'origine québécoise.
Ayant lu la fiction Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche, je connaissais un peu le principe de ce conflit, mais sans en connaître tous les acteurs et aboutissants, et c'est pour cela que je voulais découvrir cette lecture.
Bien sûr, c'est écrit par un soldat et les sigles et autres rendent la lecture aride pour qui n'est pas habituée à ces termes, et cela demande une grande concentration.
Par contre, j'ai bien aimé voir la suite des événements, surtout sur ce qui se passait avant le réel déclenchement de la guerre civile, même si cela me fait rager de voir toute l'inaction du monde qui se dit civilisé...
Bref, ce livre m'a permis d'en connaître davantage sur les acteurs de ce génocide, et j'enrage toujours de voir l'ignorance, l'inaction de plusieurs puissances. Et malheureusement, plus de 20 ans plus tard, je me dis qu'on n'a toujours pas compris la leçon. Quand réalisera-t-on qu'on est tous humains?
C'est un témoignage, donc difficile à critiquer. J'ai laissé décanter ma lecture, et j'en tremble encore de rage, d'impuissance.
Je vous laisse sur certains extraits du témoignage:
Ce livre n'est rien de moins que le témoignage de quelques êtres humains mandatés pour aider leurs semblables à recueillir les fruits que la paix devait leur apporter. Au lieu de cela, nous avons vu le diable étendre son emprise sur le paradis terrestre et se nourrir du sang des gens que nous étions censés protéger.

Or, pour la plupart des pays, servir les objectifs de l'ONU n'a jamais semblé valoir la peine de prendre le moindre risque. Malgré toutes leurs déclarations hypocrites prétendants le contraire, les nations membres de l'ONU ne tiennent aucunement à ce que cette organisation soit forte, indépendante et à ce que sa réputation soit enviable. Ses membres veulent un organisme faiblard, redevable envers eux, un bouc émissaire endetté qu'on peut blâmer pour ses échecs ou dont on peut, le cas échéant, s'attribuer les victoires. 
Le pire, c'est que je soupçonne ces puissantes nations d'avoir refusé de s'impliquer parce qu'elles connaissaient beaucoup mieux que nous les menaces qui pesaient sur l'application des ententes d'Arusha.

Le Rwanda était à la dérive. Personne ne semblait vouloir faire quoi que ce soit, ou ne se sentait capable de redresser le gouvernail.

Extrait d'une réponse d'Annan: cependant, il doit être bien compris que si la MINUAR est en mesure d'offrir de l'aide ou de l'assistance dans de telles opérations, elle ne peut pas, je le répète, elle ne peut pas jouer un rôle actif dans leur exécution. Leur rôle de la MINUAR est strictement un rôle de surveillance.

Si la situation actuelle devait perdurer, le conseil nous retirerais du Rwanda et abandonnerait le pays à la guerre civile et au chaos, s'en lavant les mains.

Les Rwandais n'était pas une masse informe de Noirs démunis vivant dans un endroit dénué d'intérêt, mais des gens normaux, tout comme ma famille et moi, possédant tous les droits et toutes les attentes des être humains qui appartiennent à notre espèce déchirée.

la communauté [..] utiliserai-t-elle l'excuse de ces morts pour prendre la fuite face à l'adversité?

Le 12 avril est un jour à marquer d'une pierre blanche : le monde qui, au départ,se désintéressait déjà du Rwanda, l'abandonnait à son sort. L'évacuation rapide des ressortissants étrangers fut le signal pour les tortionnaires que la route vers l'apocalypse était libre.

Ce monde, dirigé en fin de compte par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, a facilité et encouragé le génocide au Rwanda. Peu importe l'argent et l'aide que ces pays fourniront par la suite, ils ne parviendront jamais à laver le sang des Rwandais qu'ils ont sur leurs mains. 

Le Pentagone décida donc que les 8000 à 10 000 Rwandais massacrés quotidiennement au cours de ce génocide ne valaient pas le coût du carburant d'un avion ni la violation des ondes rwandaises.

Au lieu de venir en aide aux quelques 2 millions de Rwandais démunis, la communauté internationale et les groupes d'entraide procédaient à de pointilleuses analyses des besoins 

Nous devrions étudier les causes du génocide, non pour pointer des coupables mais afin de déterminer les gestes concrets à accomplir pour empêcher la répétition d'une telle catastrophe. Si nous voulons pleurer les morts convenablement et respecter les vivants, nous devons parler de responsabilité et non de blâme. Nous devons faire disparaître de la surface du globe l'impunité avec laquelle les auteurs du génocide ont pu agir et réaffirmer le principe de la justice pour tous, de telle sorte que personne ne fera plus l'erreur, ne fût-ce que pour un moment, de désigner certains êtres humains comme étant plus humains que d'autres


2 commentaires:

  1. une triste partie de l'histoire du monde malheureusment. Merci de cette découverte car je ne connaissais pas ce livre

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    1. Oui malheureusement
      et malheureusement souvent "oublié" :'(

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