mardi 2 juillet 2019

Piétiner les exigences de la conscience

Le maître des peines, tome 1: Le jardin d'Adélie
Auteure : Marie Bourassa
Illustration de la couverture: Chantale Vincelette
Édition: Éditions JCL - 2008 - 529 p.
Historique, littérature québécoise

Présentation: On suit la colère de Louis, adolescent, sur fond de peste et de guerre de Cent Ans
+ : soutenu
- : lourd
Thèmes: vengeance, exécution, moine, Moyen-Âge



Pourquoi ce livre
Parce que la thématique pour le challenge 12 thèmes était sur le Moyen-Âge.

Mon avis
J'ai bien apprécié ce titre qui m'en a appris sur différents points du Moyen-Âge, même si par moment, contexte oblige, cela était violent.
Tout d'abord, au début, j'ai eu quelques appréhensions. J'avais l'impression qu'il fallait être très connaisseur de l'époque pour s'y situer puisqu'on suit surtout la vie de boulangerie dans la première partie. Même si on en apprend énormément sur ce domaine, ce n'était pas pour cela que j'avais entamé ce livre, et j'avais parfois l'impression que ça devenait lourd, tout comme le faisait certains passages qui me semblaient avoir, à différents niveaux, l'effet que l'auteure nous disait, c'est ce qu'on va retenir de l'Histoire. Heureusement, à travers ce départ, on voit également les prémisses de certaines relations, de certains comportements, et des personnages mystérieux nous questionnent.
Qu'allait-on retenir de cette époque? Tout grand événement de l'histoire possède ses repères et ses balises. Chaque guerre a ses actes de bravoure. Mais il n'y avait plus de héros. La mort, cette abstraction que l'on repoussait d'instinct vers un avenir imprécis, était subitement devenue un fait quotidien.
Cela donnait donc les ingrédients pour titiller notre curiosité. La table était donc mise pour poursuivre  et même si le rythme est soutenu et demande concentration, je ne pouvais qu'être captivée par l'intrigue et me demander comment tout cela allait s'orchestrer. On suit donc la vie de Louis, qui par les épreuves qu'il traverse, a une grande colère enfouie au fond de lui.
Mais le désir de vengeance inassouvie qui couvait en Louis comme des braises sous les cendres l'avait empêché de trouver[…] le refuge bienfaisant dont il aurait pourtant eu le plus grand besoin. 
[Louis] avait traversé tant d'épreuves. Pourtant si Antoine ressentait de la joie, c'était surtout parce qu'en prononçant le voeu d'obéissaance, Louis allait se voir contraint de museler des tendances qui avait fort besoin d'être réprimées. C'était le but premier qui l'avait incité dans sa démarche. Car l'abbé n'était pas sans savoir que le miracle guérisseur de Louis avait pour nom esprit de vengeance.
De plus, comme on se trouve au Moyen-Âge, il est, à mon avis, impossible de passer outre la religion. J'ai apprécié voir comment la vie monastique pouvait se dérouler, comment les gens pouvaient y être recruté, et j'ai également apprécié voir comment les moines pouvaient confronté leur point de vue théologique, et ainsi découvrir Saint Benoît.
Louis aimait les sermons, car chacun d'eux l'aidait un peu plus à cerner le personnage de Jésus et de tous ceux qui l'avait précédé. Mais, ce qu'il n'arrivait pas à comprendre, c'était comment un homme pouvait réussir à être si bon. Pardonner. C'était là son message. Et lui, le futur moine, il se sentait incapable de pardonner.
Bien sûr, en plus de la religion, l'époque nous amène, avec la peste et la guerre, à nous interroger sur la vie, d'autant plus qu'on assiste entre autres à une exécution qui nous saisit profondément. On a beau la voir venir, on ne peut qu'être saisi par les mots de l'auteure qui nous donne l'impression qu'on faisait partie des gens venus la voir.
l'existence humaine avait la même valeur pour tous, que l'on soit riche ou pauvre, faible ou puissant. [...] La cruauté était contre nature, elle piétinait les exigeances de la confiance qui étaient les mêmes pour tous.
Bref, c'est un livre qui nous porte à réfléchir, car il nous en apprend sur l'époque et nous saisit beaucoup sur le côté violent de l'humain. J'ignore ce que cela aurait comme effet, mais si vous vous le procurez, je crois que je vous conseillerais de lire toutes les notes à la fin pour bien saisir le contexte, car même si elles ne sont pas 100% essentielles à la compréhension, la curiosité nous pousse à vouloir les consulter, et a un peu freiné la lecture dans mon cas. Quoiqu'il en soit, c'est un récit que j'ai bien aimé, et dont les questions en suspens m'intriguent et dont je me demande, vu la façon dont ce premier tome s'est terminé, quels seront les impacts sur les différents personnages.


Quelques citations
Personne n'aurait pu savoir que tout n'était plus que chaos dans son esprit stimulé à l'extrême par l'anxiété et l'épilepsie qui le laissait épuisé et confus.
Il me guidera peut-être, mais c'est quand même moi qui tiendrai la tâche, pas lu.
Même le plus beau discours du monde, pour qu'il ne soit pas reçu dans une indifférente neutralité, ne devait pas être présenté par un quidam. Il devait provenir d'un des puissants de ce monde ou bien... d'un ermite dont le mysticisme était reconnu.
 Parce que je participe à quelques challenges

Défi-lecture: #47
 Multi-défis : #36



samedi 29 juin 2019

Atypique

image sous licence Creative Commons

Atypique
Série créée par : Robia Rashid
Avec : Keir Gilchrist, Jennifer Jason Leigh, Michael Rapaport, Brigette Lundy-Paine...
Saisons 1 et 2
Atypical, Netflix, 2017
Drame, comédie



Présentation: On suit la vie d'un autisme à la fin du secondaire
+ : attachant
- : prévisible
Thèmes: autisme

Mon avis
Voilà, je ne sais plus depuis quand je me dis que je dois écrire une chronique sur cette série que j'ai écouté beaucoup plus tôt dans l'année. Donc, c'est le souvenir qu'il m'en reste qui constituera mon avis.
Organisant le challenge Glace & Fudge, je ne pouvais qu'être attirée par cette thématique qu'est l'autisme, d'autant plus que c'est une des thématiques qui m'avait fait créer le challenge. Alors, c'est donc une des séries sur lesquels je me suis penchée avec le nouvel abonnement Netflix.
Dès les premiers épisodes, on ne peut que s'attacher aux différents personnages pour différentes raisons. De plus, j'ai aimé qu'on voit les réactions des membres autour de Sam qui montrent l'impact que son autisme a sur les autres. De plus, on ne fait pas que centrer sur l'autisme puisqu'on voit aussi la vie de sa famille, les troubles auxquels ils sont confrontés qui touchent ou non l'autisme. D'ailleurs, j'ai l'impression qu'on centrera encore davantage sur d'autres choses atypiques pour la suite.
J'aime aussi bien voir comment peuvent être perçues les choses que nous disons dans la tête des autistes. La façon dont sa psychologue l'amène à comprendre nous permet de voir son évolution. De plus, j'ai bien aimé aussi comment son ami lui présente ce qu'il faut faire, et qu'il nous amène à nous questionner sur ce qu'est la normalité.
Je regrette cependant qu'on n'ait pas vu de réaction de certaines autorités face à un événement qui nous montre qu'il reste encore bien du chemin à faire pour que les gens comprennent et acceptent l'autisme.
Malgré ce bémol, c'est une série pour laquelle j'ai apprécié les deux premières saisons, dont je juge que tous devraient la voir, et pour laquelle j'ai hâte de voir la suite.

Parce que je participe à quelques challenges

 

vendredi 7 juin 2019

un reflet doré

Les frères Sisters 
Auteur : Patrick deWitt
Illustration de couverture: Dan Stiles
Édition: Alto - 2014 - 443 p.
Traduction par Emmanuelle et Philippe Aronson
original: The Sisters Brothes, Ecco , 2011
Aventure, western, littérature canadienne


Présentation: Les frères font route pour aller tuer un chercheur d'or.
+ : fluide
- : égo
Thèmes: meurtres, ruée vers l'or



Mon avis
Encore une chronique qui ne sera pas évidente puisque, comme pour mon précédent article, j'ai lu ce titre dans une période de fatigue où je ne retenais quasiment rien. Car oui, encore ici, je lisais, prenais grand plaisir à ma lecture, mais quelques instants après avoir posé les chapitres que je venais de lire, c'était évacué de mon esprit. Cependant, je prends à nouveau le parti de vous en parler.
J'ai apprécié le style fluide de l'auteur, parsemé d'un peu d'humour noir.
«Quoi qu'il en soit, je ne comprends pas pourquoi vous montrez à cet enfant une telle violence à son âge.
- J'ai déjà vu des gens se faire tuer, me dit le garçon. J'ai vu un Indien se faire découper avec un poignard, ses tripes lui sortaient du ventre comme un gros serpent rouge. J'ai aussi vu un homme pendu à un arbre à l'extérieur de la ville. Sa langue était gonflée dan sa bouche, comme ça.»
Il hocha la tête, s'éclaircit la gorge et cracha en l'air un gros graillon qui décrivit un charmant arc de cercle avant d'atterrir au beau milieu de son front.
Voilà, c'est ici que je reprends le fil de la chronique débutée il y a quelques temps. Donc, vous comprenez que ça doit être encore plus ardu.
Je me souviens avoir apprécié le fait que certains chercheurs d'or aient une recette pour mieux trouver l'or.
Il avait les paupières mi-closes, et je me suis dit qu'il avait l'air endormi. Je venais d'ouvrir la bouche pour lui exprimer toute ma sympathie, car son expérience se soldait manifestement par un échec, lorsque j'ai remarqué dans ses yeux un reflet doré de plus en plus lumineux. J'ai reporté mon attention vers la boîte et mon coeur a fait un bond, car là devant moi, je le jure devant Dieu tout-puissant, l'anneau d'or luisait à travers l"épaisse couche de terre noire!
Cependant, j'ai trouvé que ça venait tardivement, en tout cas, dans mon souvenir, et qu'on aboutissait pas assez rapidement à cela. De plus, je crois que, même si on voyait les frères progresser, on ne sentait pas assez d'épreuves — surtout que ça aurait été propice à de l'action — face à la quête qui leur est confiée.
Même si je crois que cela aurait pu être davantage approfondie, j'ai apprécié que le narrateur montre une certaine réflexion d'opposition et de contraste avec son frère. J'ai aussi, comme dit, apprécié le style d'écriture.
Même si j'en ressors mitigée, vous pouvez vous le procurer pour vous faire votre propre idée.

Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: #43
 Multi-défis : #23


jeudi 16 mai 2019

exhumer l'horreur

Le rapport de Brodeck
Auteur : Philippe Claudel
Couverture : Roger Toulouse, Le Jeune Homme de l'Hospice
Édition: Stock - 2007 - 375 p.
original: titre XXX , 2000
Drame, littérature française






Mon avis
Oui, une fois n'est pas coutume, j'entame l'avis sans avoir fait une présentation en une phrase, choisi un + et un -. Un peu parce que j'ai l'impression d'avoir eu des lectures dernièrement pour lesquelles j'étais en mode fatiguée à fond, et donc que je lisais sans retenir, même si c'était fluide. Cependant, cela ne m'empêche pas de tenter de vous en parler un peu.
En voulant rafraîchir ma mémoire, la première critique non-presse sur laquelle je tombe, l'internaute mentionne que Brodeck fait preuve de pragmatisme, et même si je n'en étais qu'au tout début de la critique, cela m'a fait dire que c'est peut-être ce côté trop pragmatique qui faisait que je ne retenais quasiment rien, cela n'étant pas aidé par la fatigue. Bref, il semblerait que j'ai tendance à lire cet auteur à des moments inopportuns afin de pouvoir l'apprécier pleinement.
Cependant, cette fatigue ne m'a pas empêché de repérer des passages qui portent à réflexion, ce qui me semble être le but de ce titre, de venir nous parler d'histoire de façon détournée afin qu'on n'oublie pas la mémoire de certains événements, et qu'on réfléchisse dessus.
À travers ses questionnements sur la disparition de l'Anderer (l'autre), on trouvera justement cette relation à l'autre. On croise aussi des mots sans doute allemands, et certaines réflexions sur la guerre.
La guerre... Peut-être les peuples ont-ils besoin de ces cauchemars. Ils saccagent ce qu'ils ont mis des siècles à construire. On détruit ce qu'hier on louait. On autorise ce que l'on interdisait. On favorise ce que jadis on condamnait. La guerre, c'est une grande main qui balaie le monde. C'est le lieu où triomphe le médiocre, le criminel reçoit l'auréole du saint, on se prosterne devant lui, on l'acclame, on l'adule. Faut-il donc que la vie paraisse aux hommes d'une si lugubre monotonie pour qu'ils désirent ainsi le massacre et la ruine? 
Et pour ma part, vu toute les haines que renferment les guerres, je ne peux que vous dire que j'ai trouvé le passage suivant très marquant. On sentait plus de vie, d'émotion de la part de Brodeck, ce qui venait lui donner plus de caractère que son côté très pragmatique.
Qui a donc décidé de venir fouiller mon obscure existence, de déterrer ma maigre tranquillité, mon anonymat gris, pour me lancer comme une boule folle et minuscule dans un immense jeu de quilles? Dieu? Mais alors, s'Il existe, s'Il existe vraiment, qu'Il se cache. Qu'Il pose Ses deux mains sur Sa tête, et qu'Il la courbe. Peut-être, comme nous l'apprenait jadis Peiper, que beaucoup d'hommes ne sont pas dignes de Lui, mais aujourd'hui je sais aussi qu'Il n'est pas digne de la plupart d'entre nous, et que si la créature a pu engendrer l'horreur c'est uniquement parce que son Créateur lui en a soufflé la recette.
Aussi, j'ai l'impression que le pragmatisme faisait en sorte que le fait que Brodeck nous relate les événements enlevait un peu de l'horreur qui était exhumée, car c'est bien de cela qu'il m'a paru s'agirt ici de déterrer les travers de l'humain... À moins que ce ne soit l'habitude et que celle-ci se répande encore plus vite qu'on le pense :(
Il ne faut pas, même sans le faire exprès, même sans jamais le vouloir, exhumer l'horreur, sinon elle reprend vie et se répand. Elle vrille les têtes, elle grandit, elle accouche à nouveau d'elle-même.
Bref, vous comprenez que j'ai eu de la difficulté à chroniquer ce titre puisque je n'étais pas à mon top niveau forme. Cependant, si vous voulez vous le procurer, je crois que vous pourrez y prendre plaisir, mais je vous conseille de le lire lorsque vous n'êtes pas trop fatigués.


Quelques citations
«L'homme est un animal qui toujours recommence». Mais que recommence-t-il sans cesse ? Ses erreurs, ou la construction de ses fragiles échafaudages qui parviennent parfois à le hisser à deux doigts du ciel ?
Parce que je participe à quelques challenges

Défi-lecture: #
Challenge personnel : #
 Multi-défis : #


 

mardi 2 avril 2019

Pause de frénésie

Voilà, cela fait un moment que je veux rédiger cet article. Et c'est là que je m'y lance, et comme, malgré le temps qui a passé, je n'ai pas fait de plan, ça risque d'être décousu. Tant pis, je me lance.
De quoi vais-je vous parler, vous dites-vous. Mystère, mais pas pour longtemps. L'idée m'est venue après la lecture, entre autres, de L'acceptation radicale et des 7 tremplins du succès qui m'ont semblé refléter la même idée. Je n'ai pas les livres avec moi pour voir d'où viennent les idées, et si j'utilise les bonnes expressions. Vous devinez sans doute par les titres qu'il s'agit de livres de développement personnel, et j'avoue que souvent, j'ai de la difficulté avec ces types de livres. Je croyais que c'était parce que depuis longtemps, je m'intéressais à la psychologie, mais je ne trouvais pas que cela convenait comme raison.

Et c'est en réalisant qu'avec des phrases qu'on prend le temps de répéter telles que Excuse-moi, pardon, je t'aime et le fait de s'arrêter pour accepter, plutôt relativiser, ce qui se passe que j'ai commencé à voir un lien. De plus, faisant plusieurs challenges, il m'arrive souvent d'avoir l'impression que plusieurs ne prennent pas le temps de lire les règles(attention, je ne suis pas toujours parfaite à ce niveau), emportés par la frénésie de leur vie, ce rythme effréné qui nous est imposé. Tout ça combiner avec une recrudescence de la méditation, du yoga. Mais est-ce vraiment une recrudescence?

Car oui, vous avez vu les mots temps, arrêt, bref, le fait de prendre une pause. C'est probablement pour cela que j'ai un peu de difficulté avec toute cette nouvelle mode, car j'ai toujours aimé m'arrêter, et ai toujours considéré qu'on ne courait pas le marathon en sprintant. Le sprint, oui, ça peut être bien dans les situations d'urgence, mais sur le long terme, c'est brûlant.

C'est là que je me dis que le minimalisme est peut-être le retour d'ascenseur d'enfin prendre une pause de tous ces sprints, d'arrêter de s'imposer des choses qui au final ne nous apportent pas grand chose, et crée plutôt plus de stress. Bien sûr, c'est plus facile à dire qu'à faire. Et c'est là que je me dis que la médiation, le yoga, sont justement des formes de pause qui, à l'instar de nos ancêtres qui faisaient leurs prières, permettaient de s'arrêter.

Ce besoin de pause, de souffler m'a semblé revenir souvenir dans les développement personnel lus à présent. Et c'est peut-être cela plus que la psychologie qui fait que je n'adhère jamais à 100%, car à mon avis ce n'est que le gros bon sens. Peut-être étais-je trop mouton noir puisque, même quand j'étais jeune, je considérais qu'il ne servait à rien de s'acharner à étudier trop longuement (d'ailleurs, mouton noir et étude vont peut-être être de futurs sujets de cette nouvelle zone de réflexion), et j'aimais toujours faire des pauses, que ce soit en allant prendre une marche, en me posant avec un bon livre sans objectif, ou simplement en m'allongeant pour écouter de la musique. Et peut-être que mon côté mouton noir faisait que je n'avais pas peur de refuser certaines choses quand je sentais le besoin d'une pause.

Bien sûr, je n'ai pas été toujours parfaite là-dessus, mais je considère encore qu'il faut savoir s'arrêter et que ces pauses sont d'autant plus nécessaires dans un monde où on s'impose un rythme effréné. D'ailleurs, prenez un instant pour souffler et contempler ce qui s'offre à vous.

crédit: isallysun 
Et je suis curieuse de savoir quelles sont vos réflexions sur ces pauses, ce que vous voyez comme lien avec la société qui vous entoure. Quels sont les moyens que vous prenez pour parvenir à vous arrêter? Au plaisir de vous lire.

survivre aux brutalités que la vie nous inflige

Toutes les fois où je ne suis pas morte 
Auteure : Geneviève Lefebvre
Couverture : Alex Pérez de Leon
Édition: Libre Expression - 2017 - 319 p.
Littérature contemporaine, littérature québécoise

Présentation: Catherine part à Bruxelles peu après les attentats de Paris rejoindre son amant, et ses désillusions lui font nous plonger dans son histoire, tout en rencontrant d'autres personnages.
+ : style
- : liens
Thèmes: amour, abandon, souvenir



Pourquoi ce livre
Parce que le résumé avait capté mon attention en librairie, et je l'ai sorti puisque je devais encore lire un titre avec le champ lexical de la mort.
Mon avis
J'avoue qu'après avoir tourné la dernière page, je ne savais pas quoi mettre comme présentation pour le récit, car j'avoue que je ne savais pas trop comment le résumer. Et c'est aussi ainsi pour mon avis, car bien que lu aisément, il m'a semblé manqué un morceau.
Tout d'abord, je trouve que ce livre parle de la vie, de ce qui se passe quand tout s'écroule autour.
On croit que la vie nous est acquise. Qu'on peut la maltraiter, l'ignorer, la négliger, la laisser sur le bord du chemin comme une chienne qu'on abandonne, comme une femme à qui on ne fait plus de compliment. On sort d'un oiseau de métal qui pèse des tonnes, qui a réussi à prendre le ciel, à traverser l'Atlantique, à se poser sans se fracasser, et qu'on ne dit pas merci, Non, on grogne, maussade, parce que la dame sardine devant nous a du mal à sortir du piège de samba.
On est cons.
Sans lui, je serais morte. Au fond, c'est le seul homme à m'avoir sauvé la vie. Pour le remercier, j'avais tué ma fille.
Pardon.  
Entremêlé avec de l'amour, les souvenirs qui y sont reliés et les désirs.
Quand tout tombe, les mondes et les bombes, quel refuge reste-t-il à part l'amour?
Rien.
Aimer, être aimé, c'est le seul refuge, l'unique mesure de sécurité, le seul endroit qui vaille la peine de braver tous les niveaux d'alerte. 
Oui, dur d'expliquer, car on suit Catherine, on voit ses émotions aussi, ses réflexions tout le long du récit. On se demande comment cela évoluera, mais je vous l'ai dit, j'ai l'impression qu'il manquait un gros morceau, car bien qu'on ait vu comment Malik était indirectement relié à Catherine au final, je ne sais pas trop où l'auteure voulait nous mener au final. Peut-être n'ai-je pas bien compris la fin, mais je ressors avec une sensation qu'il me manque un lien pour avoir pleinement apprécié ma lecture.

Au moment d'écrire ma chronique, j'ai à nouveau regardé la 4e de couverture, et il y est indiqué style incisif et provocateur, et je dois dire que c'est surtout ce côté qui m'a plu dans le récit, ce style incisif qui nous plonge dans nos retranchements. J'ai aussi apprécié la façon dont la romancière avait d'intégrer certaines expressions vues et revues, en y appliquant son style.
Je n'en pouvais plus de tous ces oeufs sur lesquels il me fallait marcher sans fendre les coquilles.
Le nid des djihadistes, avait décrété un expert international en terrorisme, le sourcil sentencieux, le verbe catégorique, et le nez poudré pour la télé. Il avait prononcé tous les mots attendus, utilisé le bon vocabulaire. C'était la faute au chômage, au désoeuvrement, au racisme. L'Europe ne savait pas y faire avec ses nouveaux arrivants, elle n'arrivait pas à surmonter son attitude coloniale, avait-il ajouté, lui-même impérial. Devant lui, l'animatrice éblouie de tant de précieuses leçons de morale avait hoché la tête avec émotion. Oui, c'était la faute au racisme, voyez comme c'est vilain, le racisme, un bubon plein de pus, si commode pour la speakerine conscientisée et l'expert avisé.
Ce qui ne les avait pas empêchés de qualifier Molenbeek de « nid » toutes les trois secondes, comme s'il s'agissait d'une infestation de vermine qu'il fallait passer aux lance-flammes.
Bref, même si j'ai bien apprécié suivre Catherine, ses pensées, sa vie, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose pour la lier véritablement à certains personnages. Vous pouvez voir si vous aurez un avis différent.

Quelques citations
Ta mort a été la fin de nous, de ton père et moi. Tu as emporté notre amour avec ta vie, tu t'es sauvée avec notre plus précieux butin, nous laissant exsangues et dévastés, orphelins de toi. Et cette fois là non plus, à mon grand désespoir, si grand que j'en étais incapable de pleurer, incapable de parler, je n'en suis pas morte.
J'aurais voulu en mourir pourtant. J'aurais dû en mourir.
Et puis, tu es moins beau que lui, tout le monde s'en fout des beaux gosses, ce qu'ils aiment, les gens, c'est des histoires avec des hommes pleins des cicatrices. Ce n'est pas le mal qui les intéresse, c'est la guérison. Ils veulent savoir comment font les autres pour survivre aux brutalités que la vie nous inflige. 

Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #


samedi 30 mars 2019

promesses d'éternité

Au bout de l'exil, tome 2: Les méandres du destin 
Auteur : Micheline Duff
Couverture : Polygone studio
Édition: Québec Amérique - 2010 - 302 p.
historique,  romance, littérature québécoise

Présentation: Marguerite, à Lowell, aime un homme, même si les convenances le lui interdisent.
+ : passion
- : début
Thèmes: religion, mère-enfant



Pourquoi ce livre?
Parce que je n'arrête pas de le repousser, il était bien temps que je découvre ce second tome. Surtout que je me souvenais d'avoir apprécié le premier. (lu, après vérification en 2012...)
Mon avis
Et je dois avouer que, une fois n'étant pas coutume, j'ai eu de la difficulté à embarquer ici. Était-ce le fait que cela faisait trop longtemps que j'avais lu le précédent (malgré le résumé succint au début du tome) ou à autre chose, je ne saurais pas dire. Mais aimant ce que j'avais lu de Micheline Duff jusqu'à présent, son style, ses histoires, j'ai poursuivi. Pour mon bonheur. Car oui, j'ai eu de la difficulté à embarquer, mais lorsqu'on est embarquée, on vit l'histoire avec Marguerite.
Bien sûr, on voit aussi la vie de ses sœurs, mais l'histoire est bien centrée sur Marguerite, sur ses sentiments, ses passions, ses pensées face aux convenances de l'époque, ses déchirements.
De plus, on voit comment les Québécois vivent en Nouvelle-Angleterre, s'installent, veulent ne pas perdre leurs traditions. Tout cela au coeur d'un catholicisme menacé par le protestantisme de plus en plus présent dans cette région. Et même le prêtre Antoine, apprécié de sa communauté, se questionne sur les valeurs de son sacerdoce.
- Nous ne sommes pas du bétail, que je sache! Et pas plus les femmes que les hommes! Pour se reproduire chaque année, les animaux délaissent en général leur progéniture au bout de quelques mois. Pas après quinze ou vingt ans comme les humains! Avez-vous une idée de ce qu'élever des enfants représente? Les bêtes ne songent qu'à deux choses: survivre et perpétuer leur race. Mais la race humaine est différente. Vous criez sur tous les toits que les humains ont une âme. Eh bien, prenez-la en considération, cette âme, et que l'Église arrête donc de considérer les femmes comme des machines à mettre bas! 
Également, fin 19e, le clergé est bien important et ainsi les relations hors mariage, on est loin de notre époque. Et on croise entre autres une jeune fille à l'hôpital de la Sainte-Miséricorde qui, pour ma part, m'en a appris sur la réalité des mère-enfants à cette époque: comment cela se passait pour qu'elles remboursent les soeurs.
Bref, j'ai donc apprécié être transporté à une autre époque avec ce titre, et encore une fois, j'ai apprécié le style d'écriture.

Quelques citations
Le monarque comprit-il ces paroles? Il s'envola soudain en dessinant de maladroites arabesques et alla se réfugier sur l'une des fleurs qui ornaient le portail. Marguerite comprit le message et soupira: «Allons, ma vieille, il ne faut pas se laisser abattre. Même mal foutue, même avec une aile brisée, la vie continue. Pour lui comme pour moi.»
Marguerite fit mine de ne pas comprendre l'allusion pourtant évidente. Cher Hugo! Toujours attentif et délicat. Plein d'égards. Capable de saisir ses sentiments sans même qu'elle ait à lui faire de confidences. Il devinait tout, comprenait tout. Plus elle le connaissait, plus elle découvrait sa grandeur d'âme. À ses yeux, il représentait un compagnon protecteur, un être généreux et bon, rempli d'idéal. Une force à laquelle s'accrocher. Le meilleur des amis...
Elle eut une pensée pour Antoine. Le beau ténébreux, lui, se contentait de l'aimer à distance, lui ouvrant son coeur à de trop rares occasions et ne partageant avec elle aucun rêve d'avenir sinon de romantiques promesses d'éternité. Comment pouvait-elle le préférer au journaliste?  
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #77





vendredi 29 mars 2019

Séraphin

Un homme et son péché: Les belles histoires des pays d'en haut
Auteur : Claude-Henri Grignon
Couverture: conception de Daniel Bertrand avec une image de Jean-P. Ladouceur
Édition: Stanké - 1998 - 207 p.
original: Éditions du Totem , 1933
Littérature du terroir, classique, littérature québécoise


Présentation: Séraphin aime son or.
+ : entraînant
- : focalisé
Thèmes: avarice, conditions paysannes



Pourquoi ce livre?

Ayant vu des épisodes ici et là d'une vieille adaptation, un des films, la présente série, et ayant toujours voulu découvrir ce titre culte, il était plus que temps que je le découvre.

Mon avis

J'ai trouvé que le style coulait aisément. Peut-être m'attendais-je à quelque chose de plus soutenu, vu l'époque de rédaction, mais ce n'était pas le cas. J'ai donc été surprise, car même si les descriptions sont là, je trouvais le rythme entraînant, et j'aimais bien.
De plus, je ne pouvais m'empêcher de faire des parallèles avec les différentes adaptations et je voyais très bien le comédien faire les gestes décrits par Grignon.
Séraphin baissa la tête, comme cloué dans une méditation profonde, tandis qu'il caressait d'une main lente son menton maigre, long, pointu, toujours frais rasé. Certainement, tout à coup, s'arrêta juste au-dessous de l'œil droit. C'est alors que le cerveau de séraphin travaillait, calculait, glissait, telle une couleuvre, parmi des méandres sans fin, pour aboutir, en pleine lumière, à cette question : – Sans doute que vous avez des vaches, monsieur Lemont ?
Bien sûr, au niveau de l'intrigue, je n'ai pas eu de surprises, même si je me doutais que les adaptations avaient pris quelques libertés.
Et ici, on voit bien l'avarice de Séraphin qui n'est accro qu'à l'argent, au point de ne pas vouloir soigner Donalda et de se demander ce qu'il lui en coûte de la faire vivre. Il préfère se priver tel que le montre ses soupes sans goût qu'il mange abondamment en petite quantité. Le récit est donc réellement focalisé sur l'avarice de Séraphin, et les personnages secondaires sont relégués loin en arrière ici, au point que je ne suis même pas certaine de les considérer comme des personnages tertiaires. Cela fait que j'avais l'impression qu'ils avaient moins de saveurs, et c'est ce qui m'a déplu dans le récit, leur quasi-absence.
Somme toute, j'ai apprécié découvrir cette lecture qui met en scène cet anti-héros, et enfin découvrir d'où il provenait. Procurez-vous le si vous le désirez. J'ai terminé ma lecture dans le temps où la 4e saison s'achevait. Bien hâte de voir ce qu'il en sera de l'ultime. 

Quelques citations
Un moment, Donalda, d'un geste doux, passa deux fois sa main sur son visage, de haut en bas, comme si des fils d'araignée la fatiguaient beaucoup. Elle tenait ses pieds froids hors du lit, tandis que d'une main énergique elle tira sur elle les draps humides. Un soupir sembla la soulager étrangement. 
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: #34
 Multi-défis : #68

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