Affichage des articles dont le libellé est Glace & Fudge. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Glace & Fudge. Afficher tous les articles

samedi 21 novembre 2020

c'est dans le désert que les bombes font le plus de bruit.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Ici, ailleurs 
Auteur : Matthieu Simard 
Édition: Alto - 2017 -  126 p.  
Illustration de la couverture: Owen Gent 
Drame, littérature québécoise

Présentation: Marie et Simon s'en vont en zone rurale pour se donner un nouveau départ... 
+ : invisible
- : syntaxe
Thèmes: déchirure



Pourquoi ce livre
Parce que j'ai repéré ce titre dans une précédente édition de Québec en novembre. 

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans Tu m'aimes-tu

Mon avis
Tout d'abord, en plus d'avoir été repéré dans Québec en novembre, j'avais choisi cette lecture puisque le résumé parlait de se retrouver, de recommencer, et que j'avais l'impression par ces mots que ce serait l'histoire d'un nouveau départ. Bien que le couple déménage à la campagne pour oublier et justement se faire un nouveau départ, on apprend vite comment cela va se terminer, et c'était loin d'être le genre de recommencement que je souhaitais lire à ce moment. 
Surtout qu'en plus, j'avais de la difficulté avec la syntaxe. Je ne suis pas experte, et je peux comprendre certains contournement comme l'élision des virgules dans l'extrait ci-dessous, mais j'avais beaucoup plus l'impression de fautes, de coquilles au départ, car ça nuisait plus au rythme de lecture, contrairement à l'extrait où l'élision accélère le rythme. 
Je n'ai jamais réussi à [décrire, expliquer la souffrance]. C'est la douleur d'une extraction dentaire qui ne se termine jamais. On t'arrache une molaire et, attaché à ta dent, tout le reste de ta vie. Tes poumons d'abord, le souffle coupé, ta gorge brûlée, ton cœur affaissé, tes os, ton sang, c'est ton sang qui est mort, tes muscles, tes yeux ton cerveau ta langue tes nerfs tes ongles, tout ça de l'intérieur, attaché à une molaire, tout ça qui s'échappe par ta gencive tellement vite mais tellement longtemps ça n'arrête jamais, il reste toujours quelque chose à vider, il te reste une enveloppe de peau et tu cherches une béquille, Marie, tout aussi étripée, tout aussi vidée, une béquille dont tu es la béquille, les vases communicants, qui te remplit de ses larmes pendant que tu la remplis des tiennes [...(divulgâcheur)] la peur de partir et toi qui luttes pour ce que ta peur à toi ne paraisse pas ta peur qui se décuple chaque seconde la peur du vide le manque d'oxygène et ta béquille qui s'effondre, la fin d'un tout, tu seras toujours une fraction, jusqu'à ta mort une fraction. 
Malgré tout, j'ai poursuivi. L'ambiance est donc lourde et pesante, et comme on sait comment cela va finir, on se demande quels événements les conduiront là, surtout au vu de ce qui s'est passé dans la page précédente. Sera-ce vraiment la cause? Et plus, on avance, plus on se pose des questions sur comment ils en arriveront à cette fin, et on voit des éléments sous-jacents qui rappellent bien pourquoi le sous-titre est Roman sans musique. 
Puisque ses personnages continuent une vie normale à travers leur déchirure, qui tentent de se soutenir car ils ont tout vécu ensemble, Matthieu Simard réussit à nous montrer comment ce mal est invisible, ce qui, selon moi, est la force du récit.
Bref, malgré mon avis mitigé, je trouve que ce livre mérite le détour, et j'en lirai sans doute d'autres de l'auteur puisque j'ai apprécié cette apnée. Vous pouvez vous faire votre propre idée sur ce titre, en le découvrant! 

D'autres citations
—T'sais ma belle... Je me souviens pas de ton nom... M'as-tu dit ton nom? En tout cas, t'sais, ma belle, le monde c'est comme des shocks... Des amortisseurs... Tu peux les écraser mille fois, ils vont absorber le coup, mais à m'ment donné, y cassent. Pis quand y cassent, ça se répare pas. 
—Je...
—Casse pas ici, OK? On a assez de trouble de même avec nos affaires. 
Les petits villages, nous l'apprendrons vite, sont plus étouffants que la ville. Nous venions ici chercher la paix, celle que nous croyions mériter, celle des grands espaces et de l'herbe haute et du silence et de l'absence des gens. Nous nous sommes sauvés de la foule pour enterrer nos petites peines et cultiver nos grands espoirs dans la tranquillité rurale, mais nous avions oublié que c'est dans le désert que les bombes font le plus de bruit. 
Près du sol, plus loin, la clôture qui encercle l'antenne est percée, tordue, relevée d'au plus un pied. Je m'effondre dans la terre les mains dans la boue et je rampe sous la clôture, mû par le besoin de respirer, celui de me coller à l'acier pour reprendre l'air qu'il m'a volé. Je me répète que ce n'est qu'un morceau de métal, un objet. À bout de souffle, je pose ma main sur la structure d'acier. Un vent violent emplit mes poumons et, du même coup, des milliers d'images s'enflamment en moi, que je n'arrive pas à voir mais que je ressens. Je ressens les trois dernières années, instant par instant, tellement limpides qu'elles sont vraies. Ce ne sont pas des souvenirs ni le film de ma vie, en une respiration c'est la vérité qui m'habite en feux d'artifice sous ma peau. La vérité que j'essaie d'oublier parce qu'elle fait mal. 
[...]
[...]Je lui dirai que je n'ai rien appris. Ce sera faux. J'ai appris qu'il ne me sert à rien d'essayer d'oublier. 

Parce que je participe à quelques challenges

 
Lu et rédigé en prévision


vendredi 20 novembre 2020

la chorale des gens

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Gamètes
Auteur : Rébecca Déraspe 
Édition: Atelier10 - 2017 -  105 p.
Design de la couverture et conception typographique: Jean-François Proulx, Nicolas Raymond, Balistique
Théâtre, littérature québécoise

Présentation: Aude va voir son amie après avoir appris que l'enfant qu'elle porte est trisomique.
+ : vivant
- : mise en scène
Thèmes: amitié, femme, préjugé, avortement 



Pourquoi ce livre
Parce que lorsque j'ai réalisé que j'avais peu lu de livres québécois depuis le début de l'année, mon cousin m'a mentionné le nom de Rébecca Déraspe, et que, en cherchant ce qu'elle avait écrit, j'ai vu cette couverture, que j'avais déjà repéré, mais que j'avais hésité à prendre puisque je lis peu de théâtre, et que je cherchais des origines autres. Mais là, cherchant du québécois, et voulant lire aussi des genres que je lisais peu, je l'ai pris dans ma commande du 12 aout, surtout que je me rappelais que le résumé m'avait tenté. 

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je l'avais choisi pour la catégorie Fracture du crâne

Mon avis
Eh bien! Quelle erreur! de l'avoir laissé sur les tablettes lorsqu'il avait croisé ma route la première fois. Parce que oui, j'ai grandement aimé cette pièce. 
C'est une conversation en une soirée, entrecoupée par des flashbacks, mais la conversation est dynamique, vivante. On voit des désaccords entre les amies, mais on voit beaucoup l'amitié qui les a unis par tous ces flash-back. Et à travers tout cela, par l'apprentissage de cette nouvelle, on voit les enjeux sur ce que Aude doit faire, sur l'accomplissement de la femme et la place de celle-ci dans la société, ce qui ne peut que nous faire réfléchir là-dessus. 
De plus, c'est du théâtre, et ici, aucun problème à imaginer la scène, à imaginer sur quel ton est dit telle réplique, ce qui montre une maîtrise de la narration. Et même les scènes flash-back, on les imagine aisément, mais je me demande comment celles-ci réussissent à être transmises sur scène, d'où mon moins pour la mise en scène, qui en fait relève plus d'une interrogation! 
Bref, vous comprenez que j'ai bien apprécié ma lecture et que je suis bien ravie de cette découverte. Et vous, allez-vous le découvrir? 

Quelques citations
Faire du pouce jusqu'à Banff, c'était dégueulasse. Dormir dans une tente humide, c'était dégueulasse. S'égratigner les genoux dans de la roche mouillée pour gagner trois piasses, c'était dégueulasse. Mettre un enfant au monde, ça peut juste être beau. 
Pis je veux qu'on chante plus fort que la chorale des gens avec des opinions
Parce que je participe à quelques challenges


 
lu et chroniqué en prévision de


dimanche 15 novembre 2020

Dans son ombre

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Dans son ombre 
Auteur : Chrystine Brouillet
Édition: Druide - 2019 -  358 p. 
Couverture de:
Policier, littérature québécoise

Présentation: Une mère est jalouse d'une de ses jumelles qui fugue. 
+ : clés
- : rapidité
Thèmes: fugue, menace, trahison, rivalité



Pourquoi ce livre

Parce que c'est un Maud Graham

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case Dans la nuit qui tombe. Et il entre aussi dans Tu m'aimes-tu et Nos joies répétitives. 

Mon avis
Encore une fois, j'ai pris plaisir à retrouver Maud Graham et son équipe, même si dès le départ, j'ai eu des appréhensions que ce soit une copie de la série télévisée Fugueuse. Heureusement, l'auteure a changé son approche pour s'en distinguer, ce qui a permis de trouver de l'originalité dans le traitement. 

Je doute que ce soit le Maud Graham qui me restera le plus longtemps à l'esprit, mais encore une fois, les pages se tournent d'elles-mêmes et nous avons hâte de retrouver les protagonistes lorsque nous devons cesser notre lecture. 

Je ne me souviens plus trop du style des premiers tomes, mais cet été, en lisant celui-ci, j'ai cru remarqué que c'était depuis les éditions à Druide que je crois que je trouve que le style est plus mature. 

Et dans ce titre, même si nous avons les clés sur ce qui s'est passé, j'ai bien aimé ne pas avoir à me focusser sur la recherche des coupables, car oui, plusieurs intrigues s'entrecroisent, et pouvoir me pencher davantage sur les façons que prennent les enquêteurs pour résoudre les crimes. 

J'ai parfois trouvé un personnage trop caricatural, ce qui fait que j'aurais aimé que l'auteure se jette plus dans des idées dans son écriture sur la psychologie, plutôt que de plus être du type ici à rapporter des événements.
 
Et même si j'ai trouvé le dénouement un peu trop rapide, j'ai passé un bon moment de lecture, m'attendant à un polar de détente. Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez! 

Parce que je participe à quelques challenges


 
Chronique rédigée pour


jeudi 12 novembre 2020

l'étoffe du pays

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Feu, tome 4: En 1837, j'avais dix-sept ans 
Auteure : Francine Ouellette
Édition: Libre Expression - 2012 -  538 p. 
Couverture Chantal Boyer 
Historique, littérature québécoise

Présentation: Guillaume Vaillant rêve d'un pays meilleur
+ : recherché
- : centré
Thèmes: éducation, amour, liberté, rébellions patriote



Pourquoi ce livre
Parce qu'il y a quelques années, j'avais repéré ce titre à cause de l'indication En 1837. Mais, j'ai dû lire les autres tomes auparavant, qui est presqu'un peu devenu ma lecture annuelle du défi Québec en novembre depuis que j'y participe. 

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans Nos joies répétitives. Pi on parle de patriotes, donc, aussi dans L'Amérique pleure, et vu qu'on parle d'un livre interdit aussi, «J'aurais voulu être un artiste»

Mon avis
Bon, c'est En 1837 qui avait attiré au départ, donc, c'était la thématique des patriotes qui m'attiraient et cela fait que j'ai eu un peu de difficulté avec la première partie, car j'ai trouvé qu'il était long avant qu'on arrive à 1837 dans cette brique. Cependant, je comprends que la première partie permettait de comprendre mieux d'où venait ce besoin de liberté, et le lien avec l'éducation que le personnage principal voit, de par l'instruction qu'il réussit à suivre, en dernier de la famille. 
Et même si cela m'a pris du temps à m'en rendre compte, je crois que le fait que ce soit centré sur Guillaume a fait que je ne réussissais pas à m'imprégner totalement de l'histoire, et je crois que cela a desservi l'histoire. De plus, je trouvais aussi que certains personnages secondaires avaient un lien trop ténu avec Guillaume pour réussir à s'y intéresser. Mais heureusement, plusieurs de ces liens deviennent plus forts au fil de la lecture, ce qui m'a permis de l'apprécier. 
En plus de ces liens plus forts, j'ai aussi apprécié voir la vie de l'époque, cette contrebande de ces patriotes qui écoulent l'étoffe du pays pour contester contre l'élite. J'ai grandement apprécié le fait que Guillaume ait le livre de Lamennais, interdit, et que des passages soient insérés dans l'histoire où Guillaume fait des liens avec sa réalité, avec ses idéologies. J'ai aussi aimé que Guillaume soit confronté dans son entourage proche à des idées contraires, plus ou moins éloignées. Et bien entendu, il y en a des similaires, mais pour celles-ci, je regrette que je ne connaissais pas assez certains noms de l'Histoire que j'ai remarqué dans les personnages historiques à la toute fin de l'Histoire. Peut-être que de m'être rappelée auparavant qu'ils étaient des personnages réels n'auraient pas nui au fait que la distance que je sentais aurait été moindre, car j'aurais compris que l'auteure n'aurait pu leur prêter d'actions qu'elles ne pouvaient réellement leur attribuer. Un peu comme le fait que je ne me rappelais pas des 92 résolutions, mea culpa, montrent que mon souvenir de cet épisode historique est très faible, mais juste leur mention me rappelait tout de même certains points. 
Aussi, j'ai été surprise de voir la place accordée dans ce titre aux Amérindiens, mais cela ne m'a aucunement déplu. J'ai d'ailleurs aimé voir à nouveau des réflexions sur le rapport à la nature que ceux-ci entretiennent, et comment l'auteure les a reliés à Guillaume et aux tomes précédents. 
Donc, je suis mitigée pour une appréciation totale puisque j'ai trouvé la première partie un peu longuette, mais je comprends que celle-ci avait son importance pour la suite. Et puisqu'encore une fois, on peut voir, je crois, un bon travail de recherche, cela fait que le personnage fictif de Guillaume est très crédible et que j'ai pu apprécier lire ce tome et en apprendre plus sur cette rébellion. Bref, je considère que c'est un bon roman historique que vous pouvez découvrir si vous le souhaitez! 

Quelques citations

d'autres mots qui lui disaient trop, tels «tyran» et «guerre», et ce mot sacré que la plupart du temps on enferme en soi: «liberté».

Ils ont sur lui un pouvoir absolu que Dieu leur a donné. Il n'y comprend rien, mais c'est ainsi puisque la Robe-Noire l'a dit. 

Y m'a dit itou que le fusil fait jamais rien réglé, pis que ceux qui nous disent de le prendre ou ben qui décident qu'on va le prendre, ceux-là le prennent rarement eux-mêmes... 

Contre l'ordre établi, quoi! Comme avant, quand le meunier et sa famille étaient tenus en estime par la population et la classe dirigeante. 

Son regard est happé par deux mots en titre d'ouverture: AU PEUPLE. Il referme aussitôt le livre, le souffle coupé par la surprise. A-t-il bien lu? Est-ce possible qu'un livre s'adresse au peuple? Quoi donc? Un homme de grande instruction, un prêtre, se serait soucié des petites gens? 

À quoi riment leur combat pour la liberté s'ils briment celle de ces gens? 

Elle est une mère. Une mère qui, comme toutes les mères, redoute le son des canons. 

Ce simple bout de papier prévaut sur l'occupation millénaire des lieux et sur les traités conclus par les wampums. Il permet d'effacer tous les droits de l'Homme-Rouge en même temps que toutes les promesses qui lui ont été faites par le passé. 

Allait-il donc bûcher jusqu'à la source de la rivière tant qu'il y aurait du pin à se mettre sous la hache? 

Des sujets indigents de qui ils réclament l'aide pour étouffer la révolte des serviteurs, ces oiseaux noirs qui viennent d'obscurcir le ciel d'automne et qui peuvent les conduire en enfer. 

Les écoles de la Chambre d'assemblée où l'on apprenait au peuple à lire, à écrire et à compter. Où on lui apprenait les mots qui forgent la pensée et qui l'expriment. Les mots qui sont porteurs d'une vision. D'un rêve collectif. D'une espérance. Où on lui apprenait les chiffres, indispensables au commerce et aux entreprises. Les chiffres qui ne doivent pas demeurer l'apanage d'une poignée pour exploiter la masse. Enfin, où l'on apprenait aux enfants du peuple à devenir des citoyens. 

- Et si on attaque son fils en train d'écouler l'étoffe? 
- Alors, cet homme cessera de fabriquer l'étoffe.

Pour ce dernier, la forêt n'est pas une mère nourricière, mais simplement une source de richesse. 

Parce que je participe à quelques challenges

 


mercredi 11 novembre 2020

Je dois libérer mon peuple

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Louis Riel 
Auteur : Chester Brown 
Édition: Les Éditions de la Pastèque - 2019 -  276 p. - traduction de Sidonie Van Der Dries  
de Louis Riel: A Comic-Strip Biography Drawn&Quarterly, 2003 
Bande-dessinée, historique, littérature québécoise

Présentation: Au début du Canada, les métis ne tiennent pas à être sous son joug: Louis Riel est une figure de la rébellion métisse
+ : rapide
- : bilinguisme
Thèmes: métis, colonie



Pourquoi ce livre
Parce que je connais peu la rébellion métisse, et que, ayant repéré ce titre dans une précédente édition de Québec en novembre, je voulais en savoir plus.

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je crois qu'il peut entrer à la limite dans les catégories L'Amérique pleure ou Fracture du crâne. 

Mon avis
Bon, je ressors mitigée de cette lecture, surtout parce que je crois que je n'ai pas trouvé ce pour quoi je l'avais choisie. Je crois que le fait de voir de prime abord qu'il y avait des libertés prises au fil du récit a un peu nui au fait que je réussisse à m'immerger complètement dans le récit, même si l'auteur dit avoir mis des notes à la fin pour départager certaines libertés. 
Aussi, je n'ai pas trouvé la méthode des crochets pour départager les langues très glorieuses. Il faut vraiment prendre le temps de s'arrêter sur eux pour se dire que le personnage parle dans telle langue. Je m'étais dit dès le début de ma lecture qu'une édition bilingue passerait mieux que ces artifices, mais il y a les métisses qui parlent aussi la leur, et dont je doute que des notes de bas de page auraient mieux passer. Mais, plutôt que le choix des crochets, je crois qu'il aurait été plus facile de différencier les trois langues en utilisant trois typographies différentes. 
Bon, je peux sembler sévère, mais j'ai dit que j'en ressortais mitigée. Donc, il y a du bon. Tout d'abord, la bande-dessinée est volumineuse, et pourtant, elle se lit assez rapidement. Ce qui me montre qu'il y a un bon enchaînement, un bon rythme, une bonne répartition des cases. Et, je trouve aussi que pour la durée de l'Histoire, l'auteur a su choisir, je pense, les éléments clés. 
Et même si je déplorais des libertés prises qui faisaient que je me questionnais sur la réalité, j'ai aimé lire le récit et en apprendre sur ce conflit, sur les différents faits, les différents mécanismes. J'ai aussi apprécié la place accordée à Gabriel Dumont. Bref, je ne suis pas experte, mais j'ai bien aimé avoir une meilleure idée du conflit qui a eu lieu. 
J'en ressors donc mitigée, et vous pouvez vous faire votre propre idée si vous le souhaitez! 

Parce que je participe à quelques challenges

 
Lu et chroniqué en prévision de


mardi 10 novembre 2020

Si près de soi.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Manikanetish 
Auteure : Naomi Fontaine 
Édition: Mémoire d'encrier - 2017 - 133p. 
Couverture d'Étienne Bienvenu
Contemporaine, littérature québécoise

Présentation: Yammie obtient un contrat d'enseignement dans sa communauté autochtone qu'elle avait quittée. 
+ : douceur
- : similarité
Thèmes: enseignement, autochtone



Pourquoi ce livre
Parce que je voulais de la littérature autochtone. 

Anecdote
Bon, je cherchais le livre autochtone que j'avais abandonné il y a quelques années, et adepte de la deuxième chance, en lisant des extraits de celui-là, je me suis dit que ce devait être le livre en question...

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans Arnaq, et de ce fait, ça va aussi dans Fracture du crâne, grâce à la diversité culturelle.
Mon avis
C'est donc avec appréhension que je me suis relancée dans cette lecture, et plus j'avançais, même si le début me disait quelque chose, je n'avais pas l'impression que le style aurait été quelque chose qui me l'aurait fait abandonné, ni que le quotidien raconté ne m'aurait pas encouragé à poursuivre. Et pourtant, j'avais l'impression d'avoir déjà lu. N'était-ce qu'à cause des extraits lus? Était-ce un livre que j'aurais mis sur pause, sans m'en souvenir, n'étant pas dans le bon état d'esprit lors de ma lecture? Je ne le sais pas, surtout qu'en fouillant, j'ai retrouvé un endroit où je mentionne l'abandon d'un titre qui n'est pas celui-là! 

Je crois que vous avez pu comprendre que, cette première partie, je ne la détestais pas, même si je trouvais qu'on était trop dans une description du quotidien, et qu'il me semblait y avoir une distance. De plus, je n'avais pas l'impression de lire de la littérature autochtone, mais simplement quelque chose qui se passait normalement au Québec. Et pourtant, cela ne fait que montrer, il me semble, que nous sommes tous semblables. 
M'avait-on déjà humiliée parce que j'étais Innue? Peut-être une fois ou deux. Pas suffisamment du moins pour que la honte s'établisse. Et pourtant elle était là, liée à mon incapacité à m'identifier à eux. À ce eux qui auraient dû être ce nous. Le nous me glissait dans la gorge lorsque je devais expliquer mon appartenance. 
Et après cette première partie, j'ai trouvé qu'on plongeait davantage dans les relations, qu'on ressentait plus l'attachement, et c'est pour cela que c'est surtout à partir de la deuxième partie que j'ai davantage apprécié le récit. En plus, l'auteure nous montre les similitudes des vies des adolescents, qui peuvent sembler manquer d'originalité dans ce quotidien, en comparaison de ce à quoi je m'attendais. Mais l'auteure trouve son originalité dans sa façon de le rapporter tout en douceur, tout en simplicité. 
Le silence s'est installé. C'était en effet la triste réalité qui nous ramènerait à la maison. Avec laquelle il faudrait continuer à avancer. La solitude, la survie, le stress et la sérénité. La sérénité d'accepter les choses que nous ne pouvions changer. Toute une semaine passée dans l'isolement nous avait fait croire que nous étions des êtres invincibles. Enveloppés par la légèreté, nous ne voulions plus la quitter. 
Bref, cette simplicité nous permet de nous laisser bercer par les mots, ce qui fait que moi, j'ai apprécié le peu de temps passé en compagnie de cette plume. Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez!
 
D'autres citations
Je les observe un à un. Leurs postures, leur manière de fixer le sol, le dos plus courbé qu'à l'accoutumée, et devant le silence, le silence incommodant, encombrant de ce cercle que j'ai formé, je me décide à parler. 
[...]
Chacun prend une bouffée d'air. Que peuvent-ils bien se dire dans leur tête? Où errent leurs pensées? Pourquoi cette journée doit-elle être si sombre? Et comment fait-on lorsque la douleur nous rappelle si sauvagement que la vie est un combat? 
Je ne comprends pas et je ne ferai pas semblant de comprendre pourquoi c'est arrivé, dis-je en les regardant à tour de rôle. 
Je n'arrive pas à nommer cette mort-là tout haut. 
Nous étions ailleurs, très loin des livres et des bureaux. Très loin des réseaux sociaux et des commérages de la réserve. Très loin de la souffrance et des drames familiaux. Plus loin encore que tous les endroits où j'avais déjà posé les pieds. Et pourtant nous étions si près. Si près de soi. 

Parce que je participe à quelques challenges
 
Chronique rédigée pour 

samedi 7 novembre 2020

Même histoire, lecture opposée.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Ukraine à fragmentation
Auteur : Frédérick Lavoie
Édition: La Peuplade - 2015 -  251 p. 
Couverture: Atelier Mille Mille 
Essai, littérature québécoise

Présentation: Frédérick, journaliste, tente d'expliquer à Artyom, pourquoi il est décédé dans la guerre civile en Ukraine
+ : simplicité
- : aller-retour
Thèmes: Ukraine, guerre civile



Pourquoi ce livre
Parce que je l'avais repéré lors d'une précédente édition de Québec en novembre, tout simplement! 

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans L'Amérique pleure.  

Mon avis
Bien que la thématique ne soit pas des plus joyeuses, j'ai apprécié ma lecture. 
Le fait que le journaliste tente d'expliquer le conflit au jeune Artyom permet d'avoir un style assez simple, ce qui donne beaucoup de fluidité à l'essai. Cela sans en venir à être enfantin. 
Malheureusement, Tyoma, dans les grands moments, les hommes se révèlent souvent bien petits. 
On voit différentes étapes qui ont mené à la situation, et puisque le journaliste est occidental, il est arrivé un point où je trouvais qu'on voyait trop son parti pris, et j'avais un peu de la difficulté avec cela pour un tel essai, mais il y a un passage où il mentionne un peu celui-ci, ce qui m'a permis de mieux apprécier ma lecture par la suite. 
De plus, réalisant que je connaissais beaucoup moins le conflit que je ne le pensais, pour ainsi dire que je partais presque de zéro, j'ai eu un peu de la difficulté avec certains aller-retours afin de bien me situer sur ce qui s'était passé et où cela se trouvait. Mais, je comprends très bien qu'il serait difficile de le faire de façon linéaire, et bien que j'ai eu personnellement de la difficulté, je trouve tout de même qu'il y avait un équilibre pour nous amener dans le passé des événements. Surtout avec les différentes réflexions que ceux-ci amènent! 
Parlant des réflexions, dans un tel essai, elles ne peuvent que s'y trouver. Bien que je sentais la position de l'auteur, j'ai trouvé qu'il tentait de voir les raisons des deux côtés et qu'il portait des réflexions sur chacune de celles-ci, pour comprendre chacune d'elles, et comment cela pouvait être perçu de part et d'autres. On voit aussi comment elles prennent des éléments d'un fait à leur avantage.
À partir de ce moment, ce ne sont pas deux armées régulières qui s’affrontent, mais les citoyens d’un même pays qui s’entretuent parce qu’ils ont une conception différente de l’État dans lequel ils souhaitent habiter. 

Ils auront beau dire ce qu’ils voudront, retourner ton cadavre dans tous les sens, la guerre ne sera jamais belle sur le visage de personne. Leur héroïsme n’est pas surhumain, il est antihumain. Chacune de leur victoire est une défaite de plus pour notre espèce. 

De plus, j'ai aussi aimé que le journaliste prenne le temps de penser également à l'hypocrisie de certains artisans de la paix, et la réflexion qu'il porte là-dessus, tout en parallèle avec le proverbe qu'un simple petit événement en vient à avoir un gros impact. 
Comme d’habitude, ce seront ceux qui ont tué ou ordonné de tuer qui auront le privilège de célébrer la paix et d’être célébrés pour l’avoir rétablie. Ce sera à la fois un jour de soulagement et la preuve qu’ils sont tous coupables, que cette guerre était vaine et inutile puisqu’un jour, trop tard, ils auront su s’entendre. 
Bref, pour ma part, sans être devenue experte sur le conflit, j'ai apprécié les pistes de réflexion amenées et en apprendre sur les différents événements qui se sont déroulés. 
Faites vous-en votre propre idée si vous le souhaitez! 

D'autres citations

La guerre n’y était pour rien. Ou pour si peu.
C’est que malgré tout, malgré cette peur de la mort qui me tenaille depuis l’enfance, peut-être même à cause d’elle, je ne peux m’empêcher d’aller voir ce qu’il faut voir. 
L’Histoire nous léguera-t-elle un jour suffisamment de héros aux mains propres pour ne pas avoir à puiser chez les meurtriers et les destructeurs d’hier pour bâtir nos idéaux? Avec des modèles comme ceux-là, il ne faut pas s’étonner que les chamailles aboutissent à des bombes. 
Même histoire, lecture opposée.

Car, pendant qu’ils accusaient l’Autre et s’efforçaient de prouver leur légitimité, ils n’essayaient pas d’empêcher la catastrophe qui se dessinait à l’horizon.  

La guerre était évitable. La guerre est toujours évitable. Il arrive que les sacrifices et les concessions nécessaires pour l’empêcher soient si difficiles à avaler qu’un conflit ouvert semble la moins terrible des solutions.
Pourquoi l’Ukraine aurait-elle droit à notre attention plus que le Yémen, la Centrafrique ou le Congo? Et pourquoi plus ces guerres que les drames silencieux — famines, épidémies, sécheresses — qui tuent autant sinon plus, loin des grands enjeux géopolitiques? La vérité, c’est qu’il n’y a aucune raison valable. La couverture des grands et petits événements qui façonnent notre monde est une science inexacte, aléatoire et inéquitable. Il n’existe pas de calcul mathématique infaillible qui permette de classer les tragédies par ordre de gravité ou d’importance afin de déterminer lesquelles méritent le plus notre attention. 

Parce que je participe à quelques challenges


 
Lu et chroniqué en prévision de


Bien, sois mon mal.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Les Testaments 
Auteur : Margaret Atwood 
Édition: Robert Lafont - 2019 -  532 p. - traduction de Michèle Albaret-Maatsch 
Original: The Testaments, 2019 
Couverture :  
Science-fiction, littérature canadienne

Présentation: Qu'est-il advenu de Gilead Galaad? 
+ : ryhtme
- : clivage
Thèmes: régime totalitaire, mariage forcé, rôle de la femme, suicide, conditionnement



Pourquoi ce livre
Parce qu'à la bibliothèque, je l'ai lors de la réouverture avant la fermeture pour les vacances, et que même si j'avais peur que ça surfe sur le succès de l'adaptation, j'ai demandé à le prendre pour le lire! 

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans, vous vous en doutez, Balade à Toronto!
Mais comme j'avais appris qu'Atwood avait habité au Québec dans une précédente édition, j'aurais pu le placer aussi dans L'Amérique pleure ou Grand Champion ou Martin d'la chasse galerie  ou Nos joies répétitives. Oui, j'essaie de combler plusieurs catégories ;) 

Mon avis
Bonne nouvelle! ça ne fait pas que surfer sur le succès, ce qui fait que j'ai bien aimé découvrir cette histoire, même si le style est bien différent dans ce tome. Cela donne un certain clivage avec le style beaucoup plus dense de La servante écarlate. Au début, je me demandais si ce n'était pas la traduction qui me donnait cette impression-là, mais au fil de ma lecture, j'ai vu que ce nouveau rythme convenait bien à ces témoignages, donnant un souffle différent à l'histoire. 

De plus, j'ai bien aimé qu'on ait une narration à 3 voix. Bien entendu, on devine très vite qui sont les protagonistes, mais cela ne nuit pas à la lecture. On ne fait que se demander quand cela sera révélé, et de quelle façon, ainsi que de quelles façons ces 3 destins s'entrecroiseront. 

Bien entendu, on voit l'évolution de la société, comment tout s'est orchestré, et on comprend comment certain•e•s ont été enrôlé•e•s dans de tels rôles pour bâtir Galaad, dans un style fluide qui, comme dit, est beaucoup plus rythmé que dans La servante. 
Ma vie aurait pu être très différente. Si seulement j’avais regardé autour de moi, cherché à avoir une vision globale. Si seulement j’avais bouclé mes bagages en temps et en heure, comme certaines, et quitté le pays — ce pays que sottement je croyais encore être celui qui avait été le mien pendant si longtemps.
De tels regrets ne servent à rien J’ai fait des choix et, après, j’en ai eu moins. Deux routes divergeaient dans un bois jaunissant, et j’ai pris la plus fréquentée. Elle était jonchée de cadavres, comme le sont de telles routes. Mais, tu l’auras remarqué, le mien n’y est pas encore.
Dans mon pays disparu, les choses avaient dégringolé en spirale pendant des années. Inondations, incendies, tornades, ouragans, sécheresses, pénuries d’esau, tremblements de terre. Trop de ceci,, pas assez de cel. La décrépitude des infrastructures — pourquoi personne n’avait démantelé ces fichus réacteurs nucléaires avant qu’il ne soit trop tard? L’effondrement de l’économie, le chômage, la dénatalité.
Les gens ont commencé par avoir peur. Après, ils se sont fâchés.

Absence de solutions viables. Besoin d’avoir un coupable.
Pourquoi ai-je imaginé que rien ne changerait? Parce que ça faisait longtemps qu’on entendait ça je suppose. On ne croit pas que le ciel est en train de tomber tant qu’on n’en a pas pris un bout sur le crâne. (je mets l'emphase car on est en 2020!)
au point où ça en devient une normalité: 
J’essaie d’assortir responsabilités et qualifications. C’est préférable, et je suis vraiment partisane du mieux. À défaut du parfait.
Car c’est ainsi que nous vivons à présent.
Mais, bon, peut-être que pour elle c’était naturel. Peut-être qu’elle connaissait rien d’autre.

On est tendus au maximum, tous autant qu’on est; on vibre, on tremble, on est perpétuellement sur le qui-vive. On parlait autrefois de règne de la terreur, mais la terreur ne règne pas, pas vraiment. Elle paralyse au contraire. D’où cette douceur anormale.

Et bien sûr, cette normalité n'empêche pas les gens de se questionner:
Personne ne veut mourir, m’a répondu Becka. Simplement, il y a des gens qui refusent de vivre selon les normes imposées. 
Suis-je capable de pareille duplicité? Pourrais-je trahir autant? Se pourrait-il que je faiblisse alors que, armée de ma réserve de cordite, j’ai tant sapé les fondations de Galaad? Je suis humaine, c’est donc tout à fait possible.
[…]
Je balance, je balance.
Mais face à l'icône Bébé Nicole, ils n'empêchent que l'influence de Galaad se fait sentir, et cela jette un nouvel éclairage sur leurs actes, et nous donne une petite compréhension du conditionnement auquel ils font face...
Comment ai-je pu me comporter aussi mal, aussi cruellement, aussi stupidement? te demanderas-tu. Toi, tu n’aurais jamais fait ça! Mai toi, tu n’auras jamais à le faire.
— Je compte sur votre discétion. Je suis entre vos mains, chère Tante Lydia», a-t-il conclu en se levant.
C’est bien vrai, ai-je songé. Et une main a tôt fait de devenir… un poing.
Bref, encore trop de citations dans cette partie avis mais, pour moi, c'est le signe que les idées sont là, et qu'elles sont bien écrites. Margaret Atwood sait à nouveau nous faire réfléchir sur le système, sur ce que l'on juge bon, et je crois que vous avez pu vous rendre compte que j'ai bien aimé ma lecture, même si à chaque fois que je lisais Galaad au lieu de Gilead, j'étais déstabilisée. Sur ce
Il nous faut garder présentes à l’esprit les pages noires du passé afin de ne plus jamais les revivre.

Je ne vous dis pas si ce passage parle du passé de Gilead ou de la société occidentale, vous devrez  le découvrir de vous-même si vous le souhaitez, surtout qu'à nouveau, grâce à son dernier chapitre, Atwood nous rappelle un peu que

Une fois qu’une histoire qu’on croyait vraie se révèle fausse, on doute de toutes les autres. 


D'autres citations
Mais on ne peut fermer les yeux sur un péché pour la simple raison que le pécheur excelle dans sa partie. 
C’est préférable: si je m’autorisais à vivre, je cracherais trop de vérités. […] 
[…]Essaie de ne pas penser trop de mal de moi, ou pas plus que moi.
Si utile, Bébé Nicole: elle soulève les fidèles, attise la haine envers nos ennemis, témoigne des possibles trahisons au sein de Galaad, ainsi que de la duplicité et de la fourberie des Servantes, auxquelles on ne peut jamais faire confiance.
Trop bien pour être vraie, songerai-je. Trop bien pour cette terre. Bien, sois mon mal.
Les Fondatrices et les Tantes les plus âgées étaient des coriaces. Elles avaient été formées à une époque antérieure à Galaad, elles avaient vécu des conflits qui nous avaient été épargnés, et ces conflits avaient broyé la gentillesse qui avait peut-être préexisté en elles. Nous, en revanche, n’avions pas eu à subir pareilles épreuves, ni à nous confronter à la brutalité des gens en général. Nous avions été protégées. Nous étions les bénéficiaires des sacrifices consentis par nos aïeux. On nous le rappelait constamment en nous ordonnant de nous montrer reconnaissantes. Mais il est difficile de l’être quand on ignore totalement ce à quoi on a échappé. Malheureusement, nous ne mesurions pas pleinement à quel point les représentantes de la génération de Tante Lydia s’étaient endurcies à l’épreuve du feu. Elles avaient une dureté qui nous manquait.

 La vérité cause parfois beaucoup de problèmes à ceux qui ne sont pas censés la connaître.

 Lire une image? Comment on fait? Les images, ce n’est pas de l’écriture. 

 Parce que je participe à quelques challenges


Adaptations 
 
Chronique rédigée, possiblement pour la journée Canada, pour 
(oui, le titre a été lu en août!)

mercredi 4 novembre 2020

commencer à se reconstruire.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
21 jours en octobre
Auteure : Magali Favre 
Édition: Boréal - 2010 -  152 p. 
Couverture 
Historique, Jeunesse, littérature québécoise

Présentation: La tranche de vie d'un adolescent en octobre 1970
+ : sympathique
- : surface
Thèmes: crise d'octobre, enlèvement, travail, syndicalisme




Pourquoi ce livre

Parce qu'il fait partie de ceux que j'ai remarqués dans une précédente édition de Québec en novembre

Défi 2020
Cette année, il y a des catégories, et ce titre, je le case dans L'Amérique pleure, vu que c'était la thématique engagée qui m'avait attirée, et dans Tit-cul

Mon avis
Voilà! J'ai lu ce titre et j'avoue que je suis restée sur ma faim. Je l'ai sorti à la fin octobre de la PAL constituée pour le défi, un peu parce que je voulais en savoir plus sur cette crise. Mais là-dessus, pour mieux comprendre ce qui s'est passé, ce ne fut pas le cas. Surtout parce qu'on entame le texte au moment où les mesures sont décrétées. 
Mais j'ai bien aimé voir les références culturelles disséminées au fil du récit, et voir comment le jeune en vient à se questionner sur le monde du travail dans un style très fluide, ce qui rend la lecture très sympathique malgré la thématique. 
Donc, j'en ressors avec un avis mitigé, car pour moi, ma soif de connaissance n'a pas été assouvie. Cependant, je reconnais que ça peut être une bonne lecture pour amorcer une discussion sur cette crise, la langue et les conditions du travail. Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez! 

Quelques citations
Avoir de l'argent, mener la belle vie et voir toujours les autres dans la misère, il ne l'a pas accepté. Réussir à faire de l'argent, ce n'est pas si difficile, mais vouloir changer la vie, c'est une autre affaire. 
Il découvre que d’être capable de mettre des mots sur une souffrance, c’est déjà en atténuer la douleur. C’est déjà commencer à se reconstruire. 

Parce que je participe à quelques challenges

 


samedi 17 octobre 2020

— Ils s’en prennent à moi parce que je suis noire.

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Mille petits riens 
Auteure : Jodi Picoult 
Édition: Babel - 2018 - 662 p. 
Traduction de Marie Chabin de Small Great Things, Ballantine Books, 2016
Photographie de couverture de Vee Speers
Drame, littérature américaine

Présentation: Sur ordre des parents, une sage-femme noire n'a pas le droit de s'occuper d'un bébé qui meurt. 
+ : réaliste
- : couverture
Thèmes: racisme, suprémacisme, mort




Pourquoi ce livre

Parce que j'ai aimé Ma vie pour la tienne et que me l'étant procuré en début d'année, j'ai décidé de le mettre dans les priorités lorsque j'ai vu la LC organisée par Windyrella.  

Mon avis
Pour ma part, j'ai bien apprécié cette histoire dans laquelle j'ai bien apprécié l'alternance des points de vue entre les protagonistes, qui peuvent avoir des positions bien campées. Et puisque pour certaines scènes, on voit les points de vue de part et d'autres, je trouve que l'auteur a su choisir quelles scènes décrire de cette façon, et parfois quel bout mentionner par l'un ou l'autre, ce qui donne un beau roman choral. D'ailleurs, l'auteure a su par cette alternance montrer que le narrateur, ses vérités, façonne l'histoire. 
C’est dingue à quel point les événements et la vérité peuvent être remodelés, comme une boule de cire qu’on aurait laissée trop longtemps au soleil. Les faits n’existent pas. Il n’y a que la manière dont on les perçoit à un moment donné. La manière dont on les rapporte. La manière dont notre cerveau les assimile. On ne peut dissocier le narrateur de l’histoire.
Et bien entendu, ici, il est question de racisme: on le sait rien qu'avec la prémisse de l'histoire. Et qu'en plus, on se trouve aux États-Unis! C'est peut-être pour cela que je n'ai pas été surprise par l'extrait suivant: 
—Vous vous trompez.
Je secoue la tête dans l’obscurité puis je prononce les mots que j’ai ravalés durant toute ma vie:
— Ils s’en prennent à moi parce que je suis noire.
Et cela nous entraîne dans le système juridique et médical, et les informations sur ces sujets sont amenés de façon progressive pour faire avancer l'histoire, sans que ces informations soient indigestes. Certaines participantes à la LC ont trouvé qu'un élément mettait du temps à arriver, mais je crois que celui-ci a permis de meilleurs retours dans le passé pour tenter de comprendre comment et pourquoi certains en sont arrivés là, car oui, de tels extrémistes existent. 

De plus, j'ai bien aimé la part que prennent les réflexions sur nos réflexes de caucasien, qui parfois nous donne la sensation de nous fermer les yeux plutôt que de faire bouger les choses. 
Et pourquoi en eût-il été autrement? Semblables à des fantômes, les Blancs franchissent sans effort les barrières et les frontières. Semblables à des fantômes, nous pouvons aller là où nous voulons.
— Personnellement, je me fiche de ces histoires de couleur, déclare-t-elle. Je veux dire: la seule race qui importe, c’est la race humaine, non?
C’est facile de prétendre qu’on est tous dans le même bateau quand la police n’a pas débarqué chez vous en pleine nuit. Mais je sais que, quand les Blancs racontent ces trucs-là, c’est parce qu’ils croient dur comme fer que c’est bien de les dire et pas une seconde ils ne se rendent compte de la nonchalance de leurs propos. 

 Quelque chose dans sa phrase me reste en travers de la gorge. Fais semblant de ne rien voir. 

Ce titre nous fait donc réfléchir sur comment on en arrive là, comment la société est organisée, et bien que le titre ait été écrit il y a quelques années, je ne pouvais qu'à de multiples reprises me faire des parallèles avec les événements de l'année, ne serait-ce entre autres qu'à cause du #alllivesmatter, qui ici aussi, nous fait réfléchir sur nos habitudes caucasiennes face aux situations racistes. 

Cependant, j'ai par contre eu de la difficulté avec un fait à la fin du récit qui m'a semblé être une part de facilité pour entraîner une part de changement de comportement. Et à la réflexion, je me dis qu'on n'avait peu d'éléments sur un des personnages, et même si pour l'un de ceux reliés à celui-ci, 
C’était tellement plus facile de les haïr plutôt que de me haïr moi-même.

j'ai de la difficulté à imaginer que la vérité n'aurait pas sorti plus tôt, et j'ai de la difficulté à croire que cela aurait été poussé à un tel extrême, même si je comprends qu'en colère, l'humain puisse avoir des réactions invraisemblables. Mais c'est surtout la couverture de mon édition qui est le point le plus négatif, puisque, à la suite de la lecture, j'ai l'impression qu'il ne s'est agi que de mettre une fillette à la peau noire en couverture, sans égard à ce qui est véhiculé dans le récit. 

Mais, j'espère vous avoir fait voir que j'ai bien apprécié le récit et ses tenants, puisque je considère que c'est un titre qu'il faut découvrir au moins une fois! 


D'autres citations

Quand je raconte cette histoire, tout le monde pense que la naissance du bébé est le miracle auquel je fais allusion en cette lointaine journée de blizzard. C'était époustouflant, certes. Mais j'ai assisté ce jour-là à une chose encore plus merveilleuse. Pendant que Christina me tenait la main et que Mme Mina serrait celle de maman, il y eu un moment - un souffle, un battement de coeur - où toutes les différences d'éducation, de niveau social et de couleur de peau de sont évaporées, tels des mirages dans le désert. Un moment où nous étions tous égaux et où il n'y avait plus qu'une femme qui en aidait une autre.
Ce miracle-là, cela fait trente-neuf ans que j'attends qu'il se reproduise.

Mais la timidité passe parfois pour de la suffisance et ce genre de malentendu peut être fatal. 

Les bébés sont comme des ardoises vierges. Ils ne viennent pas au monde déjà chargés des engagements pris par leurs parents, des promesses formulées par leur église, de cette capacité qu'ont certains à ranger les êtres humains dans deux groupes distincts : ceux qu'ils aiment et ceux qu'ils n'aiment pas. En réalité, ils arrivent sans rien, à part un besoin immense d'être rassurés. Et ce besoin peut être comblé par n'importe qui : ils ne jugeront pas la personne qui les prendra dans ses bras.
Une question me traverse l'esprit : combien de temps faut-il pour que ce vernis naturel s'écaille au contact de l'éducation reçue ?

Parce que je participe à quelques challenges

 



vendredi 2 octobre 2020

Dépasser ses propres limites

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Le pouvoir de la force mentale 
Auteur : Jacques H. Paget 
Édition: Pocket - 2018 -  235 p. 
Original: Plon, 2013 
Couverture de Jean-Marc Denglos 
Développement personnel, littérature française

Présentation: Un essai sur comment développer une force mentale pour affronter le quotidien
+ : mécanisme
- : pensée magique
Thèmes: force mentale, extrapolation



Pourquoi ce livre
Parce que je lis à l'occasion des livres de développement personnel et que par sa table des matières et sa prémisse de force mentale, celui-là m'a attirée. 

Mon avis
J'ai toujours des appréhensions quand je lis des livres de développement personnel à cause de la pensée magique. Bien que celui-ci n'échappe pas à la pensée magique, il est tout de même bien construit et fait réfléchir sur différents points. 
Quand je parle qu'il n'échappe pas à la pensée magique, je pense entre autres au moment où l'auteur affirme que la majorité est dans le tort, que l'humain se trompe souvent, puisque plusieurs espèrent avoir un double en lançant deux dés, alors que cela va tendre à obtenir deux doubles sur dix lancers et que c'est ce qu'il prend pour vérifier cette affirmation. Or, sur les 36 combinaisons possibles, il y en a six qui sont des doubles, et ce n'est donc pas une extrapolation sur de l'intangibilité puisque il ne s'agit que de probabilités... Bien sûr, ce n'est pas l'élément qui montre le mieux le côté pensée magique, mais c'est celui qui m'a le plus marqué dans le récit, tout comme je vois par mes notes que l'auteur me paraît croire dur comme fer au déterminisme, ce qui, je pense, teinte aussi le récit de pensée magique. 
Cependant, j'ai aussi mentionné que je trouvais ce titre bien construit. Cela, puisque, même si j'ai lu des parties dans le désordre, j'ai bien aimé voir les mécanismes inhérents à chaque élément présenté qui nous enferment, et comment certains éléments de la force mentale peuvent nous aider à cheminer face à toutes ces attentes. Bien entendu, je n'ai pas toujours été 100% puisque je crois qu'il peut y avoir du bon à extrapoler sur de l'intangible; par exemple, souhaiter que 2021 ne ressemble pas à 2020, et ce pour le mieux. Mais, il ne faut pas que ces extrapolations nous enferment davantage dans de mauvais schèmes pour se retrouver au point de départ. 
J'ai aussi bien aimé comment l'auteur apportait des exemples d'interprétation ou de mésinterprétation de proverbes, d'exemples de personnalités publiques, tout au long du texte pour ancrer les principes fondamentaux et généraux dans la réalité, et développer sur les mécanismes de ceux-ci. Et bien que je déplore la pensée magique, j'ai aimé le parallèle de la force mentale avec la magie, l'illusionnisme. 
Même si j'ai cru remarqué un endroit où l'auteur se distanciait d'accepter l'autre, alors que c'est ce qu'il prône, j'ai beaucoup apprécié le fait que ce livre parle que chacun a ses propres défis et que c'est en les relevant chacun, sans devenir à l'effigie des autres, qu'on devient de meilleures personnes. C'est sur ce point que je trouve avoir trouvé le livre plus intéressant au niveau développement personnel puisque, par différentes explications des mécanismes de la force mentale, il nous amène à accepter nos propres ressources, à trouver notre propre équilibre, à se développer pour soi, et non pour les autres, bref à dépasser ses propres limites. Pour soi-même. 
Donc, même si je regrette un peu la pensée magique par rapport aux extrapolations, j'ai apprécié cette lecture et les différentes pistes de réflexion qui y sont disséminées, ce qui fait que je considère qu'il fait partie des bons titres en développement personnel, ne serait-ce qu'à cause de la façon dont les principes sont présentés, pour en trouver leur origine et montrer quel élément on trouve en chacun d'eux pour se dépasser, ce qui fait que je peux vous inviter à consulter ce titre pour trouver votre ou vos principes, pour vous dépasser! 

D'autres citations

Le fort sait se taire.  

Car le seul amour qui vous portera et vous donnera la confiance suffisante pour surmonter tous les obstacles sera d'aimer sincèrement les autres et de ne jamais fermer votre cœur à ceux qui vous aiment.  
Savoir ce que l'on veut, c'est la volonté. Et savoir ce que l'on ne veut pas c'est ça, le courage.

La force mentale se caractérise par l'équilibre parfait entre la volonté et le détachement. La volonté de se réaliser sans rechercher l'approbation et l'admiration des autres. Donc la gloire. Et la volonté d'y parvenir par la ténacité à dépasser ses propres limites. Pour soi-même. 

Parce que je participe à quelques challenges
 


lundi 10 août 2020

petit bout d’humanité abandonnée qui ne manquait pas d’audace

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
Anne, tome 1: La Maison aux pignons verts 
Auteur : Lucy Maud Montgomery 
Édition: Québec Amérique - 1994 -  374p. - traduction de Henri-Dominique Paratte 
Original: Anne of Green Gables L.C. Page & Company Inc, 1908 
Couverture: illustration de Michel Tiffet 
Jeunesse, classique
Littérature canadienne

Présentation: Les Cuthbert veulent adopter un garçon pour les aider à la ferme. Or, ils se retrouvent face à la maigrichonne, rousse, pétillante Anne.
+ : fraîcheur
- :  
Thèmes: adoption, jeunesse, imagination, apparence




Pourquoi ce livre

Parce que Julie a lancé une LC sur ce titre de ma jeunesse dont je ne cessais de repousser ma relecture à cause d'appréhensions face au magnifique souvenir que j'en avais.

Mon avis
Eh bien! Mes appréhensions étaient-elles justifiées? Était-ce trop jeunesse? Aucunement, car j'ai grandement apprécié cette relecture. 

J'avais peur que le style soit trop niais, trop un étalage de jolis mots pour rendre des descriptions. Bien sûr, il reste des jolis mots pour nous transmettre la beauté, mais ceux-ci rendent justice à l'imagination, à la magie, sans en faire trop. Lucy Maud Montgomery semble avoir suivi le conseil que son personnage de Mlle Stacy donne, et cela rend une prose d'émerveillement fluide: 
C’est plus agréable de penser à de jolies choses qui vous sont chères et de les garder pour soi, comme des trésors. Je n’aimerais pas qu’on s’en moque ou que d’autres essaient de les interpréter. Et je n’ai plus envie d’utiliser de grands mots. C’est presque dommage, d’ailleurs: me voilà maintenant assez grande pour m’en servir correctement si je le désire. À certains égards, Marilla, c’est bien agréable d’être presque une grande personne, mais ce n’est pas tout à fait ce à quoi je m’attendais. Il y a tellement de choses à inventer, à découvrir, à méditer, qu’on n’a plus le temps d’utiliser de grands mots. De plus, Mlle Stacy affirme que les mots courts sont meilleurs et plus expressifs. Elle veut que nous écrivions nos dissertations le plus simplement possible. C’était difficile, la première fois. J’avais tellement l’habitude de faire étalage de tous les beaux grands mots qui me traversaient l’esprit, et ils étaient nombreux, je peux te dire! Mais je m’y suis habituée, à présent, et je me rends compte que ça donne de meilleurs résultats. 
Bien entendu, je n'ai pas eu la surprise de découvrir l'histoire, mais j'ai pris grand plaisir à retrouver ce petit bout d’humanité abandonnée qui ne manquait pas d’audace, qui se mettait les pieds dans les plats sans le vouloir, car au fond, elle est quelqu'un de bien, avec une imagination débordante, et qui nous fait vivre plus,  pour reprendre son expression, d’«une journée mémorable». Je comprends pourquoi Anne m'avait séduite jeune, et qu'elle le refait plus de 20 ans plus tard: elle est attachante, ambitieuse, amoureuse de la vie, ce qui nous donne une lecture remplie de fraîcheur, qui peut autant toucher les jeunes que les adultes. Bref, Anne aimerait être remarquable, et je dois dire que Lucy Maud Montgomery a réussi à lui rendre son souhait. 

De plus, j'avais peur que le contexte soit trop daté et que ça permette moins de s'ancrer dans l'histoire. Malgré tout, même si on voit des écoles de rang dans le récit, le fait que la principale trame soit sur les défis d'intégration d'Anne suite aux préjugés de son adoption permet de se plonger dans l'histoire. Le tout mêlée sur ses préoccupations face à son apparence, ses amitiés, son imagination.  

Bref, j'avais peur de scrapper mon souvenir de cette lecture qui m'avait fait adoré la lecture, et ce n'en fut aucunement le cas. J'ai encore grandement aimé! Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez, car  chose certaine, il n’est pas possible de s’ennuyer en sa compagnie.

Quelques citations
Il est si facile d’être méchant sans le savoir, n’est-ce pas?
Qu’il est bon d’avoir des buts dans l’existence! Je suis contente d’en avoir autant. Et l’ambition a cet avantage de vous pousser toujours plus loin, de vous forcer à faire toujours mieux; dès qu’on atteint un de ses objectifs, en voilà u autre qui surgit, encore plus lumineux, encore plus attirant, et c’est le désir de l’atteindre qui donne tant de piquant à la vie! 

Il lui sembla même que ces pensées critiques intimes qu’elle n’avait jamais exprimées venaient de prendre une forme concrète et accusatrice, en la personne de ce petit bout d’humanité abandonnée qui ne manquait pas d’audace.

«Je suis prête à admettre mon erreur» fit-elle ingénument, «mais j’ai appris une leçon. Je ne peux que rire en pensant aux ‘‘aveux’’ d’Anne, mais je ne devrais pas, puisqu’il s’agissait de mensonges. [...]Cette enfant n’est pas facile à comprendre, je dois avouer, mais je suis persuadée qu’elle deviendra quelqu’un de bien. Et, en tout cas, chose certaine, il n’est pas possible de s’ennuyer en sa compagnie. »
Il est difficile de choisir, tellement de personnes remarquables ont déjà vécu! Est-ce que ce n’est pas extraordinaire d’être remarquable, de savoir que l’on parlera de vous quand vous serez mort? Oh, j’aimerais passionnément être remarquable!  
Les créatures en chair et en os ne fonctionnent pourtant pas comme des règles d’arithmétique 

Oh, mais je ne pensais pas seulement à l’arbre; bien sûr qu’il est beau — oui, il est même d’une beauté radieuse, il fleurit parce qu’il le veut bien — mais je parlais de tout, du jardin, du verger, du ruisseau et des bois, de tout ce monde, si vaste, si beau. Est-ce que vous n’êtes pas en amour avec le monde, un matin comme celui-ci? Et le ruisseau rit si fort que je peux l’entendre d’ici. Avez-vous jamais remarqué à quel point les ruisseaux sont joyeux? Ils rient tout le temps. Même en hiver, je les ai entendus sous la glace. Je suis si heureuse qu’il y ait un ruisseau près de Green Gables. Vous pensez peut-être que cela ne fait aucune différence pour moi, puisque vous n’allez pas me garder, mais cela en fait une. J’aurai toujours du plaisir à me rappeler qu’il y avait un ruisseau près de Green Gables même si je n’y reviens jamais. S’il n’y avait pas de ruisseau, je resterais comme hantée par la sensation déchirante qu’il aurait dû y en avoir un. Je ne suis pas plongée dans les abîmes du désespoir, ce matin, je ne le suis jamais le matin. N’est-ce pas une chose magnifique qu’il y ait des matins? Mais je me sens très triste. Je venais juste d’imaginer que finalement c’était moi que vous aviez choisie et que je pouvais rester ici pour toujours. Cette pensée m’a fait du bien le temps qu’elle a duré. Mais le pire, lorsqu’on imagine des choses, c’est qu’il arrive un temps où l’on doit s’arrêter, et ça fait mal.  

Je n’avais jamais pensé que mes compositions recelaient autant de défauts jusqu’à ce que je les découvre moi-même. J’ai alors eu tellement honte que je voulais abandonner, mais Mlle Stacy m’a dit que, pour apprendre à bien écrire, il fallait d’abord apprendre à devenir critique envers soi-même.  
Pour Anne, c’était un honneur indescriptible d’avoir été choisie, et elle ne tenait déjà plus en place: il s’agissait, une fois encore, pour reprendre son expression, d’«une journée mémorable».

 Parce que je participe à quelques challenges


Adaptations
 

Et même si c'est Canadien, puisqu'il risque d'y avoir une journée Canada, je profite du billet pour vous dire que Karine:) a mentionné que ceci allait revenir: 




dimanche 9 août 2020

Les règles écartent toute responsabilité

Cliquez sur l'image pour vous le procurer
 Futu.Re
Auteur : Dmitry Glukhovsky 
Édition: Le livre de Poche - 2019 - 945 p. - traduction de Denis E. Savine 
Original: Будущее, 2013
Couverture Leraf et Librairie L'Atalante 2015 
Science-fiction, utopie, littérature russe

Présentation: Depuis plusieurs années, l'humanité, suite à la surpopulation, sait contrôler le vieillissement: un groupe veille à ce que chaque naissance soit déclarée afin qu'une personne se fasse injecter l'accélérateur de vieillissement et n'ait plus son immortalité. 
+ : critique
- : ponctuation
Thèmes: immortalité, surpopulation, vieillissement, religion 




Pourquoi ce livre

Parce qu'il reposait sur un stand lors de mon passage en librairie en juillet 2019, que je cherchais des titres de nationalités que je n'avais jamais lues ou que très peu et que la couverture m'a attirée. Et en plus, avec ce titre, je ne pouvais qu'avoir envie de le découvrir.
 
Anecdote
Puisque je l'ai lu fin 2019, je retapais les citations pour me remettre dedans, et j'avoue qu'une des premières qui m'a marquée est celle qui va suivre, et avec le contexte actuel où certains nient tout ce qu'ils entendent des médias, je ne pouvais que repérer la coïncidence: 
Les gens qui sont prêts à croire ce qu’ils entendent aux informations sont aussi prêts à croire que le gouvernement s’occupe de leur bien-être. Mais si on leur disait la vérité à ce propos, je pense qu’ils se sentiraient mal.
Mon avis
Voilà, dès la fin de ma lecture - et même avant -, je savais qu'il ferait partie des titres que je vous chroniquerais. Cependant, le temps ayant passé, c'est toujours difficile de bien rendre justice à ce titre que j'ai grandement apprécié, puisque, malgré les nombreuses citations prises en note qui m'ont permis de mettre un peu d'ordre dans ma mémoire, ça se bouscule toujours.

Tout d'abord, j'ai bien aimé de voir comment était gérer l'immortalité puisqu'il y a déjà surpopulation, avec toutes ces injections afin de contrôler cette dernière:  on voyait la cruauté, l'indifférence de l'humain face à ses actes: 
Nous retournons les gros, posons sur des civières les frêles, portons dans nos bras les jeunes femmes, lançons les vieillards en les tenant par les poignets et les chevilles — nous identifions, nous injections, nous identifions, nous injectons, identifions, injectons, injectons, injectons. Englué de vengeance, je ne peux même plus te haïr, Barcelone, car en vérité je ne suis plus capable d’aucune émotion — il nous reste encore cinq cents têtes à traiter chacun.  
Je me tiens à l’écart et les regarde gérer rapidement et efficacement les corps des enfants, sans penser un seul instant que la fillette de trois ans aux cheveux courts bouclés — pschit! — mourra sous les traits d’une petite vieille desséchée à l’âge de treize ans. Ou que cette petite Noire de cinq ans — pschit! — mourra à quinze, sans avoir eu la chance de tomber amoureuse. Ou que cette beauté de sept ans à la longue tresse épaisse pourra à peine goûter à la vie, car une vieillesse précoce dévorera sa splendeur avant qu’elle n’ait réellement eu le temps d’éclore. 

Bien entendu, avec une telle prémisse, et cette indifférence, il ne peut qu'y avoir des critiques du système, entre autres sur le fait que certains se cachent derrière ces lois ou sous d'autres: 

Cela fait bien trop longtemps que j’accuse les autres de ma propre nullité, dont ils ne sont en aucun cas responsables. 
Trop tard pour que j’y change quoi que ce soit.

Je n’éprouve que rarement des doutes ou des regrets consécutifs à mes actes: d’ordinaire mon travail m’épargne l’obligation de choisir; sans choix, pas de regrets. Heureux celui pour qui d’autres prennent la peine de choisir: il n’a rien à confesser.

il est un homme d’État, et l’État fera les choses à sa place: des bourreaux payés par le contribuable, la guillotine mille fois ralentie de la justice désargentée.

Aussi, j'ai aimé qu'on ressente la colère du personnage, et qu'on puisse comprendre d'où elle venait, et que cela amène sa vision des choses sur l'immigration, la vieillesse, ces causes de la surpopulation.

Ça donne la nausée, mais c’est fait pour. L’Europe n’a pas besoin de personnes âgées: il faut les soutenir, les soigner, les nourrir. Elles ne produisent rien à part de la merde et des décorations de sapin; en revanche, elles consomment de l’eau, de l’air et prennent de la place. Ce n’est pas une question de profit, les rations de chacun ne font qu’assurer sa survie. L’Europe est déjà à plein régime, nul besoin de monter en puissance davantage.
Mais vieillir et mourir est un droit constitutionnel, tout aussi inaliénable que celui de rester éternellement jeune. Tout ce que nous sommes capables de faire, c’est convaincre les gens de ne pas vieillir. Et on s’y emploie comme on peut.
Ceux qui choisissent de se multiplier préfèrent rester des animaux, ça les regarde. L’évolution va de l’avant et ceux qui ne s’adaptent pas crèvent. Quant à ceux qui ne veulent pas s’adapter, l’évolution, elle, ne va pas les attendre non plus.

Les immigrés nous volent notre air et notre eau. Nous, nous refusons de perpétuer l’espèce… et pourquoi? La place de nos enfants nous nés est prise par des assistés crasseux, qui propagent des infections que l’Europe a vaincues il y a trois siècles… Ils se font soigner à nos frais et, d’une manière ou d’autre autre, sont vaccinés contre la mort. Ils veulent nous parasiter pour toujours, et si nous ne mettons pas un terme à tout ça très rapidemetn, immédiatement, l’Europe peut s’effondrer.
Et bien entendu, pour que de tels impacts puissent être acceptés, il fallait évacuer Dieu: 
Les hommes avaient renoncé aux cieux, mais pas pour longtemps. Dieu n’avait pas eu le temps de se retourner qu’on l’avait d’abord envahi, puis tout bonnement expulsé. Désormais, c’est toute l’Europe qui est hérissée de tours de Babel; mais aujourd’hui ce n’est pas une question d’orgueil, seulement d’espace vital.
Quant au goût de la compétition avec Dieu, voilà des lustres qu’il est perdu.
Le temps où Il était unique est passé; désormais, Il est un parmi cent vingt milliards. Et ça, c’est dans le cas où Il est recensé en Europe, car il faut compter également la Panamérique, l’Indochine, le Japon et ses colonies, les territoires latinos et enfin l’Afrique. Au total, un peu moins d’un trillion de Terriens. Nous sommes à l’étroit. Nous n’avons nulle part où installer nos usines et nos complexes agricoles, nos bureaux et nos arènes, nos établissements de bains et nos similisions de nature. Nous sommes trop nombreux et nous Lui avons demandé de déménager, voilà tout. Nous avons bien plus besoin des cieux que Lui. 
Mais malgré qu'on l'ait déménagé, cela n'empêche pas d'avoir des réflexions sur la religion, sur l'immortalité en parallèle avec le véritable sentiment de vie. Bref, c'est un livre où il y a des réflexions et critiques qui servent le récit, le caractère des personnages, et ces réflexions sur l'immortalité s'entrecroisent avec celles sur l'évolution, le vieillissement, les raisons d'être des humains, l'impact de cette immortalité, sans que cela m'ait paru redondant puisqu'elles sont bien disséminées à travers le récit et apportent chacune une parcelle d'idées. 
Et pourquoi est-ce qu’à la place des vitamines ils s’enfilent des antidépresseurs, hein? Parce qu’ils sont heureux? 
— Et qu’est-ce que Dieu commande?
— L’homme ne peut pas vivre sans sens et sans but! Il en a besoin. Et eux, qu’est-ce qu’ils sont allés inventer? Les pilules du destin. Illuminat. Ils ont tiré une saloperie des champignons hallucinogènes, et voilà! Tu prends ça, ça te verrouille les récepteurs cérébraux, et soudain tout prend un sens, plus rien n’est le fruit du hasard. Le problème, c’est que les gens s’y habituent. Au sens de la vie. Alors il faut une nouvelle dose. Voilà où il est, le bizness! Dans les labos pharmaceutiques! 
— Eh ouais! hurlé-je. Tu reconnais toi-même qu’il suffit de prendre un cachetons! Et voilà l’affaire: l’illumination, le sens, la paix! Tout est dans la chimie! Tes récepteurs, tu les satures soit à coups d’hormones, soit à coups de cachetons, quelle différence? 
— La différence, c’est que les fainéants sont favorisés. Qu’on nous transforme en bétail paresseux. Qu’on nous gave de nourriture à bestiaux. Que dis-je, nourriture? Du liquide nutritif. Comme ces bisons. (Il hoche la tête en direction de la grande salle.) L’âme a besoin d’effort. Et La foi est cet effort. On doit travailler sur soi en permanence. C’est un exercice. Pour ne pas devenir du bétail, un morceau de viande.
Je ne suis pas un surhomme. Je suis un être humain de chair et de sang. Vivant. Suis-je autorisé à avoir des faiblesses? 
C’est l’ordre naturel des choses: les gens ordinaires ne sont faits que pour jouir. Jouir du monde, jouir de mets délicats, jouir les uns des autres. Quoi d’autre? Être heureux. Quant aux gens comme moi, ils sont faits pour protéger ce bonheur.
— Tu penses être fort? Tu penses que seuls les mortes ont besoin de Dieu? Pourtant, ce sont les immortels qui en ont le plus besoin!

— C’est ça! C’est la vie! La vie, tu comprends? Ce n’est pas un état végétatif. Il vaut mieux oser et se brûler, au moins on sent quelque chose!

La société ne peut pas attendre le vieillissement naturel de celui qui a fit le mauvais choix; en outre, si l’on se contentait simplement de le priver de son immortalité, celui-ci aurait le temps, en quelques décennies, d’engendrer tellement de bâtards que tout notre travail ne servirait à rien. C’est pour cette raison qu’au lieu d’injecter un simple antiviral nous lui préférons un autre virus: l’accélérateur.

Ce qui est vivant doit mourir. Nous ne sommes pas des dieux. Nous ne pouvons pas le devenir. Nous sommes dans une impasse. Nous ne pouvons rien changer parce que nous sommes incapables de changer nous-mêmes. L’évolution s’est arrêtée avec nous. La mort apportait le renouveau, la remise à zéro. Nous l’avons interdite. 

Bien entendu, certains pourraient être freinés par le côté antipathique du personnage principal, mais ça ne m'a aucunement gêné car j'aime voir tous les tenants et aboutissants pour comprendre d'où pouvait venir de telles pensées, et avec des retours dans le passé, on comprend comment il a pu développer une telle hargne et un tel respect des valeurs qu'il véhicule. 

Puisque, même si j'ai bien apprécié, ce n'est pas parfait, je vais vous parler des défauts dont je me souviens. Je me rappelle que la ponctuation dans les dialogues, surtout des points d'exclamation à profusion, me freinait, mais j'ignore si c'était un rythme russe, et à la longue je m'y suis habituée. 

Aussi, même si j'ai senti un petit essoufflement dans ma lecture, celui-ci a été de courte durée, et je dirais que pour un récit de près de 1000 pages en poche, je me serais attendu à sentir davantage de creux, ce qui n'a pas été le cas, et qui, avec toute cette critique qui sert le récit, j'ai apprécié ma lecture. Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez! 

D'autres citations
Les règles écartent toute responsabilité, dis-je d’un ton neutre. 
Les épreuves ne s’arrêtent pas avec la sortie de l’internat, Jan. Elles ne s’arrêtent jamais. Il ne faut pas les redouter. Les épreuves nous rendent plus forts. Je n’ai fait que t’entraîner. 
Bien sûr, , j’ai décrété que tu n’en avais rien à secouer de moi. Que tu t’étais débarrassée de moi et que tu t’étais fait une joie de m’oublier. C’Était plus facile à croire, le plus doux et le plus douloureux. Quand tu es petit, il est plus facile de souffrir d’une absence d’amour que de l’absence d’une personne qui t’aime. 
Imaginer avec son intelligence — cette braise qui refroidit, cette étincelle qui s’échappe d’un feu —, et assembler de ses mains — douces, fragiles, malhabiles, faites de viande pourrissante — quelque chose qui va tourner se ce n’est pour l’éternité, du moins pendant vingt-six mille ans! 
— Écoute-moi bien! Je m’en fous de toit et de ton singe, compris? Tu as enfreint la Loi! C’est tout ce que je sais et je ne veux rien savoir d’autre! Si tu ne pouvais pas te retenir, il fallait bouffer les pilules! Qu’est-ce qui te manquait, hein? Quoi? Qu’est-ce que t’avais à faire d’un gamin? Tu es jeune. Pour toujours! En bonne santé. À jamais. Bosse! Sors-toi de cette merde! Vis une une vie normale! Le monde entier est à tes piedds. Tous les bonshommes sont à toi! À quoi bon ce petit singe?
— Ne dites pas ça! Ne dites pas ça!
— Et si tu ne veux pas vivre comme un humain, vis comme le bétail! Mais le bétail vieillit! Le bétail crève! 
Quelque part au-dessus des planètes paralysées se trouve le théâtre de marionnettes: sur le balcon inférieur, la Mort armée de sa faux accueille de petits personnages colorés, sur le balcon supérieur, la figurine de Jésus regarde les silhouettes de ses apôtres. 
Les gens vont se bouffer entre eux. Tu penses que ça intéresse quelqu’un de connaître le déficit énergétique de l’Europe, ou combien de bouches supplémentaires pourront sustenter les fermes de sauterelles? Ce serait intéressant de savoir quel prix devra atteindre un paquet d’algues pour que les gens commencent à se révolter. Au début du XXIe siècle, la population de cette planète comptait sept milliards d’individus, et vers la fin quarante milliards. Par la suite, elle a doublé tous les trente ans jusqu’à ce que le prix d’une vie soit une autre vie. Diminue ce prix d’un iota et c’est terminé. Si la population augmente d’un tiers… c’est la crise, la famine, la guerre civile. Mais les gens refusent de comprendre tout ça, ils se fichent bien de l’économie, de l’écologie, ils sont trop paresseux pour penser et surtout trop effrayés de le faire. Tout ce qu’ils veuilles, c’est bouffer et baiser tout leur saoul. Tout ce qu’on peut faire, c’est les effrayer.
—C’est bien ce que je dis, il ne faut pas prendre tout ça trop au sérieux! La jeunesse éternelle, la surpopulation, toute cette poudre aux yeux. Tu sais, un système ne tient que tant que tout le monde y croit. Ce qu’ils redoutent le plus, c’est que les gens se mettent à réfléchir.  
Qui a prétendu que la vérité était facile à dire? Voilà déjà un mensonge.
Le mensonge présente un seul inconvénient: il exige une excellente mémoire. Mentir, c’est comme construire un château de cartes: chaque nouvelle carte doit être posée avec plus de précaution que la précédente, et ce sans jamais quitter des yeux la construction instable sur laquelle on compte s’appuyer. Oubliez le moindre détail des mensonges précédents et tout s’effondre. Le mensonge a ceci de particulier: une seule carte ne suffit jamais.

 Parce que je participais à quelques challenges


Défi-lecture
Multi-défis
Raconte-moi l'Asie
12 thèmes
 



Membres, bienvenue!