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dimanche 9 août 2020

Les règles écartent toute responsabilité

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 Futu.Re
Auteur : Dmitry Glukhovsky 
Édition: Le livre de Poche - 2019 - 945 p. - traduction de Denis E. Savine 
Original: Будущее, 2013
Couverture Leraf et Librairie L'Atalante 2015 
Science-fiction, utopie, littérature russe

Présentation: Depuis plusieurs années, l'humanité, suite à la surpopulation, sait contrôler le vieillissement: un groupe veille à ce que chaque naissance soit déclarée afin qu'une personne se fasse injecter l'accélérateur de vieillissement et n'ait plus son immortalité. 
+ : critique
- : ponctuation
Thèmes: immortalité, surpopulation, vieillissement, religion 




Pourquoi ce livre

Parce qu'il reposait sur un stand lors de mon passage en librairie en juillet 2019, que je cherchais des titres de nationalités que je n'avais jamais lues ou que très peu et que la couverture m'a attirée. Et en plus, avec ce titre, je ne pouvais qu'avoir envie de le découvrir.
 
Anecdote
Puisque je l'ai lu fin 2019, je retapais les citations pour me remettre dedans, et j'avoue qu'une des premières qui m'a marquée est celle qui va suivre, et avec le contexte actuel où certains nient tout ce qu'ils entendent des médias, je ne pouvais que repérer la coïncidence: 
Les gens qui sont prêts à croire ce qu’ils entendent aux informations sont aussi prêts à croire que le gouvernement s’occupe de leur bien-être. Mais si on leur disait la vérité à ce propos, je pense qu’ils se sentiraient mal.
Mon avis
Voilà, dès la fin de ma lecture - et même avant -, je savais qu'il ferait partie des titres que je vous chroniquerais. Cependant, le temps ayant passé, c'est toujours difficile de bien rendre justice à ce titre que j'ai grandement apprécié, puisque, malgré les nombreuses citations prises en note qui m'ont permis de mettre un peu d'ordre dans ma mémoire, ça se bouscule toujours.

Tout d'abord, j'ai bien aimé de voir comment était gérer l'immortalité puisqu'il y a déjà surpopulation, avec toutes ces injections afin de contrôler cette dernière:  on voyait la cruauté, l'indifférence de l'humain face à ses actes: 
Nous retournons les gros, posons sur des civières les frêles, portons dans nos bras les jeunes femmes, lançons les vieillards en les tenant par les poignets et les chevilles — nous identifions, nous injections, nous identifions, nous injectons, identifions, injectons, injectons, injectons. Englué de vengeance, je ne peux même plus te haïr, Barcelone, car en vérité je ne suis plus capable d’aucune émotion — il nous reste encore cinq cents têtes à traiter chacun.  
Je me tiens à l’écart et les regarde gérer rapidement et efficacement les corps des enfants, sans penser un seul instant que la fillette de trois ans aux cheveux courts bouclés — pschit! — mourra sous les traits d’une petite vieille desséchée à l’âge de treize ans. Ou que cette petite Noire de cinq ans — pschit! — mourra à quinze, sans avoir eu la chance de tomber amoureuse. Ou que cette beauté de sept ans à la longue tresse épaisse pourra à peine goûter à la vie, car une vieillesse précoce dévorera sa splendeur avant qu’elle n’ait réellement eu le temps d’éclore. 

Bien entendu, avec une telle prémisse, et cette indifférence, il ne peut qu'y avoir des critiques du système, entre autres sur le fait que certains se cachent derrière ces lois ou sous d'autres: 

Cela fait bien trop longtemps que j’accuse les autres de ma propre nullité, dont ils ne sont en aucun cas responsables. 
Trop tard pour que j’y change quoi que ce soit.

Je n’éprouve que rarement des doutes ou des regrets consécutifs à mes actes: d’ordinaire mon travail m’épargne l’obligation de choisir; sans choix, pas de regrets. Heureux celui pour qui d’autres prennent la peine de choisir: il n’a rien à confesser.

il est un homme d’État, et l’État fera les choses à sa place: des bourreaux payés par le contribuable, la guillotine mille fois ralentie de la justice désargentée.

Aussi, j'ai aimé qu'on ressente la colère du personnage, et qu'on puisse comprendre d'où elle venait, et que cela amène sa vision des choses sur l'immigration, la vieillesse, ces causes de la surpopulation.

Ça donne la nausée, mais c’est fait pour. L’Europe n’a pas besoin de personnes âgées: il faut les soutenir, les soigner, les nourrir. Elles ne produisent rien à part de la merde et des décorations de sapin; en revanche, elles consomment de l’eau, de l’air et prennent de la place. Ce n’est pas une question de profit, les rations de chacun ne font qu’assurer sa survie. L’Europe est déjà à plein régime, nul besoin de monter en puissance davantage.
Mais vieillir et mourir est un droit constitutionnel, tout aussi inaliénable que celui de rester éternellement jeune. Tout ce que nous sommes capables de faire, c’est convaincre les gens de ne pas vieillir. Et on s’y emploie comme on peut.
Ceux qui choisissent de se multiplier préfèrent rester des animaux, ça les regarde. L’évolution va de l’avant et ceux qui ne s’adaptent pas crèvent. Quant à ceux qui ne veulent pas s’adapter, l’évolution, elle, ne va pas les attendre non plus.

Les immigrés nous volent notre air et notre eau. Nous, nous refusons de perpétuer l’espèce… et pourquoi? La place de nos enfants nous nés est prise par des assistés crasseux, qui propagent des infections que l’Europe a vaincues il y a trois siècles… Ils se font soigner à nos frais et, d’une manière ou d’autre autre, sont vaccinés contre la mort. Ils veulent nous parasiter pour toujours, et si nous ne mettons pas un terme à tout ça très rapidemetn, immédiatement, l’Europe peut s’effondrer.
Et bien entendu, pour que de tels impacts puissent être acceptés, il fallait évacuer Dieu: 
Les hommes avaient renoncé aux cieux, mais pas pour longtemps. Dieu n’avait pas eu le temps de se retourner qu’on l’avait d’abord envahi, puis tout bonnement expulsé. Désormais, c’est toute l’Europe qui est hérissée de tours de Babel; mais aujourd’hui ce n’est pas une question d’orgueil, seulement d’espace vital.
Quant au goût de la compétition avec Dieu, voilà des lustres qu’il est perdu.
Le temps où Il était unique est passé; désormais, Il est un parmi cent vingt milliards. Et ça, c’est dans le cas où Il est recensé en Europe, car il faut compter également la Panamérique, l’Indochine, le Japon et ses colonies, les territoires latinos et enfin l’Afrique. Au total, un peu moins d’un trillion de Terriens. Nous sommes à l’étroit. Nous n’avons nulle part où installer nos usines et nos complexes agricoles, nos bureaux et nos arènes, nos établissements de bains et nos similisions de nature. Nous sommes trop nombreux et nous Lui avons demandé de déménager, voilà tout. Nous avons bien plus besoin des cieux que Lui. 
Mais malgré qu'on l'ait déménagé, cela n'empêche pas d'avoir des réflexions sur la religion, sur l'immortalité en parallèle avec le véritable sentiment de vie. Bref, c'est un livre où il y a des réflexions et critiques qui servent le récit, le caractère des personnages, et ces réflexions sur l'immortalité s'entrecroisent avec celles sur l'évolution, le vieillissement, les raisons d'être des humains, l'impact de cette immortalité, sans que cela m'ait paru redondant puisqu'elles sont bien disséminées à travers le récit et apportent chacune une parcelle d'idées. 
Et pourquoi est-ce qu’à la place des vitamines ils s’enfilent des antidépresseurs, hein? Parce qu’ils sont heureux? 
— Et qu’est-ce que Dieu commande?
— L’homme ne peut pas vivre sans sens et sans but! Il en a besoin. Et eux, qu’est-ce qu’ils sont allés inventer? Les pilules du destin. Illuminat. Ils ont tiré une saloperie des champignons hallucinogènes, et voilà! Tu prends ça, ça te verrouille les récepteurs cérébraux, et soudain tout prend un sens, plus rien n’est le fruit du hasard. Le problème, c’est que les gens s’y habituent. Au sens de la vie. Alors il faut une nouvelle dose. Voilà où il est, le bizness! Dans les labos pharmaceutiques! 
— Eh ouais! hurlé-je. Tu reconnais toi-même qu’il suffit de prendre un cachetons! Et voilà l’affaire: l’illumination, le sens, la paix! Tout est dans la chimie! Tes récepteurs, tu les satures soit à coups d’hormones, soit à coups de cachetons, quelle différence? 
— La différence, c’est que les fainéants sont favorisés. Qu’on nous transforme en bétail paresseux. Qu’on nous gave de nourriture à bestiaux. Que dis-je, nourriture? Du liquide nutritif. Comme ces bisons. (Il hoche la tête en direction de la grande salle.) L’âme a besoin d’effort. Et La foi est cet effort. On doit travailler sur soi en permanence. C’est un exercice. Pour ne pas devenir du bétail, un morceau de viande.
Je ne suis pas un surhomme. Je suis un être humain de chair et de sang. Vivant. Suis-je autorisé à avoir des faiblesses? 
C’est l’ordre naturel des choses: les gens ordinaires ne sont faits que pour jouir. Jouir du monde, jouir de mets délicats, jouir les uns des autres. Quoi d’autre? Être heureux. Quant aux gens comme moi, ils sont faits pour protéger ce bonheur.
— Tu penses être fort? Tu penses que seuls les mortes ont besoin de Dieu? Pourtant, ce sont les immortels qui en ont le plus besoin!

— C’est ça! C’est la vie! La vie, tu comprends? Ce n’est pas un état végétatif. Il vaut mieux oser et se brûler, au moins on sent quelque chose!

La société ne peut pas attendre le vieillissement naturel de celui qui a fit le mauvais choix; en outre, si l’on se contentait simplement de le priver de son immortalité, celui-ci aurait le temps, en quelques décennies, d’engendrer tellement de bâtards que tout notre travail ne servirait à rien. C’est pour cette raison qu’au lieu d’injecter un simple antiviral nous lui préférons un autre virus: l’accélérateur.

Ce qui est vivant doit mourir. Nous ne sommes pas des dieux. Nous ne pouvons pas le devenir. Nous sommes dans une impasse. Nous ne pouvons rien changer parce que nous sommes incapables de changer nous-mêmes. L’évolution s’est arrêtée avec nous. La mort apportait le renouveau, la remise à zéro. Nous l’avons interdite. 

Bien entendu, certains pourraient être freinés par le côté antipathique du personnage principal, mais ça ne m'a aucunement gêné car j'aime voir tous les tenants et aboutissants pour comprendre d'où pouvait venir de telles pensées, et avec des retours dans le passé, on comprend comment il a pu développer une telle hargne et un tel respect des valeurs qu'il véhicule. 

Puisque, même si j'ai bien apprécié, ce n'est pas parfait, je vais vous parler des défauts dont je me souviens. Je me rappelle que la ponctuation dans les dialogues, surtout des points d'exclamation à profusion, me freinait, mais j'ignore si c'était un rythme russe, et à la longue je m'y suis habituée. 

Aussi, même si j'ai senti un petit essoufflement dans ma lecture, celui-ci a été de courte durée, et je dirais que pour un récit de près de 1000 pages en poche, je me serais attendu à sentir davantage de creux, ce qui n'a pas été le cas, et qui, avec toute cette critique qui sert le récit, j'ai apprécié ma lecture. Faites vous-en  votre propre idée si vous le souhaitez! 

D'autres citations
Les règles écartent toute responsabilité, dis-je d’un ton neutre. 
Les épreuves ne s’arrêtent pas avec la sortie de l’internat, Jan. Elles ne s’arrêtent jamais. Il ne faut pas les redouter. Les épreuves nous rendent plus forts. Je n’ai fait que t’entraîner. 
Bien sûr, , j’ai décrété que tu n’en avais rien à secouer de moi. Que tu t’étais débarrassée de moi et que tu t’étais fait une joie de m’oublier. C’Était plus facile à croire, le plus doux et le plus douloureux. Quand tu es petit, il est plus facile de souffrir d’une absence d’amour que de l’absence d’une personne qui t’aime. 
Imaginer avec son intelligence — cette braise qui refroidit, cette étincelle qui s’échappe d’un feu —, et assembler de ses mains — douces, fragiles, malhabiles, faites de viande pourrissante — quelque chose qui va tourner se ce n’est pour l’éternité, du moins pendant vingt-six mille ans! 
— Écoute-moi bien! Je m’en fous de toit et de ton singe, compris? Tu as enfreint la Loi! C’est tout ce que je sais et je ne veux rien savoir d’autre! Si tu ne pouvais pas te retenir, il fallait bouffer les pilules! Qu’est-ce qui te manquait, hein? Quoi? Qu’est-ce que t’avais à faire d’un gamin? Tu es jeune. Pour toujours! En bonne santé. À jamais. Bosse! Sors-toi de cette merde! Vis une une vie normale! Le monde entier est à tes piedds. Tous les bonshommes sont à toi! À quoi bon ce petit singe?
— Ne dites pas ça! Ne dites pas ça!
— Et si tu ne veux pas vivre comme un humain, vis comme le bétail! Mais le bétail vieillit! Le bétail crève! 
Quelque part au-dessus des planètes paralysées se trouve le théâtre de marionnettes: sur le balcon inférieur, la Mort armée de sa faux accueille de petits personnages colorés, sur le balcon supérieur, la figurine de Jésus regarde les silhouettes de ses apôtres. 
Les gens vont se bouffer entre eux. Tu penses que ça intéresse quelqu’un de connaître le déficit énergétique de l’Europe, ou combien de bouches supplémentaires pourront sustenter les fermes de sauterelles? Ce serait intéressant de savoir quel prix devra atteindre un paquet d’algues pour que les gens commencent à se révolter. Au début du XXIe siècle, la population de cette planète comptait sept milliards d’individus, et vers la fin quarante milliards. Par la suite, elle a doublé tous les trente ans jusqu’à ce que le prix d’une vie soit une autre vie. Diminue ce prix d’un iota et c’est terminé. Si la population augmente d’un tiers… c’est la crise, la famine, la guerre civile. Mais les gens refusent de comprendre tout ça, ils se fichent bien de l’économie, de l’écologie, ils sont trop paresseux pour penser et surtout trop effrayés de le faire. Tout ce qu’ils veuilles, c’est bouffer et baiser tout leur saoul. Tout ce qu’on peut faire, c’est les effrayer.
—C’est bien ce que je dis, il ne faut pas prendre tout ça trop au sérieux! La jeunesse éternelle, la surpopulation, toute cette poudre aux yeux. Tu sais, un système ne tient que tant que tout le monde y croit. Ce qu’ils redoutent le plus, c’est que les gens se mettent à réfléchir.  
Qui a prétendu que la vérité était facile à dire? Voilà déjà un mensonge.
Le mensonge présente un seul inconvénient: il exige une excellente mémoire. Mentir, c’est comme construire un château de cartes: chaque nouvelle carte doit être posée avec plus de précaution que la précédente, et ce sans jamais quitter des yeux la construction instable sur laquelle on compte s’appuyer. Oubliez le moindre détail des mensonges précédents et tout s’effondre. Le mensonge a ceci de particulier: une seule carte ne suffit jamais.

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dimanche 24 novembre 2019

l'armée de démons que tu traînes

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Autour d'elle
Auteure : Sophie Bienvenue
Édition: Cheval d'août - 2019 - 200 p.
Original: 2016
Photographie de couverture: Jacqui Miller
Littérature contemporaine, littérature québécoise

Présentation: On gravite autour d'une mère et de son fils confié à l'adoption
+ : choral
- : présentation
Thèmes: vie, famille



Pourquoi ce livre
Parce qu'il était de Sophie Bienvenu et que la phrase Bientôt, je rencontrerai ma mère biologique. m'accrochait comme prémisse à l'histoire.

Mon avis
Tout d'abord, je dois dire que ma plus grosse déception a été à cause de la présentation qui, dans mon interprétation, me laissait présager que l'histoire tournerait autour de la rencontre entre une mère et son fils. Oui, ça tourne autour de ses personnages, mais pas autour de la future rencontre, ce qui fait que l'espoir que j'avais face à cette lecture n'a pas été comblé. Cependant, cela ne m'empêche pas de constater que j'avais dans les mains une histoire de qualité, encore une fois de la part de Sophie Bienvenu.

On gravite autour de la mère et du fils, avec les différents personnages qui ont croisé leur vie. Cela dans un roman choral qui, pour ma part au début, vu mes attentes, m'a déstabilisé, mais quand j'ai compris - rapidement - que ce serait un roman choral, j'ai pu embarquer dans l'histoire et suivre tous ces différents personnages qui avaient chacun leurs bibittes.
Avec toi, rien n'est jamais grave, parce que tu vois tout au travers de ta crisse de lentille qui te sert de bouclier. P'r'êt que c'est efficace contre l'armée de démons que tu traînes, mais ça fait surtout le vide autour de toi, et essaie pas de me faire croire que t'aimes ça. Crois pas que je l'ai jamais vue, ta solitude. Va pas t'imaginer que t'as réussi à me la cacher. Tu penses que j'ai pas remarqué que c'est des larmes que t'as dans les veines, pas du sang? Tu peux jouer la comédie à tout le monde, mais pas à moi. Je sais qui t'es. J'aurais pu te protéger. Si ç'avait pris une machine à voyager dans le temps pour effacer ton passé tout croche et que tu sois bien, j'aurais trouvé un moyen de la construire.
Je suis surtout la pro du sourire fake et de l'amour imité. Je me suis éteinte. J'ai quitté mon corps et je le regarde évoluer, anesthésiée. C'est ça qui m'a rendue folle. 
Elle a été quand même pas si pire, ma vie, des bouttes. Dommage qu'elle doive finir ce soir. Mais c'est pas grave, parce qu'elle va recommencer demain. 
De plus, j'ai apprécié les choix que l'auteure a fait sur les personnages qui croisent la route des principaux, la façon dont on se demandait quel lien les unissait parfois en début de chapitre pour n'avoir que la réponse à la fin, et aussi comment les ellipses subtiles nous font avancer dans le temps.

Aussi, j'ai aimé retrouvé la plume de l'auteure. Bien que moins cru que dans mon souvenir de Et au pire, on se mariera, on sent encore de la colère bien ressentie par certains personnages qui même si chaque narrateur est au je, on peut aisément voir toute la panoplie de styles qui conviennent pour chacun des personnages croisés.
Tout le monde essaie de trouver de quoi pour changer de conversation, mais c'est une vraie question que j'avais. Ça me prend une réponse. Comme quand elle nous a offert un camp de jour, aux enfants des employés, l'été passé, pis la trouver donc généreuse. Comme si ça leur faisait rien de se faire mettre dans la face qu'ils pouvaient pas offrir des affaires à leurs enfants, par une princesse qui a rien vécu pis qui se pense meilleure qu'eux autres. Moi, j'avais un problème avec ça. Mais y a fallu que je me ferme la gueule. On les fait tout le temps taire les gens qui dénoncent. C'est de même partout, depuis tout le temps.
C'est tu pour tromper ta misère que tu veux aller immortaliser celle du monde? Mais guess what? Tu seras jamais grand reporter, tu te rendras jamais plus loin que Sainte-Perpétue, à couvrir le festival du cochon graissé pour un journal local. Tu penses que t'as un rôle à jouer pour régler les problèmes de l'univers, tu te crois spéciale, mais tu l'es pas. T'es rien que spéciale pour moi, pis t'as pas été capable de t'en rendre compte. Too bad. Ce sera trop tard quand tu voudras revenir, quand tu te seras aperçue que t'as pas besoin de tout ça, que tout ce que tu veux, c'est que je t'aime et que je te rende heureuse. 
Aussi, j'ai aimé la place accordée à la musique dans le récit, ce qui est très bien intégré avec chacun des personnages. Ça m'a aussi permis de découvrir Résiste, interprété par France Gall, chanson que je ne connaissais pas et qui, pour moi, est bien meilleure qu'Ella elle l'a. Je trouve aussi que Résiste arrivait au bon moment dans le récit, même si la chanson aurait pu être mis partout!

Voilà, peut-être que si mes attentes suite à la présentation auraient été différentes, j'aurais eu un coup de coeur (quoique dur de battre Et au pire, on se mariera), mais même si je n'ai pas eu de coup de cœur pour le roman, j'en ai eu un pour le chapitre Valeur sentimentale, et j'ai grandement apprécié cette lecture que je ne peux que vous inviter à vous la procurer en vous en souhaitant une excellente.

Quelques citations
Ça prend plus de temps de se décider à partir que partir pour de vrai. Surtout quand on sait qu'on ne reviendra pas.
«J'ai eu l'impression d'être jeune toute ma vie, et un matin, hier ou avant-hier, je me suis réveillée, et j'étais vieille. OK, pas vieille, mais plus jeune, disons. Y a des choses qui ne reviendront jamais et desquelles je dois commencer à faire mon deuil. Je vais sonner vieille conne, justement, mais la vie c'est ça: une série de deuils. Même quand t'es heureux, les moments de joie passent, et il ne te reste plus que du vide, à la fin.
«J'ai vécu des années à vouloir ne rien avoir à perdre. Et tu vois, aujourd'hui, j'ai pas accumulé grand-chose. Du moins, rien d'important. Et j'ai souffert pareil.
«C'est con, hein?»
Parce que je participe à quelques challenges
Défi-lecture: #3
(Challenge personnel : #15)
 Multi-défis : #88


mardi 19 novembre 2019

C'est notre lot!

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Albertine en cinq temps 
Auteur : Michel Tremblay
Édition: Leméac - 1984 - 103 p.
Couverture: Jacques Léveillé
Théâtre, classique, littérature québécoise

Présentation: Les 5 Albertine des différentes époques se parlent.
+ : joual
- : différenciation
Thèmes: pauvreté, famille, culpabilité



Pourquoi ce livre
Parce que je devais lire un texte de théâtre, et que je savais que Québec en novembre s'en venait!

Mon avis
Voilà, petit moment que je n'avais pas lu l'auteur et dès le départ, on retrouvait le style joual que l'auteur maîtrise très bien.
De plus, n'ayant toujours lu que le tome 6 des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, j'ai apprécié que les références soient subtiles à ce qui se passe dans la saga, mais qu'on puisse bien comprendre le contexte et comment Albertine a évolué à travers les époques.
Comme c'est Albertine à différentes époques et Madeleine, il est difficile par écrit de bien distinguer les différentes Albertine à moins de prendre une pause après chaque ALBERTINE À X ANS pour bien situer celle qui parle, ce qui me fait penser que cette pièce passe sans doute mieux jouer qu'à la lecture à cause du visuel qui permet de mieux les distinguer. Bien sûr, à l'écrit, plus on avance, plus on comprend celle qui parle sans avoir besoin de focusser sur les X ANS.
C'est une pièce qui se lit vite, entraîné par le joual, les Albertine qui tentent de se libérer de la culpabilité de leur lot. J'ai donc apprécié ma lecture!

Quelques citations
Quand même que tu voudrais pas... Si t'es t'assez naïve pour penser que la vie dépend juste de toi, tant pis pour toi! Vas-y, continue à penser que t'as le choix! Que tu peux choisir la liberté pis finir tes jours à faire des sandwiches aux tomates salade mayonnaise pour une ribambelle de clients qui vont te remercier jusqu'à la fin des temps! Tu m'en diras des nouvelles quand le monde s'écroulera autour de toi pis que tu te retrouveras tu-seule devant absolument rien d'autre que la bonne vieille culpabilité! C'est toujours comme ça qu'on s'est fait avoir, pis on n'a pas encore appris! Sais-tu quoi? J'aurais peut-être dû danser sur la tombe de mon enfant, en signe de victoire, parce qu'elle, elle l'a choisi, son destin!
Notre rôle! C'est pas notre rôle! C'est notre lot! 
Parce que je participe à quelques challenges

Défi-lecture: #
Challenge personnel : #
 Multi-défis : #
Douze thèmes

Lecture faite en prévision de la chroniquer pour

samedi 16 novembre 2019

Nouvelle Lune


Oui, oui, je mets le logo Québec en novembre en haut cette fois, pour mon billet d'une saga d'une auteure canadienne! C'est pas de ma faute, le site Les libraires n'a pas grand titre de Lucy Maud Montgomery - WHAT! - et ceux sur le site n'ont pas d'images... Je vous prendrai donc la photo de mon coffret un jour prochain!

Émilie de la Nouvelle Lune
Auteure : Yvon Roy
Édition:                            318, 264 et 294 pages
Jeunesse, classique, littérature canadienne

Présentation: Après le décès de son père, la jeune Emily va vivre chez sa tante
+ : différences
- :
Thèmes: amitié, amour, écriture, Île-du-Prince-Édouard, orpheline



Pourquoi ce livre
Parce que j'avais enfin mis la main sur ce coffret d'une série que je regardais en étant jeune, et voir la nouvelle série sur Anne... la maison aux pignons verts n'avait pu que me redonner le goût de lire Lucy Maud Montgomery.

Mon avis
Voilà, depuis longtemps dans mes envies, je n'ai pas regretté d'avoir lu cette saga au début de l'année. Bien sûr, j'aurais sans doute appréciée davantage en ayant été plus jeune puisque là, je me situais moins dans le public cible. Mais on retrouve avec Emily les thèmes de l'amitié, de l'amour, ses rêves d'écriture, ses conflits d'orpheline, l'Île et ses descriptions, l'imagination, les convenances, tous des thèmes que j'avais appréciés chez Anne. Même thème, même histoire? Non, on a bien deux sagas différentes, même si on ne peut s'empêcher de faire des parallèles entre les deux héroïnes, surtout quand on a bien à l'esprit la nouvelle série sur Anne.

Même si j'avais vu plus jeune la série sur Emilie de la Nouvelle Lune, je me suis rendue compte dans ma lecture que je ne me souvenais vraiment pas de grand chose de celle-ci, mes souvenirs se limitant presque au fait que l'orpheline Emily allait vivre chez sa tante! Bon, c'est un peu plus que ça que ma tête avait retenue, mais ça vous donne une idée. J'ai donc complètement redécouvert l'histoire, pour mon plus grand plaisir. Comme je le dis, c'est jeunesse, mais ça n'empêche pas d'apprécier l'histoire, les personnages secondaires et leurs histoires, les questionnements d'Emily, sa façon de concevoir le monde, les conceptions de l'époque et les "standards".

J'avais moins apprécié le second tome de la trilogie puisque je trouvais que ce tome était trop centré sur ses envois de textes au détriment de ses relations avec les autres, mais c'est peut-être parce qu'on ressent plus la personnalité de Lucy Maud Montgomery dans le personnage d'Emily dans ce tome. Somme toute, c'est une trilogie que je suis bien contente d'avoir enfin découverte à l'écrit, et que j'ai apprécié et aimé retrouver le style de l'auteure. Pour ma part, je les ai enchaînés, mais je crois qu'il est préférable de lire autre chose entre les tomes, sans trop laisser passer de temps.

Voilà, le tome 2 ici, et le tome 3 ici. Pour le 1 et la série Anne <3, il semblerait que ça va vous prendre plus de recherche. Mais n'hésitez aucunement à découvrir cette auteure! 


Quelques citations
Et
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: # 72, 12 et 2
Challenge personnel : #3 et 11
 Multi-défis : #83, 45 et 31
Sagas 2019
Chronique rédigée dans le cadre de 


mercredi 14 août 2019

Que ferais-tu si tu n'avais pas peur?

Qui a piqué mon fromage? : Comment s'adapter au changement au travail, en famille et en amour
Auteur : Spencer Johnson
Couverture et illustrations:
Édition: Michel Lafon - 2017 - 105 p. - traduit par Jean-Pascal Bernard
original: Who Moved my Cheese?  G.P. Putnam's Sons , 1998
Fables, littérature américaine


En quelques mots: Des souris réagissent différemment au retrait de leur fromage préféré.
+ : métaphore
- : convenu
Thèmes: changement, peur, développement personnel



Pourquoi ce livre? 
Parce qu'on me l'a offert, et que je voulais lire quelque chose qui n'était pas un roman.

Oopsie! 
Un jour, juste après avoir lu ce livre, j'avais écrit une chronique sur ce dernier. Or, en voulant retourner chercher un passage pour poster mon avis général sur les forums, plutôt que de sélectionner et de copier, une combinaison de touche a plutôt supprimé l'entièreté de la chronique. Malgré des tentatives de revenir en arrière, je n'avais toujours qu'un vide total pour ma chronique, dont j'étais plutôt satisfaite, et que je prévoyais ne publier que lorsque quelqu'un aurait également lu le livre. Et je dois donc changer ce que je vous disais sur un livre qui traite justement du changement. Je ne me souvenais plus de ce que j'avais mis comme thèmes, c'est vous dire! Vaut mieux en rire!!! Du coup, il s'agira plutôt d'une chronique mentionnant ce dont je me souviens avoir mentionné, plutôt que d'une chronique rédigée à chaud.

Ce que j'en avais pensé
Tout d'abord, je me souviens que je commençais la chronique en disant que j'avais déjà lu ce livre, comme j'avais pu le repérer avec les pages comportant des citations sur des fromages, et que je me suis souvenue que je n'avais pas réellement adhéré. Or, le temps passant, comprenant que nos perceptions changent, je me suis dit que je réessayerais le coup tout de même pour voir comment je le recevrais cette fois. Et bien que j'aie encore trouvé cela un peu convenu, j'ai plus apprécié cette nouvelle lecture que le sentiment qu'il m'en reste de la première.

Je ne me souviens plus trop de ce que je disais à chaud, mais je sais que je parlais que je faisais probablement plus de parallèles avec des membres de m'entourage, regardant quels personnages pouvaient correspondre chacun, bien que je savais qu'on avait tous une part des différents personnages en nous, à différents niveaux. Ces parallèles m'ont peut-être aidé à apprécier davantage cette fois.

Aussi, je me souviens que je disais que ce livre pouvait parfois peut-être sembler être une brique pour certains qui, à cause de différentes préoccupations, du fait de ne pas voir de solutions, surtout quand ils lisent des phrases telles que Qui refuse le changement creuse sa propre tombe. Cela peut être écrasant pour certains, à mon avis, et donner l'impression de leur ajouter un boulet à leurs pieds.

J'avais également mentionné que j'avais apprécié la métaphore, et en général, comment le personnage principal évolue, tout comme le style d'écriture. Je disais aussi regretté que ce soit surtout centré sur le personnage principal Baluchon, évacuant ainsi beaucoup Flèche et Flair, même si Polochon reste aussi présent. Cela laisse à penser que ces autres personnages évoluent peu ou ne retirent rien de la situation, donnant une sensation de convenu, que le point central est quelque chose qui va de soi.

*Au moment de mettre sous forme, je rajoute ce paragraphe. Je ne sais plus comment j'avais abordé cela (et surtout, si je l'avais laissé), mais je parlais que des fois, j'ai aussi l'impression que les autres pensent qu'on se refuse au changement, alors que, au fond de nous, nous avons déjà effectué des changements de fromage. C'est votre cas?

Bien sûr, j'avais dû développer beaucoup plus mon avis lors de ma première critique qui m'avait pris beaucoup plus de temps à rédiger que cet avis-ci. J'ai donc l'impression de ne pas aller dans le coeur des choses, surtout que de mémoire, j'avais étayé davantage sur la métaphore et le style, les choses qui m'ont le plus plu.

***Également, suite à une conversation et mon survol du livre qui m'est revenu pour retrouver une citation (que vous vous en doutez, je n'ai pas retrouvée), je rajoute que bien qu'on tende plus vers un ou l'autre des personnages, on a tous une part de chacun, selon les différentes sphères de notre vie. Et il ne faut jamais oublier que les caractéristiques de certains ressortent parfois lorsqu'ils sont en comparaison avec d'autres. Aussi, en cherchant la citation, j'ai revu Que ferais-tu si tu n'avais pas peur? qui m'a rappelé que je parlais beaucoup plus de la peur du changement dans ma chronique à chaud, car cette phrase, de mémoire, m'avait accroché. Elle est presque comme un mantra dans le récit, et a donc une incidence particulière pour l'un des personnages, qui malgré sa volonté de changer semble être beaucoup freiné par cette peur.

Quoiqu'il en soit, c'est une histoire qui, même si elle demeure convenue, amène à discussion sur le changement, la peur de celui-ci. Si vous vous décidez à la lire, je vous invite à prendre le temps de faire des parallèles avec votre entourage, ce qui a des chances de vous permettre de vous en imprégner davantage, **tout comme de bien réfléchir sur vos réactions face aux différents changements, et de comment certaines facettes (i.e. certains personnages) ressortent selon les sphères de votre vie. Il y a des situations où il est plus facile de changer de fromage préféré!

****Donc, même si je considère que le fait d'évoluer malgré nos appréhensions est quelque chose qui, même si on ne le fait pas tous au même rythme, va de soi, il n'en demeure pas moins que comme toute métaphore est sujette à interprétation, ce livre est donc sujet à interprétation, menant ainsi à la réflexion et la discussion. Bref, je relis pour publier, et j'ai vraiment l'impression que cette critique n'est pas à la hauteur de ce que j'ai pensé, donc si certains savent comment récupérer l'originale par miracle, mentionnez-le! (Vous avez probablement compris que pour celle-ci, puisque j'ai copié mon texte sur mon souvenir, j'ai rajouté les paragraphes/passages avec * au moment de mettre en forme/de me relire avant de publier!) Mais j'espère tout de même vous avoir exprimé les points essentiels, et vous amenez, que vous le lisiez ou non, à réfléchir sur la peur du changement. 


Quelques citations

Parce que je participe à quelques challenges

 Multi-défis : #33


mardi 2 juillet 2019

Piétiner les exigences de la conscience

Le maître des peines, tome 1: Le jardin d'Adélie
Auteure : Marie Bourassa
Illustration de la couverture: Chantale Vincelette
Édition: Éditions JCL - 2008 - 529 p.
Historique, littérature québécoise

Présentation: On suit la colère de Louis, adolescent, sur fond de peste et de guerre de Cent Ans
+ : soutenu
- : lourd
Thèmes: vengeance, exécution, moine, Moyen-Âge



Pourquoi ce livre
Parce que la thématique pour le challenge 12 thèmes était sur le Moyen-Âge.

Mon avis
J'ai bien apprécié ce titre qui m'en a appris sur différents points du Moyen-Âge, même si par moment, contexte oblige, cela était violent.
Tout d'abord, au début, j'ai eu quelques appréhensions. J'avais l'impression qu'il fallait être très connaisseur de l'époque pour s'y situer puisqu'on suit surtout la vie de boulangerie dans la première partie. Même si on en apprend énormément sur ce domaine, ce n'était pas pour cela que j'avais entamé ce livre, et j'avais parfois l'impression que ça devenait lourd, tout comme le faisait certains passages qui me semblaient avoir, à différents niveaux, l'effet que l'auteure nous disait, c'est ce qu'on va retenir de l'Histoire. Heureusement, à travers ce départ, on voit également les prémisses de certaines relations, de certains comportements, et des personnages mystérieux nous questionnent.
Qu'allait-on retenir de cette époque? Tout grand événement de l'histoire possède ses repères et ses balises. Chaque guerre a ses actes de bravoure. Mais il n'y avait plus de héros. La mort, cette abstraction que l'on repoussait d'instinct vers un avenir imprécis, était subitement devenue un fait quotidien.
Cela donnait donc les ingrédients pour titiller notre curiosité. La table était donc mise pour poursuivre  et même si le rythme est soutenu et demande concentration, je ne pouvais qu'être captivée par l'intrigue et me demander comment tout cela allait s'orchestrer. On suit donc la vie de Louis, qui par les épreuves qu'il traverse, a une grande colère enfouie au fond de lui.
Mais le désir de vengeance inassouvie qui couvait en Louis comme des braises sous les cendres l'avait empêché de trouver[…] le refuge bienfaisant dont il aurait pourtant eu le plus grand besoin. 
[Louis] avait traversé tant d'épreuves. Pourtant si Antoine ressentait de la joie, c'était surtout parce qu'en prononçant le voeu d'obéissaance, Louis allait se voir contraint de museler des tendances qui avait fort besoin d'être réprimées. C'était le but premier qui l'avait incité dans sa démarche. Car l'abbé n'était pas sans savoir que le miracle guérisseur de Louis avait pour nom esprit de vengeance.
De plus, comme on se trouve au Moyen-Âge, il est, à mon avis, impossible de passer outre la religion. J'ai apprécié voir comment la vie monastique pouvait se dérouler, comment les gens pouvaient y être recruté, et j'ai également apprécié voir comment les moines pouvaient confronté leur point de vue théologique, et ainsi découvrir Saint Benoît.
Louis aimait les sermons, car chacun d'eux l'aidait un peu plus à cerner le personnage de Jésus et de tous ceux qui l'avait précédé. Mais, ce qu'il n'arrivait pas à comprendre, c'était comment un homme pouvait réussir à être si bon. Pardonner. C'était là son message. Et lui, le futur moine, il se sentait incapable de pardonner.
Bien sûr, en plus de la religion, l'époque nous amène, avec la peste et la guerre, à nous interroger sur la vie, d'autant plus qu'on assiste entre autres à une exécution qui nous saisit profondément. On a beau la voir venir, on ne peut qu'être saisi par les mots de l'auteure qui nous donne l'impression qu'on faisait partie des gens venus la voir.
l'existence humaine avait la même valeur pour tous, que l'on soit riche ou pauvre, faible ou puissant. [...] La cruauté était contre nature, elle piétinait les exigeances de la confiance qui étaient les mêmes pour tous.
Bref, c'est un livre qui nous porte à réfléchir, car il nous en apprend sur l'époque et nous saisit beaucoup sur le côté violent de l'humain. J'ignore ce que cela aurait comme effet, mais si vous vous le procurez, je crois que je vous conseillerais de lire toutes les notes à la fin pour bien saisir le contexte, car même si elles ne sont pas 100% essentielles à la compréhension, la curiosité nous pousse à vouloir les consulter, et a un peu freiné la lecture dans mon cas. Quoiqu'il en soit, c'est un récit que j'ai bien aimé, et dont les questions en suspens m'intriguent et dont je me demande, vu la façon dont ce premier tome s'est terminé, quels seront les impacts sur les différents personnages.


Quelques citations
Personne n'aurait pu savoir que tout n'était plus que chaos dans son esprit stimulé à l'extrême par l'anxiété et l'épilepsie qui le laissait épuisé et confus.
Il me guidera peut-être, mais c'est quand même moi qui tiendrai la tâche, pas lu.
Même le plus beau discours du monde, pour qu'il ne soit pas reçu dans une indifférente neutralité, ne devait pas être présenté par un quidam. Il devait provenir d'un des puissants de ce monde ou bien... d'un ermite dont le mysticisme était reconnu.
 Parce que je participe à quelques challenges

Défi-lecture: #47
 Multi-défis : #36



vendredi 7 juin 2019

un reflet doré

Les frères Sisters 
Auteur : Patrick deWitt
Illustration de couverture: Dan Stiles
Édition: Alto - 2014 - 443 p.
Traduction par Emmanuelle et Philippe Aronson
original: The Sisters Brothes, Ecco , 2011
Aventure, western, littérature canadienne


Présentation: Les frères font route pour aller tuer un chercheur d'or.
+ : fluide
- : égo
Thèmes: meurtres, ruée vers l'or



Mon avis
Encore une chronique qui ne sera pas évidente puisque, comme pour mon précédent article, j'ai lu ce titre dans une période de fatigue où je ne retenais quasiment rien. Car oui, encore ici, je lisais, prenais grand plaisir à ma lecture, mais quelques instants après avoir posé les chapitres que je venais de lire, c'était évacué de mon esprit. Cependant, je prends à nouveau le parti de vous en parler.
J'ai apprécié le style fluide de l'auteur, parsemé d'un peu d'humour noir.
«Quoi qu'il en soit, je ne comprends pas pourquoi vous montrez à cet enfant une telle violence à son âge.
- J'ai déjà vu des gens se faire tuer, me dit le garçon. J'ai vu un Indien se faire découper avec un poignard, ses tripes lui sortaient du ventre comme un gros serpent rouge. J'ai aussi vu un homme pendu à un arbre à l'extérieur de la ville. Sa langue était gonflée dan sa bouche, comme ça.»
Il hocha la tête, s'éclaircit la gorge et cracha en l'air un gros graillon qui décrivit un charmant arc de cercle avant d'atterrir au beau milieu de son front.
Voilà, c'est ici que je reprends le fil de la chronique débutée il y a quelques temps. Donc, vous comprenez que ça doit être encore plus ardu.
Je me souviens avoir apprécié le fait que certains chercheurs d'or aient une recette pour mieux trouver l'or.
Il avait les paupières mi-closes, et je me suis dit qu'il avait l'air endormi. Je venais d'ouvrir la bouche pour lui exprimer toute ma sympathie, car son expérience se soldait manifestement par un échec, lorsque j'ai remarqué dans ses yeux un reflet doré de plus en plus lumineux. J'ai reporté mon attention vers la boîte et mon coeur a fait un bond, car là devant moi, je le jure devant Dieu tout-puissant, l'anneau d'or luisait à travers l"épaisse couche de terre noire!
Cependant, j'ai trouvé que ça venait tardivement, en tout cas, dans mon souvenir, et qu'on aboutissait pas assez rapidement à cela. De plus, je crois que, même si on voyait les frères progresser, on ne sentait pas assez d'épreuves — surtout que ça aurait été propice à de l'action — face à la quête qui leur est confiée.
Même si je crois que cela aurait pu être davantage approfondie, j'ai apprécié que le narrateur montre une certaine réflexion d'opposition et de contraste avec son frère. J'ai aussi, comme dit, apprécié le style d'écriture.
Même si j'en ressors mitigée, vous pouvez vous le procurer pour vous faire votre propre idée.

Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: #43
 Multi-défis : #23


jeudi 16 mai 2019

exhumer l'horreur

Le rapport de Brodeck
Auteur : Philippe Claudel
Couverture : Roger Toulouse, Le Jeune Homme de l'Hospice
Édition: Stock - 2007 - 375 p.
original: titre XXX , 2000
Drame, littérature française






Mon avis
Oui, une fois n'est pas coutume, j'entame l'avis sans avoir fait une présentation en une phrase, choisi un + et un -. Un peu parce que j'ai l'impression d'avoir eu des lectures dernièrement pour lesquelles j'étais en mode fatiguée à fond, et donc que je lisais sans retenir, même si c'était fluide. Cependant, cela ne m'empêche pas de tenter de vous en parler un peu.
En voulant rafraîchir ma mémoire, la première critique non-presse sur laquelle je tombe, l'internaute mentionne que Brodeck fait preuve de pragmatisme, et même si je n'en étais qu'au tout début de la critique, cela m'a fait dire que c'est peut-être ce côté trop pragmatique qui faisait que je ne retenais quasiment rien, cela n'étant pas aidé par la fatigue. Bref, il semblerait que j'ai tendance à lire cet auteur à des moments inopportuns afin de pouvoir l'apprécier pleinement.
Cependant, cette fatigue ne m'a pas empêché de repérer des passages qui portent à réflexion, ce qui me semble être le but de ce titre, de venir nous parler d'histoire de façon détournée afin qu'on n'oublie pas la mémoire de certains événements, et qu'on réfléchisse dessus.
À travers ses questionnements sur la disparition de l'Anderer (l'autre), on trouvera justement cette relation à l'autre. On croise aussi des mots sans doute allemands, et certaines réflexions sur la guerre.
La guerre... Peut-être les peuples ont-ils besoin de ces cauchemars. Ils saccagent ce qu'ils ont mis des siècles à construire. On détruit ce qu'hier on louait. On autorise ce que l'on interdisait. On favorise ce que jadis on condamnait. La guerre, c'est une grande main qui balaie le monde. C'est le lieu où triomphe le médiocre, le criminel reçoit l'auréole du saint, on se prosterne devant lui, on l'acclame, on l'adule. Faut-il donc que la vie paraisse aux hommes d'une si lugubre monotonie pour qu'ils désirent ainsi le massacre et la ruine? 
Et pour ma part, vu toute les haines que renferment les guerres, je ne peux que vous dire que j'ai trouvé le passage suivant très marquant. On sentait plus de vie, d'émotion de la part de Brodeck, ce qui venait lui donner plus de caractère que son côté très pragmatique.
Qui a donc décidé de venir fouiller mon obscure existence, de déterrer ma maigre tranquillité, mon anonymat gris, pour me lancer comme une boule folle et minuscule dans un immense jeu de quilles? Dieu? Mais alors, s'Il existe, s'Il existe vraiment, qu'Il se cache. Qu'Il pose Ses deux mains sur Sa tête, et qu'Il la courbe. Peut-être, comme nous l'apprenait jadis Peiper, que beaucoup d'hommes ne sont pas dignes de Lui, mais aujourd'hui je sais aussi qu'Il n'est pas digne de la plupart d'entre nous, et que si la créature a pu engendrer l'horreur c'est uniquement parce que son Créateur lui en a soufflé la recette.
Aussi, j'ai l'impression que le pragmatisme faisait en sorte que le fait que Brodeck nous relate les événements enlevait un peu de l'horreur qui était exhumée, car c'est bien de cela qu'il m'a paru s'agirt ici de déterrer les travers de l'humain... À moins que ce ne soit l'habitude et que celle-ci se répande encore plus vite qu'on le pense :(
Il ne faut pas, même sans le faire exprès, même sans jamais le vouloir, exhumer l'horreur, sinon elle reprend vie et se répand. Elle vrille les têtes, elle grandit, elle accouche à nouveau d'elle-même.
Bref, vous comprenez que j'ai eu de la difficulté à chroniquer ce titre puisque je n'étais pas à mon top niveau forme. Cependant, si vous voulez vous le procurer, je crois que vous pourrez y prendre plaisir, mais je vous conseille de le lire lorsque vous n'êtes pas trop fatigués.


Quelques citations
«L'homme est un animal qui toujours recommence». Mais que recommence-t-il sans cesse ? Ses erreurs, ou la construction de ses fragiles échafaudages qui parviennent parfois à le hisser à deux doigts du ciel ?
Parce que je participe à quelques challenges

Défi-lecture: #
Challenge personnel : #
 Multi-défis : #


 

vendredi 29 mars 2019

Séraphin

Un homme et son péché: Les belles histoires des pays d'en haut
Auteur : Claude-Henri Grignon
Couverture: conception de Daniel Bertrand avec une image de Jean-P. Ladouceur
Édition: Stanké - 1998 - 207 p.
original: Éditions du Totem , 1933
Littérature du terroir, classique, littérature québécoise


Présentation: Séraphin aime son or.
+ : entraînant
- : focalisé
Thèmes: avarice, conditions paysannes



Pourquoi ce livre?

Ayant vu des épisodes ici et là d'une vieille adaptation, un des films, la présente série, et ayant toujours voulu découvrir ce titre culte, il était plus que temps que je le découvre.

Mon avis

J'ai trouvé que le style coulait aisément. Peut-être m'attendais-je à quelque chose de plus soutenu, vu l'époque de rédaction, mais ce n'était pas le cas. J'ai donc été surprise, car même si les descriptions sont là, je trouvais le rythme entraînant, et j'aimais bien.
De plus, je ne pouvais m'empêcher de faire des parallèles avec les différentes adaptations et je voyais très bien le comédien faire les gestes décrits par Grignon.
Séraphin baissa la tête, comme cloué dans une méditation profonde, tandis qu'il caressait d'une main lente son menton maigre, long, pointu, toujours frais rasé. Certainement, tout à coup, s'arrêta juste au-dessous de l'œil droit. C'est alors que le cerveau de séraphin travaillait, calculait, glissait, telle une couleuvre, parmi des méandres sans fin, pour aboutir, en pleine lumière, à cette question : – Sans doute que vous avez des vaches, monsieur Lemont ?
Bien sûr, au niveau de l'intrigue, je n'ai pas eu de surprises, même si je me doutais que les adaptations avaient pris quelques libertés.
Et ici, on voit bien l'avarice de Séraphin qui n'est accro qu'à l'argent, au point de ne pas vouloir soigner Donalda et de se demander ce qu'il lui en coûte de la faire vivre. Il préfère se priver tel que le montre ses soupes sans goût qu'il mange abondamment en petite quantité. Le récit est donc réellement focalisé sur l'avarice de Séraphin, et les personnages secondaires sont relégués loin en arrière ici, au point que je ne suis même pas certaine de les considérer comme des personnages tertiaires. Cela fait que j'avais l'impression qu'ils avaient moins de saveurs, et c'est ce qui m'a déplu dans le récit, leur quasi-absence.
Somme toute, j'ai apprécié découvrir cette lecture qui met en scène cet anti-héros, et enfin découvrir d'où il provenait. Procurez-vous le si vous le désirez. J'ai terminé ma lecture dans le temps où la 4e saison s'achevait. Bien hâte de voir ce qu'il en sera de l'ultime. 

Quelques citations
Un moment, Donalda, d'un geste doux, passa deux fois sa main sur son visage, de haut en bas, comme si des fils d'araignée la fatiguaient beaucoup. Elle tenait ses pieds froids hors du lit, tandis que d'une main énergique elle tira sur elle les draps humides. Un soupir sembla la soulager étrangement. 
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: #34
 Multi-défis : #68

mardi 12 mars 2019

je me réconcilie avec la vie

Mon fol amour
Auteure : Dominique Demers
Couverture : Photomontage par Anouk Noël à partir d'une photo de Andres Rodriguez
Édition: Québec Amérique - 2017 - 379 p.
Contemporaine, littérature québécoise

Présentation: Dominique s'achète un chalet, et va au gré des rénovations!
+ : distrayant
- : ? il ne m'en vient pas à l'instant
Thèmes: rénovation, chalet, amitié/amour



Pourquoi ce livre
Bon, je l'avoue, le fait que c'était centré sur la relation d'amour de l'auteure envers sa maison m'a rebutée, mais pour Elrond dans le challenge de Terre du Milieu, je l'ai pris, sans le lire. N'empêche que mars a débuté et que pour une quelconque raison, le titre m'a attiré. Et je m'y suis donc lancée. Après tout, c'est Dominique Demers!

Mon avis
Et au début, je remarque qu'il est mentionné sur le dos qu'il s'agit d'une fiction inspirée de sa vie. Heureusement donc que je ne l'avais pas pris pour Elrond ;) Me voilà donc lancé dans ma lecture, avec moins d'a-priori probablement que lorsque ce livre m'avait été présenté. Et dès le départ, on se retrouve dans l'univers avec la plume propre à Dominique Demers. Bien que j'ai trouvé les descriptions moins nostalgiques, il n'en demeure pas moins qu'elles sont encore fluides, empreintes de beauté, et que certaines nous estomaquent.
Même si le spectacle n'est guère attrayant, ce que je découvre sous ma petite maison de rêve ressemble à ce qui se cachait sous le chalet de ma tante Jacqueline établie sur les rives de l'Outaouais. Terre battue, réservoir d'eau chaude posée sur de vieilles planches, fils électriques qui pendouillent, enchevêtrement de tuyau d'eau, poutres et poteaux de toutes sortes, certains d'apparence douteuse, d'autres un brin moins, et toiles d'araignée en quantité industrielle. Il fait noir et mon père aurait dit que ça sent le diable.
Pendant la nuit, il a neigé encore, puis les cristaux ont fondu, juste avant qu'un grand froid givre tout. Plus féerique, tu meurs ! Une délicate membrane de glace aux reflets d'argent recouvre chaque minuscule portion du paysage. Depuis les hautes herbes et les fines feuilles des buissons au bord du lac jusqu'aux branches nues des arbres géants, sans négliger 1 cm du tapis blanc. Tant de beauté mes laisse le coeur tremblant et la gorge nouée.
De plus, à travers tous les événements concernant le chalet qui nous font nous demander jusqu'où ça ira, on voit la vie suivre son cours avec les sorties suivant les rencontres Internet, ainsi que son désir d'écrire dans cet endroit. J'ai d'ailleurs bien apprécié les passages avec les amoureux potentiels, qu'ils aient été en direct ou racontés aux amis, passages qui m'ont souvent bien fait rire.
Le ton d'alarme me fait imaginer une attaque d'Iroquois ou un débarquement de Martiens.
– Une grosse araignée d'eau ! s'exclame-t-il. Sur le lac… Là !
J'éclate de rire.
– C'est OK. Je les ai adoptées. On est dans leur territoire. Une araignée, c'est pas pire qu'un papillon. C'est juste laid…
– Ça pique!
– Elles me m'ont jamais rien fait…
Dans une position d'homme des cavernes, Louis élève son aviron au-dessus de la pauvre araignée d'eau, une bibitte plutôt répugnante effectivement.
– Noooon !
Trop tard. L'aviron s'abat sur la bête avec suffisamment de force pour éclater, brisé en deux morceaux. Ma première pensée est pour la victime. Je soulève le bout plat de l'aviron ayant servi d'armes. Zéro pâté d'araignée dessous. Fou ! Le brave animal a fui à temps.
De plus, j'ai aimé voir à travers les rénovations, certaines réflexions sur l'écriture, et au moment de choisir mon titre de message, je réalise également que les rénovations de ce chalet, bien qu'avec de nombreux balbutiements, peuvent sans doute contribuer à réconcilier avec la vie, avec tout cet amour qui y est mis. De plus, toutes ces rénovations font qu'on voit le chalet évoluer, tout comme l'auteure au gré de ses rendez-vous, de ses rencontres. D'ailleurs, j'ai bien apprécié ce passage qui reflète bien ma pensée et que je vous invite à méditer quand vous êtes prompts à juger des autres (moi aussi d'ailleurs qui l'oublie encore parfois!):
Cet échange a révolutionné mon existence. J'étais persuadée que tout le monde pensait comme moi : entre une base et un sommet, on ne pouvait opter pour autre chose que le sommet. Ce que je croyais universel ne l'était tout simplement pas. J'ai compris le caractère intime dans notre perception des lieux et de notre relation au territoire. Et quelque part dans ma petite tête, j'en ai profité pour mieux apprécier combien les humains sont aussi étonnants que profondément différents.
D'ailleurs, je me demande, si la maison des petits cochons avait été en brique, combien de fois Dominique se serait senti comme si une brique lui était tombé sur la tête! Et ici, je me demande, vu tous les désastres, à quel point la réalité dépasse la fiction. Bref, j'ai donc apprécié la plume et l'histoire ici, avec toutes les piques d'humour qu'elle recèle. Donc, n'hésitez pas à vous le procurer ou un autre de l'auteure!

D'autres citations
Un paysage moins glorieux n'aurait pas suscité ce sentiment. C'est dans la perception du moment, éblouie par la somptuosité des environs, que j'ai saisi combien les êtres humains colorent et révèlent les lieux. Tout comme les grands bonheurs et les pires peines réclament une présence intime, la grâce d'un instant requiert parfois, pour être pleinement appréciée, la proximité d'une personne aimée. Cette révélation a transformé ma vie. Il m'arrive parfois d'oublier, mais au moment des grandes décisions, au cœur des désastres, des joies, des déchirements, des contradictions, des dilemmes, des occasions uniques, je me souviens que, quelles que soient l'issue, les gens feront la différence.
Je me dis seule, pourtant, ma petite maison me semble plus que jamais habitée. Comme si des créatures d'un autre monde, elfes, gnomes ou lutin, veillaient clandestinement sur moi en partageant mon chagrin.
C'est presque toujours grâce aux mots que je me réconcilie avec la vie. Les mots lus et les mots écrits.  [...]
Un matin, j'ai ouvert mon ordi, j'ai créé un nouveau document et j'ai laissé mes dois courir sur les touches. J'aime répéter que le plus important dans un projet d'écriture, c'est l'avant. Les longues rêveries, les recherches, les essais, les fiches de personnages, les notes comme si on partait en voyage… cette fois, je n'ai rien fait. J'ai sauté, sans parachute, sans filet, en ne me souciant pas de ce qui pouvait arriver dans l'urgence de dire m'étreignait.
Dire le chagrin. L'expulser. Avec une histoire.
Parce que je participe à quelques challenges

(Terre du milieu)
Défi-lecture: # 69
Challenge personnel : # 22
 Multi-défis : # 5

lundi 11 mars 2019

Un mensonge à préserver

Le doux venin des abeilles
Auteure : Lisa O'Donnell
Couverture : Studio Piaule
Édition: Michel Lafon - 2018 - 391 p.
Traduction par Philippe Mothe
original: The Death Bees,  première publication par William Heinemann, 2012
Drame, littérature contemporaine, littérature écossaise


Présentation: Deux adolescentes enterrent leurs parents dans la cour et font croire que ceux-ci sont partis en voyage
+ : tension
- : "sans surprise"
Thèmes: pauvreté, maltraitance, drogue, adolescence


Pourquoi ce livre
Pendant mes achats pour un swap, ce livre, par son titre et sa couverture, m'a intriguée. Je lis donc le résumé, et hop dans la wish. Et c'est donc martineke qui me l'a offert dans le cadre d'un autre swap, que je remercie à nouveau. Et je l'ai donc sorti de la PAL récemment puisqu'il me faisait de l'oeil.

Mon avis
Et j'ai bien fait de l'en sortir, car j'ai bien apprécié cette lecture.

Dès le départ, on est plongé dans l'histoire, dans le fait que les parents sont enterrés dans le jardin, et on se questionne donc, qui a bien pu commettre le crime pour mener à cet enterrement? Même si, dans mon cas, je sentais poindre la vérité.

On suit donc la vie de Marnie et Nelly, adolescentes, après cet enterrement, et on en apprend aussi sur leur passé qui n'était pas tout rose, cet argent que doivent leurs parents au milieu du crime.
Peut-être que le café m'était un peu monté à la tête, mais quand je pense à ces gens qui ont livré leurs enfants à elles-mêmes, qui les ont laissées se débrouiller dans un monde froid et cruel, sans même un mot pour dire où ils allaient ni une miette à se mettre sous la dent, leur sort m'indiffère. Elles méritent mieux, ces filles. Elles se tiennent propres, travaillent bien en classe et, avec les deux plaies qu'elles ont pour parents, c'est vraiment un miracle qu'elles soient encore en vie. 
On suit donc ces deux orphelines, et on se demande, comme Marnie, comment elles pourront s'en sortir. Auront-elles assez d'argent? Combien de temps pourront-elles garder le secret par le biais du mensonge qu'elles inventent. Quand Marnie s'inquiète pour Nelly, on voit l'attachement, mais on voit aussi le fait par d'autres événements qu'elle l'envoie paître. On remarque aussi ces sentiments chez Nelly, et vu ce qu'on apprend de leur vie au fil du récit, on ne peut que les apprécier, et espérer qu'elles s'en sortent.

De plus, arrive un moment où leur voisin se rend compte qu'elles sont laissées à elles-mêmes, et les prend en quelque sorte sous son aile, voisin qui a lui aussi certains secrets, comme nous permet de l'apprendre ce roman choral. Et les fillettes utilisent leur voisin en le faisant passer pour leur oncle afin de s'éviter des troubles avec "l'aide sociale", sachant qu'elles ont besoin de l'argent puisque leurs parents ne reviendront pas. J'ai aussi bien aimé le rôle attribué au chien du voisin, puisque les adolescentes ont bien peur que celui-ci déterre les ossements et révèlent ainsi où sont cachés leurs parents.

J'ai aussi apprécié le roman choral qui, ici, bien que chaque narrateur ait un court passage, voire minuscule, donne suffisamment d'informations pour qu'on s'attache dans chaque passage vis-à-vis chaque narrateur. De plus, face à cette maltraitance, le traitement est tel que ce n'est pas de la pitié qu'on éprouve pour les fillettes, mais plutôt de la compassion, et un espoir face à leur avenir. Pour savoir si l'espoir est vain ou non, vous devrez vous le procurer.

Aussi, au moment d'écrire cette chronique peu de jours après avoir terminé ma lecture, je voyais déjà que mon souvenir s'estompait beaucoup alors que j'avais adoré ma lecture, et je m'en suis demandée la raison. C'est là que j'ai réalisé que c'est probablement parce qu'il n'y a pas de revirements à nous faire demander ce qu'on avait zappé, pas de réelles grosses surprises, même si certaines situations peuvent nous paraître un peu moins convenues. C'est ce que je vois qui expliquerait ce sentiment dans mon cas. N'empêche que, vous l'avez sans doute compris, j'ai adoré cette lecture, et cette plume que j'ai trouvé juste, émouvante. Alors, n'hésitez pas s'il vous tente!


Quelques citations
Les oiseaux chantent encore, la musique est là, toujours. Ma vie continue tandis qu'une autre se retire.
La mort, nous l'avons déjà vue, Marnie et moi, ce monceau de glace qui fond au fil des jours, ces gouttes d'eau qui gèlent sur notre âme pour, à chaque instant, nous remémorer ce qui a disparu, mais le désespoir qui nous assaille aujourd'hui est une peine qui imprègne de ténèbres la moindre de nos fibres.
Elle ne viendra pas, l'heure de lui dire adieu. Il ne viendra pas, le point final. Le voilà qui glisse vers l'apaisement, il nous quitte et j'ai beau chercher du courage en le voyant partir, je suis terrassée de larmes, mais je me dois de les cacher car il nous lègue un mensonge à préserver, un mensonge inventé pour nous sauver.
Peut-être que le café m'était un peu monté à la tête, mais quand je pense à ces gens qui ont livré leurs enfants à elles-mêmes, qui les ont laissées se débrouiller dans un monde froid et cruel, sans même un mot pour dire où ils allaient ni une miette à se mettre sous la dent, leur sort m'indiffère. Elles méritent mieux, ces filles. Elles se tiennent propres, travaillent bien en classe et, avec les deux plaies qu'elles ont pour parents, c'est vraiment un miracle qu'elles soient encore en vie. Les enfants méritent d'être aimés et, quand on ne sait pas aimer, on ne devrait pas en avoir. En entendant cela, Marnie est devenue toute pâle et j'ai alors compris que je l'avais blessée. À bien y réfléchir, il ne m'était évidemment jamais venu à l'esprit qu'on puisse aimer des êtres aussi calamiteux, que Marnie les aimait, que Nelly pouvait les aimer et se faire aimer en retour.
Pauvre petite, elle est déboussolée mais, si on cherche à l'aider, on sait qu'elle va se verrouiller à double tour, alors qu'il faudrait qu'elle s'ouvre pour qu'on puisse la réconforter quand elle sature, quand elle est trop fatiguée pour faire encore semblant. Elle est manifestement à la recherche d'une figure paternelle, d'amour aussi, peut-être; mais elle ne frappe pas aux bonnes portes, presque volontairement d'ailleurs. C'est sûrement pour ça qu'elle est d'abord allée vers lui, pour chercher de la douleur, nourrir le dégoût qui est en elle. J'ai peur pour elle, comme s'il y avait dans cette jeune pousse une pourriture qui lui dévorait l'âme, qui grignotait tout ce qui est en germe à l'intérieur; heureusement pour elle, je suis un peu horticulteur et je sais que cette pourriture-là, elle se traite. À condition de tomber entre de bonnes mains, bien sûr.
J'ai peur de la mort, j'ai toujours eu peur de la mort. Elle arrive comme un grand vent, et toujours par effraction. J'allais de nouveau la croiser aujourd'hui. 

Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #28
Challenge personnel : #14
 Multi-défis : #28
 


samedi 9 mars 2019

comment peut-on vouloir oublier la moitié du monde

Reine de Mémoire, tome 1: La Maison d'Oubli 
Auteure : Élisabeth Vonarburg
Illustration de couverture: Jacques Lamontagne
Édition: Alire - 2005 - 688 p.
Fantasy, littérature québécoise

Présentation: Dans un univers où Jésus a eu une soeur jumelle, des enfants orphelins veulent percer le mystère de la fenêtre de trop, de l'univers de grand-mère.
+ : idées
- : saccades
Thèmes: gémellité, conformité, magie



Pourquoi ce livre?
Acheté parce que j'avais entendu parler en bien de Vonarburg, et sorti de la PAL puisque Mario me l'a choisi pour le challenge Pige m'en 3.

Mon avis
Oh, comment bien vous le faire ressentir, car il y a du très bon, et du très mauvais. 
Tout d'abord, quand j'ai commencé ma lecture, j'ai eu de la difficulté avec le style. Mais j'avais poursuivi, et après quelques pages, ça passait. Mais je dois vous dire que ça été le cas tout le long avec des passages qui me rappelaient ma crainte dans les premières pages. Il est arrivé un moment où, écrivant aussi dans mes temps libres, je me suis demandée ce qui clochait, et outre le fait que je trouvais cela bien répétitif avec des phrases qui répétaient magie/magique/mages à tour de bras, je me suis rendu compte que je trouvais cela enfantin (j'ai vraiment eu l'impression qu'elle s'adressait à un enfant de 4 ans), trop descriptif, trop explicatif par moments. Alors que d'autres, je trouvais cela entraînant, captivant.
C'est comme s'il cessait de respirer, que sa poitrine se gonflait d'un souffle si long, si vaste que ça n'est plus un souffle, c'est l'univers tout entier qui l’empli, qui le retourne comme un gant et il est l’univers et un point en même temps, une extension vertigineuse et en même temps une concentration si dense, si chaude, qu’elle explose en une extase de joie lumineuse, elle danse, elle tourbillonne, elle se concentre à nouveau, et lui danse et jaillit avec elle, et encore, et encore.
Des présences, autour de lui. Les ailes duveteuses des âmes ? Mais non, c'est plutôt une sphère vitreuse et fourmillante et troubles qui l'entoure, comme ce qu'il se rappelle avoir perçu parfois autour de son talent inaccessible. Mais elle n’enferme point la flamme désirée. Elle vacille, elle tremble.
Il sort peu à Aurepas; il mène une vie publique industrieuse et respectable : il s’occupe de son magasin, il va à l’Office le dimanche et aux offrandes en semaine. On mange bien, mais simplement, à la maison comme au pavillon. Les réceptions sont rares et la pluspart du temps intimes ; quand il y a 10 personnes, c'est si exceptionnel que monsieur Faubrisson en est toute énervée. 
Dur de vous faire ressentir cela avec des petits passages puisque c'est surtout sur la longueur qu'on voit ce ressenti, surtout pour les passages qui nous donnent le sentiment d'un ton enfantin. Ce fut donc en dents de scie pendant tout la lecture sur ce point.

Cependant, ce qui me faisait poursuivre la lecture, ce sont les idées, car j'aimais cette aura de mystère avec ce là-bas, cette fenêtre de trop, le mystère de la vie de l'ancêtre qu'on découvre peu à peu avec une alternance. J'ai aimé aussi qu'on puisse déduire l'inspiration des Atlandie, Ehmory avec l'émorique, hiérarques, christien, islamite, géminites, pour citer qui me viennent à l'instant. Et non, ce ne sont pas des fautes de frappe, et vous pouvez sans doute déduire l'inspiration. Tout cela mêlé à de la magie, dans un univers parallèle au nôtre.
«une fois revenus chez eux en Europe, les messagers ont présenté leur rapport à la Royauté espagnole parce que c'était elle qui avait financé les expéditions, mais surtout à ses hiérophantes. Et eux, ils ont envoyé des lettres aux autres hiérophantes dans les autres pays.» Il fait une pause solennelle. «Car ce n'était pas vraiment la première fois que des mageis se rendaient mutuellement impuissantes.»
De plus, j'ai aussi aimé voir des réflexions sur ces points d'inspiration qui nous font réfléchir à l'Histoire. Je crois d'ailleurs que ceci est le point le plus fort de mêler ces réflexions à la magie.
Il retournait aussi en Atlandie astral, avec un fort contingent de soeurs et de frères caristes, qui allaient se consacrer presque entièrement désormais aux indigènes. Cela n'irait pas sans trouble : certaines tribus ne voulaient rien savoir des étrangers ni de leur foi, et considéraient les derniers sacrament comme une abominable sorcellerie. 
 «alors oui, c'est la position française qui a fait échouer le Concile. Surtout parce qu'elle a été plus honnête que d'autres, lesquels désirent la même chose mais n’osent le dire ouvertement. On veut l'élection d'un hiérarque suprême par le Conseil des Hiérarques, lequel dirigerait une commission de mages chargés de veiller à la pureté de la doctrine.
– Comme le pape christien et son Inquisition ?» souffle Gilles, horrifiée.
– eh bien, pas vraiment le pape christien, car ce hiérarque suprême répondrait encore de ses actes devant le Conseil. Mais pour l'Inquisition oui, cela y ressemblerait quelque peu. Les tortures et les bûchers en moins.»
Bien sûr, tout cela crée un univers complexe et il est aussi parfois difficile de s'y retrouver, comme avec les explications des cartes du tarot de grand-mère dont je n'ai pas bien compris les subtilités et l'impact dans le récit. On doit donc essayer de se rappeler ce à quoi correspondent les éléments et totalement oublier leur rôle dans notre réalité, ce qui explique qu'ici aussi ce fut en dents de scie puisque parfois j'étais complètement immergée dans l'histoire, alors que d'autres fois, le style n'aidant pas, je ne l'étais aucunement et me demandait où ça s'en allait.
Bref, vous comprenez que j'en ressors déçue. Heureusement pour l'auteure de ce titre, j'organise le challenge Deuxième chance ;)


Quelques citations
Pierrino contemple la carte de grand-père, et toutes ses terres presque magiquement apparues là où il avait jusqu'à présent toujours imaginé, avec Senso, un océan grand comme la moitié du monde. Les gens sont bien étrange. Comment peut-on se faire oublier, comment peut-on vouloir oublier la moitié du monde?
Parce que je participe à quelques challenges

Terre du milieu
Défi-lecture: #8
Challenge personnel : #2
 Multi-défis : #91


Le prix littéraire SFFF obtenu est : Grand prix de la science-fiction et du fantastique québécois

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