mardi 13 novembre 2018

Le vernis de l'enfance s'étiolait

La petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie (2010 aux éditions XYZ)
Contemporaine, littérature québécoise
Bibliothèque québécoise, 2012, 236 pages
Couverture: Galina Barskaya - iStockphoto

Présentation: Hélène a comme héros Lady Oscar et vit sa vie de préadolescente à travers son voisinage et ses petits boulots où elle se vieillit.
+ : légèreté
- : départ
Thèmes: voisinage, préadolescence

Anecdote
Repéré l'an dernier grâce à quelques participations, je le lis cette année, et j'apprends que les titres de l'auteure sont également édités sous d'autres titres en France, même si pour certaines éditions françaises, ils ont conservé le titre original. 
Mon avis
J'ai eu un peu de difficulté à embarquer dans l'histoire, dans le premier chapitre, puisque je ne réussissais pas à m'attacher à Hélène qui voulait s'appeler Joe et expliquait plus, à mon avis, pourquoi elle voulait se faire appeler ainsi, et je trouvais donc qu'il ne se passait rien. Mais j'ai poursuivi, surtout parce que je me rappelais que plusieurs l'avaient apprécié l'an dernier.
Et bien qu'il ne se passe pas de rebondissements qui nous tiennent scotchée au récit, «il finit toujours par se passer quelque chose, même quand on ne fait rien», et l'auteure raconte avec légèreté la vie de cette pré-adolescente dans les années 80, avec une belle façon d'intégrer les liens entre voisins. Aussi,  «les malheurs se tiennent toujours en groupe pour se sentir plus forts» sont là pour faire évoluer Hélène au sortir de l'enfance, et la faire évoluer dans sa relation avec le vieux, les questions qu'elle lui pose, sa façon de le remercier suite à un événement. Aussi, malgré le désir de mourir du vieux Roger et le fait que «Toutes les éternités ont une fin», on sent la vie, le respect, le bonheur dans ce livre dans un style que j'ai trouvé bien agréable et dont plusieurs passages portaient à réfléchir sur le sens de la vie.
Parfois, je trouvais que les mots étaient trop recherchés pour des mots dans la bouche d'une enfant (abstractions humanoïdes par exemple), mais on réalise à quelques endroits dans le texte, que c'est une Hélène plus vieille qui nous parle.
Bref, malgré mes réticences au départ, j'ai bien apprécié découvrir enfin cette auteure avec ce récit emplit de tendresse et j'avais noté Autopsie d'une femme plate également l'an dernier, et je l'ai renoué cette année. Donc, je devrais relire cette auteure. Reste à trouver un trou où le caser puisqu'on a de la bonne littérature au Québec. Pardon, je me suis trompée, de l'excellente littérature! Oui, j'en profite, mais que voulez-vous, il n'y a pas que Martin Matte qui est condamné à l'excellence! 


Quelques citations
Son désir de mourir, moi, je le comprenais parfaitement: il s'ennuyait, ses enfants le délaissaient et il était désormais trop vieux et trop pauvre pour espérer quoi que ce soit d'autre que ces petites misères de journées passées à boire de la bière chaude bon marché devant un immeuble en ruine où des bipèdes obèses lui tambourinaient le caillou. Je comprenais ça parce que j'étais à l'âge où la mort n'avait encore aucune prise sur moi. Je n'allais jamais mourir, moi, je n'avais même pas dix ans. Et, à cet âge-là, on accepte d'emblée que les vieux doivent mourir, ça semble même l'ordre des choses. Après, le temps coule et ça se complique parce que ça se met à nous concerner. C'est là qu'on a besoin de concepts philosophiques dérangeants, comme celui de l'absurdité, ou d'abstractions humanoïdes réconfortantes qui ont le dos large, comme le sont la plupart des dieux. 
Le vernis de l'enfance s'étiolait doucement, craquait de partout, me laissant voir, derrière sa lumière aveuglante, les filaments de ténèbres qu'elle s'applique tant à cacher. 
Il ne fallait tout de même pas s'abaisser à imiter les manières de cette vile aristocratie qui s'arrogeait tous les droits sous prétexte d'être bien née.
Il laissait toujours de longs silences, entre deux phrases, ce qui donnait souvent à penser qu'il avait terminé alors qu'il laissait plutôt à ses mots le temps de se poser dans l'esprit de son interlocuteur et de se transformer en intervention pertinente. Ce n'était pas plus long, selon lui; on échangeait seulement moins d'informations superflues qui freinaient inutilement l'acte de communication. Moi, j'avais l'habitude; je prenais tout mon temps avant de le relancer. Mais les gens s'empressaient généralement de remplir ls trous avec des vétilles qui faisaient souvent regretter le silence. 
Ça manquait cruellement de ce charme auquel les dessins animés m'avaient habituée dans les moments tragiques.  
Moi, ça ne m'a jamais fait rire. Mais c'était facile pour moi de n'être pas méchante: je n'étais pas malheureuse. 
Parce que je participe à quelques challenges




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