samedi 17 novembre 2018

«briser ma famille»

Camille de Patrick Isabelle (2015)
Jeunesse, littérature québécoise
Leméac, 2015, 318 pages
Couverture: re_bekka/Shutterstock
+ : coup de poing
- : changement
Thèmes: violence conjugale
Présentation: Camille a disparu et, à travers sa recherche, on suit son parcours de l'été, sa fuite avec sa mère d'un père violent.

Ayant vu ce nom à quelques reprises dans Québec en septembre/novembre, si je ne m'abuse, lorsque j'ai lancé le swap Au-delà des océans pour l'Eldorado, je me rappelais avoir repéré un titre de cet auteur Eux l'an dernier, mais j'ai appris que c'était un peu dans le cadre d'une saga et je ne voulais pas en entamer de nouvelles. Du coup, j'ai regardé pour trouver un autre titre de l'auteur à mettre dans ma wish et c'est le résumé de Camille qui me parlait le plus. Et c'est avec plaisir que zazacaribou me l'a offert. Certains diront que c'est jeunesse et ne s'y intéresseront donc pas, mais je considère qu'il ferait l'une des plus graves erreurs à mon avis. Vous venez donc sans doute de déduire que j'ai adoré cette lecture que je prenais puisque Québec en novembre, bien qu'on était au début octobre, se mettait bien en branle. Je ne pouvais le lâcher, tellement j'étais prise dans l'histoire.

Dès le début, Camille a disparu et on sent l'inquiétude, la tension de la situation dans un style combien saisissant avec ce cousin, cet oncle entre autres qui l'ont cherché à différents endroits. Et la police cherche elle aussi, ce qui nous montre la gravité, l'urgence. Et l'auteur nous ramène en arrière dans le temps et on alternera ainsi jusqu'au dénouement final. Et on apprend rapidement que dans sa famille, la violence conjugale était bien présente au point où Camille répète à quelques fois, de mémoire, dans les premiers chapitres Et je prie. Faites qu'il meure, que je dis. Et quand on sait qu'elle a disparu, nous n'avons pas le choix de se questionner si cela en est la cause.

Et on comprend rapidement que Camille et sa mère sont parties pour l'Acadie au début de l'été, fuyant le père de Camille. Et par ces retours dans l'histoire à travers la recherche de Camille, l'auteur nous décrit avec justesse une triste réalité. On voit l'ambivalence de Camille entre l'amour qu'elle porte à sa mère et sa haine que cette dernière lui fasse vivre ce cercle vicieux en pardonnant grâce à diverses excuses. Aussi, on sent bien l'angoisse de la peur d'être retrouvées par le père.

Cependant, j'ai un peu regretté qu'il y ait eu un peu de facilité sur l'évolution d'un certain personnage, puisqu'en refermant le livre, je n'ai pas compris ce qui l'avait porté à changer, alors que ça pourrait donner une lueur d'espoir, et je regrette donc de ne pas avoir de clé. Il y a peut-être aussi certaines relations du passé que j'aurais aimé voir étoffer les raisons des conflits, mais c'est plus parce que je suis pointilleuse que je le signale plus que parce que ça m'a grandement déplu.

Donc, dans un style fluide, qui transmet grandement les émotions, la réalité nous est contée comme si on était présent. On voit le pattern dans lequel est plongé la mère. Et dans ce cas-ci, Camille est une victime collatérale de la violence conjugale, victime à son tour des violences de son père. Bref, première découverte de l'auteur, et c'est une réussite totale, une histoire coup de poing qui nous atteint droit au coeur. Dans cette lecture que j'ai adorée, on ne peut que, à l'instar de Camille, pleurer de rage, incapable de faire autrement face à cette réalité qu'on déteste.

Merci donc à zazacaribou de me l'avoir fait découvrir. P.S. Elle aussi a adoré.

Quelques citations
Il aurait aimé pouvoir se retrouver face à lui, lui parler. Essayer de comprendre ce qui peut bien pousser un homme à faire subir tout cela à la femme qu'il aime. Pire. À une petite fille sans défense. 
Il joue les séducteurs. Je connais ce visage-là, je l'ai aperçu souvent. C'est celui qui promet, qui fait espérer. Celui qui fonctionne. 
Il ne sait pas aimer, mon père. Je ne crois même pas qu'il sache ce que c'est l'amour. On ne frappe pas les gens qu'on aime. On ne les retient pas prisonniers de la peur, de la pauvreté. 
J'ai la certitude maintenant que, peu importe où nous irons, il ne nous laissera jamais vivre en paix.
[...]Je me sens légère et en sécurité.
Tant que je ne pense à rien.
Le reste est trop déprimant. 
Je dois être forte. Au-dessus de tout ça. Je dois continuer de me le répéter. Il faut que je me défasse du pouvoir qu'il a sur moi. Il faut que maman reprenne vite confiance en elle avant qu'il ne soit trop tard. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour retourner en arrière. Reculer n'est pas une option. Mais en avançant, je dois faire preuve de délicatesse. Je ne peux pas non plus briser ma famille. Si je parle... s'ils comprennent, ils me sépareront d'elle. Et ça, ce n'est pas possible.  
— Veux-tu savoir combien de fois j'ai vu la police débarquer chez nous? Combien de fois j'ai vu ma mère refuser de porter plainte, inventer des excuses, des histoires qui ont pas d'allure? Pis après coup, mon père qui pleure pis qui s'en veut, qui jure qu'y recommencera pas, pis ma mère, elle, qui le prend dans ses bras, qui comprend. Combien de fois elle m'a suppliée de rien dire!
Je crie. Je n'arrête pas de crier. Plus je parle et plus les mots sortent en gros bouillons de ma bouche, de plus en plus fort. Mathis recule, comme apeuré par ma soudaine violence, mais je ne suis pas capable de me contenir. Et plus je crie, plus j'enrage et mes yeux pleurent. Personne ici ne peut m'entendre. Juste lui. Lui et ses commentaires niaiseux.
[...] Ce n'est pas de sa faute. [Mathis] ne devrait pas voir ça. Je frappe ma tête contre la paroi du bateau, j'ai envie d'avoir mal ailleurs, que mon crâne se fissure, qu'il arrête de penser. Mathis m'arrête et se penche sur moi, me force à me laisser prendre dans ses bras. Je résiste, hystérique. Puis je me laisse aller à son étreinte et je continue de pleurer de rage, incapable de faire autrement. Il me murmure que ça va bien aller, de ne pas m'en faire. 
Anedocte
Même en recherchant les citations et les reportant ici, je pleure de rage.

Parce que je participe à quelques challenges


2 commentaires:

  1. Le thème me fait peur, je l'avoue... Je vais peut-être éviter cette violence-là, j'espère que tu ne m'en veux pas ;-)

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    1. Oui, je t'en veux un peu de passer à côté de cette perle ;) ;)

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Une petite trace de votre passage me fera chaud au coeur :)

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